Le conclave intime de Zerhouni

Le Soir d'Algérie, 17 juin 2003

Dans sa sortie précipitée et maladroite de samedi dernier, le ministère de l’Intérieur aura non seulement confirmé son implication, mais aussi dévoilé l’arme qu’il s’apprête à brandir contre le FLN : l’article 11 de la loi organique relative aux partis politiques.

Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Mercredi dernier et au sortir de la réunion restreinte qu’il a tenue avec “la cellule de crise spéciale FLN” (lire notre édition de samedi 14 mars 2003), Zerhouni charge, affirme-ton de bonne source, deux de ses principaux collaborateurs de deux missions différentes. “A son secrétaire général, Mohamed Guendil, Zerhouni demande à ce qu’il organise, discrètement chez lui à Club-des-Pins, un dîner avec les meneurs de la contestation parmi les dissidents du FLN : Hadjar, Amar Tou, Saïdani... Il est ensuite demandé au directeur des moyens généraux au niveau du ministère de faire le nécessaire pour la réussite de ce dîner de travail”, nous apprend notre source. Et c’est vraisemblablement au cours de cette “rencontre intime” que l’on a mis au point les dernières retouches du stratagème devant relancer le “dossier FLN”. Et s’agissant donc du rôle du ministère de l’Intérieur dans l’opération “invalidation du 8e congrès” lancée par le cercle présidentiel, il est à “imaginer” en soumettant à une tortueuse jurisprudence l’article 11 de la loi sus-citée. Faute de mieux, l’on se rabat, en effet, sur cet article à la teneur, du reste, générale. “L’organisation interne du parti politique et son fonctionnement doivent se faire sur la base des principes démocratiques, en toutes circonstances et dans tous les cas”. Une évidence en soi. Sa “lecture” par le ministère de l’Intérieur aura, en l’espèce, nécessité, comme l’a si bien confirmé Abdelkader Hadjar, que l’on suscite des pétitions et des assauts sur les locaux du FLN. Cet abus annoncé n’en demeure pas moins tout destiné à achopper sur un obstacle politico-juridique insurmontable. Ali Benflis, qui a déjà acculé, une première fois, le ministère de l’Intérieur sur ce terrain- là (lire notre édition du dimanche 15 juin) réplique par à-coups. Via une note interne émise dimanche dernier (n 19) et adressée aux secrétaires de mouhafadha, l’exchef du gouvernement détruit l’argumentaire sur lequel s’apprête à s’appuyer Zerhouni. “S’agissant des résultats du huitième congrès et faisant suite à la note précisée ci-haut, et dans un souci de vous fournir d’amples informations concernant les différentes étapes inhérentes à la préparation ainsi qu’au déroulement du huitième congrès, et ce, au regard des dispositions réglementaires (...) vous trouverez ci-joint un document exhaustif qu’il vous est demandé de mettre à la disposition de l’ensemble des militants...”, écrira Ali Benflis en entame de la correspondance. Le patron du FLN enchaîne ensuite avec un exposé retraçant de façon exhaustive la chronologie de la préparation du congrès, le déroulement de ses travaux, ses résolutions ainsi que les différentes modifications portées aux statuts et au programme du parti. L’on y retient notamment que, conformément à la décision du comité central, réuni le 25 octobre 2002, “le secrétaire général du parti a constitué et installé une commission nationale de préparation du 8e congrès composée pour l’essentiel des membres du comité central et des élus du parti à l’APN et au Conseil de la nation”. Ali Benflis rappelle également “l’instruction adressée à toutes les structures de base (...) mettant l’accent sur la plus large consultation”. De même que “la supervision par des membres du comité central au niveau des mouhafadhas de cette (même) opération. (...) Des commissions de préparation locales ont été installées au niveau de chaque mouhafadha pour élaborer les avant-projets des statuts et du programme du parti”. Vint ensuite l’étape des “huit regroupements régionaux tenus à Sidi-Bel-Abbès, Oran, Batna, Ouargla, Constantine, Aïn Defla, Alger et à l’étranger pour présenter au congrès des projets de statuts et de programme...”. S’agissant du déroulement des travaux du congrès, Benflis énumère en six points les principales étapes. En gros, l’on retînt le mode d’élection respecté tant concernant le bureau et les diverses commissions ayant présidé les travaux du congrès que des instances qui en seront issues. “Les débats en plénière ont été libres. Des dizaines de congressistes ont pris la parole”, écrira entre autres Benflis en allusion à peine voilée aux contestataires de ces derniers jours. Dans un troisième chapitre, l’ex-chef du gouvernement aborde le volet relatif aux “statuts adoptés par le 8e congrès. Ces statuts, y fait-il remarquer, ont repris les propositions contenues dans les rapports de la base. Ils ont en outre été adoptés à l’unanimité des congressistes”. C’est-à-dire y compris par les Hadjar, Amar Tou, Saïd Barkat... “Un huissier de justice assermenté a dressé un procès-verbal des travaux et attesté de leur déroulement”, avait par ailleurs tenu à rappeler le patron du FLN. Le ministère de l’Intérieur et le cercle présidentiel qui le contrôle en tiendraient-ils compte pour autant ? Le fameux “la loi n’est pas un obstacle” que Zerhouni a déjà eu à lancer par le passé ne plaide pas en faveur de cette voie en tout cas.

K. A.

 

   
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