REPÈRES
La crise institutionnelle sera-t-elle évitée ?

El Watan, 26 juin 2003

Le pays s’achemine-t-il vers une crise institutionnelle ? Le limogeage du poste de chef de gouvernement de Ali Benflis dans des conditions peu amènes qui dégageait un fort relent de règlement de compte autour de l’enjeu de la prochaine présidentielle avait planté le décor d’un bras de fer entre Bouteflika et son ancien chef de gouvernement.

La raison d’Etat derrière laquelle s’était réfugié Benflis, pour ne pas verser dans un oppositionnisme pur et dur à Bouteflika, semble peser lourdement sur les épaules de Benflis qui sait qu’il ne peut pas continuer à encaisser les coups sans broncher au risque de payer un prix en termes de crédibilité et d’entraîner dans sa dérive son propre parti. A mesure qu’approche l’échéance de la présidentielle, la stratégie de sabordage du FLN apparaît dans toute sa dimension. Entamée avec l’éviction de Benflis, la politique d’endiguement du FLN se poursuit à différents niveaux, à l’échelle locale avec le conflit de compétence entre les secrétaires généraux des communes et les présidents d’APC, entretenu à dessein par l’administration, mais aussi au gouvernement où les ministres FLN ne se sentent plus chez eux dans l’Exécutif après le limogeage de leur chef. A présent que Bouteflika est clairement édifié sur le repositionnement du FLN en faveur de Benflis après avoir bénéficié de son indéfectible soutien pour son élection et la mise en œuvre de son programme, les dés sont bel et bien jetés. Et connaissant le tempérament vindicatif de Bouteflika qui ne pardonnera jamais à la direction actuelle du FLN de lui avoir fait l’affront de l’excommunier du parti en optant pour un autre candidat, on imagine bien qu’il ne se laissera pas aussi facilement désarmer et qu’il mènera la vie dure au parti et à sa direction avec à sa tête Ali Benflis, le moment venu, lorsque débutera la campagne électorale. Pour l’heure, on est dans une phase de préparation du terrain par un travail de frappes intensives dont l’objectif est d’affaiblir politiquement et psychologiquement l’adversaire. Les luttes intestines fomentées au sein du FLN autour de la réappropriation du parti participent d’une stratégie visant à dévitaliser le parti.

OUYAHIA, LA GRANDE INCONNUE

La stratégie semble avoir porté ses fruits et atteint l’objectif visé par ses concepteurs qui consiste à semer le doute dans les rangs du parti et à amener ses dirigeants à mobiliser leur énergie autour de querelles de clocher et de questions existentialistes et à se détourner ainsi de l’option de la présidentielle. Benflis saura-t-il se sortir de ce piège dans lequel on cherche manifestement à l’enfermer en le confinant dans un combat organique loin des enjeux politiques majeurs qui pointent à l’horizon ? Les ministres FLN avouent déjà en aparté qu’ils n’ont plus au gouvernement le statut de ministres d’un parti majoritaire qui était le leur sous Benflis. Des dossiers importants sont retirés à certains ministres FLN. Ouyahia qui reste la grande inconnue de la prochaine présidentielle — il laisse l’énigme entière quant à son implication ou non dans la course électorale — est placé sur le fil du rasoir, partagé entre son ambition personnelle, la fidélité à Bouteflika qui a fait appel à ses services au poste de chef de gouvernement et enfin sa responsabilité gouvernementale qui lui commande de préserver la cohésion de l’Exécutif. Ouyahia acceptera-t-il de faire le jeu de Bouteflika en neutralisant les ministres FLN dont certains ont déjà commencé sur le terrain le travail de militantisme au profit de leur parti et de leur candidat Ali Benflis ? Il est difficile pour un ministre, quelle que soit sa coloration politique, de surcroît à la veille d’une échéance électorale, de ne pas céder à la tentation militante lors de ses sorties sur le terrain dans le cadre de ses missions gouvernementales. Bouteflika ne va quand même pas donner à ses adversaires des armes pour le combattre ! Il reste cette position, tout de même curieuse, du FLN qui se confine jusque-là dans le rôle facile de pleureuse en acceptant au nom de la raison d’Etat et de la préservation de la stabilité du pays toutes les humiliations. Quand on est ou l’on se targue d’être le parti majoritaire, on doit logiquement être en position d’imposer les règles du jeu politique, on ne les subit pas dans le silence et la douleur comme le fait la direction du FLN. A moins que cette formation redoute les conséquences d’une crise institutionnelle. Rien en effet ne garantit au FLN de conserver cette majorité si le président de la République est poussé dans ses derniers retranchements et envisage de dissoudre le Parlement. En Algérie, il est connu que les majorités changent au gré des rapports de force du sérail et non par la volonté démocratique des urnes.

Par S. B.

 

   
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