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FLN
Les mises en garde de Khediri
Le
Soir d'Algérie, 15 juin 2003
La tentative de
déstablisation du FLN ne laisse pas indifférent El-Hadi
Khediri qui, une fois n’est pas coutume, a décidé
de se départir de son mutisme pour faire la lumière sur
les derniers développements que connaît la scène politique.
D’autant que l’homme ne s’exprime pas seulement en tant
que membre du comité central du parti. El Hadi Khediri est surtout
connu pour son long parcours à la tête de la Sûreté
nationale puis du ministère de l’Intérieur. Ce qui
donne à ses déclarations un caractère particulièrement
intéressant.
L.S.A. : Monsieur
Khediri, vous qui êtes demeuré, contre vents et marées
, militant du FLN, vous êtes également membre du comité
central, pouvez-vous répondre brièvement à quelques
questions ? D'abord que se passe-t-il au FLN ?
L. H. : Merci de rappeler que je suis resté de tout temps fidèle
au FLN. J'ajoute cependant que je n'ai jamais manqué, dans le cadre
qui convenait, de donner mon opinion, quelquefois discordante, et d'agir
en conséquence lorsque, à un moment ou un autre, mes convictions
et mes principes m'ont convaincu qu'il fallait le faire. Le FLN est un
grand parti qui a doublement construit sa légitimité à
travers l'histoire tout d'abord, et aujourd'hui à travers sa démarche
de rajeunissement de sa composante humaine et d'ouverture vers les forces
sociales porteuses de progrès et de modernité. A partir
de là, je vous réponds, sans la moindre hésitation,
que le FLN se porte bien, n'en déplaise à ceux qui soutiennent
le contraire. Les violences dont il est victime aujourd'hui traduisent
une réaction de désarroi contre ses nouvelles options et
sa vitalité. Ils n'ont eu pour résultats que le resserrement
des rangs des militants, leur mobilisation, une détermination plus
grande de sa direction à garder le cap défini lors du 8e
congrès et également — il faut le souligner —
la solidarité de tous ceux qui n'admettent pas la politique du
coup de force.
D'où viennent
ces violences ?
Ces perturbations viennent d'hommes de main qui agissent sur le terrain
et assument leurs actes avec arrogance. Concédons-leur au moins
une chose : ils ne se cachent pas. Ils plastronnent à longueur
de colonnes de journaux. Est-ce cela la politique ?
Après les
récentes dénonciations de ces agressions par la presse et
par beaucoup d'hommes politiques, pensez-vous que ces actions vont quand-même
se poursuivre ?
Je n'ai aucun doute à ce sujet. Il s'agit d'une offensive longuement
préméditée, menée par des hommes sans scrupule,
disposant de moyens considérables et assurés de l'impunité.
On voudrait mettre le FLN aux enchères. On veut le neutraliser
par les procédés du fait accompli, de la manipulation administrative
et du mercenariat.
Qu'appelez-vous
«manipulations administratives » ?
Entre autres, les listes préfabriquées de prétendus
militants du parti qui exigeraient l'invalidation du 8e congrès,
listes qui parviendraient au ministère de l'Intérieur avec,
dans l'immense majorité des cas, de fausses signatures. Je précise,
afin que nul n'ignore, que le 8e congrès du FLN s'est déroulé
de la façon la plus normale qui soit, que son déroulement
a eu lieu sans aucune anomalie qui autoriserait une censure, une annulation
de ses décisions ou, pis, son annulation pure et simple. Il a obéi
strictement, et sans aucun manquement de quelque nature que ce soit aux
stipulations de la loi.
Selon vous, ces
procédés ont-ils une chance de réussir ?
Ils ne sont qu'un avant-goût de ce qui se prépare. La boulimie
du pouvoir a déjà occasionné d'énormes dégâts
au pays. Le monde nous regarde et s'étonne du triste spectacle
que nous offrons. Ce qui se passe et ce qui se prépare sont des
atteintes graves au libre arbitre des militants d'un grand parti politique
et à la démocratie. Ces actions, violentes et illégales,
si elles sont confirmées par un diktat administratif, vont décrédibiliser
non seulement la pratique politique, mais aussi l'Etat. Personne, je l'espère,
ne prendra ce risque. Les titulaires successifs du ministère d
e l'Intérieur, depuis feu Hocine Medeghri, ont donné à
ce département, gardien des libertés publiques, des traditions
fondées sur l'éthique, la neutralité et l'objectivité.
Je demeure convaincu que le ministère de l'Intérieur, tel
qu'il est dirigé actuellement, a une haute conscience de sa responsabilité
morale, qu'il n'acceptera aucune interprétation spécieuse
de la loi et des règlements et qu'il n'autorisera aucune mesure
qui ne s'inscrirait pas dans un cadre strictement légal. Si par
malheur le contraire devait avoir lieu, ce serait un précédent
gravissime. Pour rappel, au lendemain du premier tour des élections
législatives de décembre I99I, le ministre de l'Intérieur
d'alors avait refusé d'invalider les résultats des élections
parce que soucieux d'éviter au département dont il était
en charge un manquement à la neutralité, alors que les enjeux
étaient autrement plus importants. Cela n'empêchera pas le
ministre de prendre ses responsabilités politiques un peu plus
tard, et dans un autre cadre.
Et si les initiateurs
de cette vaste entreprise de désinformation et de déstabilisation
osaient malgré tout passer à l'acte ?
Vous voulez dire qu'ils passeraient à l'acte en escomptant que
leur fait accompli aurait raison de toutes les réticences et de
toutes les condamnations, alors il faudrait se poser une question : quel
pouvoir auraitil et pour quelle Algérie ? Le pouvoir pour le pouvoir,
servirait- il le pays ? L'Algérie de maintenant est fondamentalement
différente de celle des années 1970. Si l'inconscience et
le mépris des Algériens étaient poussés à
de telles limites, le réveil — pour tout le monde —
risquerait d'être douloureux.
C’est donc
de votre part, Monsieur Khediri, une condamnation sans appel de ceux qui
disent agir au nom d’un certain FLN et qui ont lancé cette
vaste offensive ?
Je condamne clairement et sans aucune ambiguïté la violence
exercée contre un parti politique qui aspire, le plus naturellement
du monde, à l’exercice de la démocratie au sein de
ses structures. A partir de là, je rejette toutes les tentatives
d’intimidations dont le véritable objet est d’infléchir,
sinon d’annuler ses décisions souveraines. Toutes celles
et tous ceux qui ont à cœur l’Algérie doivent
réagir et dire halte à l’imposture. Il est grand temps
de revenir à des mœurs politiques plus conformes à
l’éthique et aux valeurs de modernité qui nous inspirent
!
Propos recueillis
par Ali Maouche
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