Six députés exclus

Le FLN écarte les pro-Bouteflika

Le Quotidien d'Oran, 28 juin 2003

Réunie, hier, au siège du parti du FLN à Alger, la commission de discipline présidée par Mohamed Kémari a prononcé à l’unanimité l’exclusion pour fautes graves de 6 députés opposés à la ligne d’Ali Benflis.

Il s’agit de Daâdouâ Layachi, député de Biskra, Khoudri Mohamed, député de Batna, Laoufi Mohamed, élu de Mascara, Lakouas Houari de Chlef, Bouabdellah Abdelouahid, député d’Alger et enfin Dif Mohamed, député d’Ouargla. Bien que le communiqué ne précise pas la nature de la gravité des «fautes» commises par les parlementaires exclus du parti, on croit savoir, selon le chef du groupe parlementaire Abbas Mekhalif, qu’il s’agit de «députés initiateurs d’une pétition anti-Benflis», qu’ils voulaient faire signer par les membres du groupe FLN à l’APN, lors des débats qui ont suivi la présentation du programme du gouvernement Ouyahia.

Cette tentative, affirme le chef du groupe parlementaire, «n’a été suivie que par ses auteurs». Il s’agit, selon les même sources du début des tentatives de déstabilisation en direction du parti avant que les dissidents ne commencent à s’attaquer et occuper les structures des mouhafhadas du parti. Toujours selon Abas Mekhalif, «ces députés ont voulu, par cet acte, médiatiser leur dissension à un niveau supérieur des institutions de l’Etat». Il est à rappeler que 4 de ces députés n’ont pas été réélus au comité central du parti, lors du 8ème congrès. Selon le chef du groupe parlementaire FLN, «les cadres dissidents ont, pour la plupart, été remplacés par des jeunes recrues au comité central, lors du congrès» et d’ajouter «ce qui n’arrange pas les choses pour eux».

On apprend, d’autre part, que les tentatives d’occupation des mouhafadhas du FLN, ont continué jusqu’à la fin de la semaine écoulée.

La dernière enregistrée est celle qui a eu pour théâtre la mouhafhada de Tlemcen, apprend-on au niveau du siège, a été déjouée grâce au rassemblement de militants pro-Benflis.

Salah-Eddine K.

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Benflis joue avec les nerfs de ses adversaires

Benflis tient le FLN bien en main. C’est en tout cas ce qu’il a voulu montrer jeudi dernier, en obtenant de ses cadres la confirmation de leur fidélité à la ligne politique qu’il a choisi d’imposer au parti. Procédure classique, M. Benflis a fait consigner la loyauté de ses troupes dans un communiqué dans lequel celles-ci réaffirment noir sur blanc «leur ferme et total engagement dans la ligne politique adoptée par le 8ème congrès», pour assurer, disent-ils, «l’autonomie de décision du parti et la maîtrise de son destin». Un beau plébiscite du «chef», mais qui n’est signé ni par le bureau politique ni par le comité central, mais par le conseil national de coordination. Cette curiosité organique, certes créée de toutes pièces lors du dernier congrès du parti, révèle aujourd’hui toute son efficacité puisqu’elle fait coup double: fermer le jeu, d’abord, à ceux qui veulent mettre le puissant appareil au service de la candidature présumée du président sortant, Abdelaziz Bouteflika. Se transformer, ensuite, en structure de campagne au bénéfice strict du «candidat du parti», en l’occurrence Ali Benflis, lorsque viendra le moment pour ce dernier de déclarer la sienne.

Dans le document qui porte sa signature, le conseil note »avec une satisfaction» tout à fait appropriée «l’émergence d’un vaste courant dans la société civile et dans le champ politique appelant à la candidature de M. Benflis». Tout comme il se félicite aussi de «l’initiative entamée par le secrétaire général et le bureau politique dans la préparation d’un projet de programme du candidat du parti aux prochaines élections présidentielles».

Sous la langue de bois et le flou artistique le caractérisant, il s’y cache un message, un vrai: celui relatif à l’intention désormais sans nuage du secrétaire général du FLN de se présenter aux élections de 2004. Et si ce dernier ne se précipite pas pour l’annoncer maintenant, c’est pour ne pas tomber dans le piège de ses adversaires. M. Benflis préfère, en effet, attendre et ne pas anticiper sur une question qui, sans l’avis du congrès extraordinaire, peut heurter la vieille garde dont une partie ne s’est pas encore exprimée sur le sujet.

Et réveiller ainsi la nature «SPA» du FLN ! Car, le parti a beau avoir l’allure d’une formation politique normale, la présence dans ses rangs de militants particuliers capables de reléguer au stade de l’accessoire la sacro-sainte «légitimité» du secrétaire général, n’en fait pas moins une machine bien spécifique.

Cela lui permettra de poursuivre la «purge» qu’il a commencée dès le lendemain du 8ème congrès et qu’il a poursuivie hier par l’exclusion de six parlementaires accusés de »bouteflikisme» rampant et de «sédition» contre l’homogénéité du FLN. Cela lui permettra également de s’assurer des paramètres «exogènes», comme celui concernant par exemple le point de vue de l’Armée. D’ailleurs, c’est par rapport à ce point, sans doute, que le conseil national de coordination dit «enregistrer avec satisfaction la position de l’Armée nationale populaire (sur les présidentielles, NDLR) exprimée officiellement à travers la déclaration de son chef d’état-major au journal Al Ahram». Cet appui à la voie démocratique, selon le communiqué du FLN, devrait être plutôt décrypté comme un clin d’oeil à la haute hiérarchie de l’ANP et comme une volonté de prendre au mot la déclaration de son patron à ne pas prendre position pour tel ou tel candidat. Autrement dit, pour le président sortant.

Enfin, le légalisme derrière lequel s’abrite M. Benflis, et qui semble lui avoir permis de gagner la sympathie de la presse, à laquelle le communiqué de son parti ne manque pas de rendre hommage, lui permet de jouer aussi avec les nerfs de ses adversaires. Notamment, ceux de l’administration et de son chef tout désigné, le ministre de l’Intérieur, M. Zerhouni. Ce dernier est accusé »d’entraves insidieuses et pernicieuses» contre «les ministres du FLN dans l’exercice de leurs fonctions» et contre «les militants» dans leurs structures locales. N’y a-t-il pas là un goût de règlement de comptes avant la grande bataille ? A la guerre comme à la guerre, pourrait répondre Benflis.

Kader Hannachi

   
www.algeria-watch.org