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OUYAHIA LANCE UN APPEL AU CALME A SES AMIS POLITIQUES Carton jaune au FLN Le Quotidien d'Oran, 29 juin 2003 Ahmed Ouyahia a brisé une sorte d’Omerta autour des élections présidentielles en déplorant « l’ambiance malsaine » qui se développe autour de l’échéance de 2004. Son conseil à la mobilisation contre l’intégrisme semble être adressé à ses amis du FLN. S’exprimant en tant que secrétaire général du RND sur les ondes de la chaîne III, Ahmed Ouyahia a indiqué que si «l’intégrisme et son bras armé gagnaient du terrain (...), le camp nationaliste et démocratique, auquel nous considérons appartenir, s’éparpille autour de cette fièvre électoraliste». Le «Poutine Algérien» prend ses responsabilités afin d’avertir des dangers d’un déficit de mobilisation face à l’islamisme qui demeure à ses yeux l’adversaire principal : «Comme nous le voyons, l’ennemi commun, l’intégrisme et son bras armé, le terrorisme, se mobilise de manière très très déterminée et veut gagner des kilomètres» avant de lancer un appel en guise d’avertissement à ses «alliés» politiques en estimant que : «En ce qui nous concerne, nous sommes mobilisés et partie prenante de cette bataille. Nous n’avons jamais prétendu la mener seuls. Nous interpellons la conscience de tout le monde» sans toutefois préciser à qui s’adresse en particulier ce message. Cette sortie d’Ouyahia qui semble dictée par l’intronisation quasi-officielle de Ali Benflis par le FLN comme candidat aux présidentielles de 2004, intervient à un moment où la lisibilité politique est des plus floues. Face aux hypothèses d’un duel Bouteflika-Benflis, qui pourrait diviser le «camp nationaliste et démocratique», Ouyahia privilégie, indirectement, les dangers d’une triangulaire Bouteflika-Benflis-Djaballah, où le candidat de l’islamisme profiterait, spécifiquement, de cette ambiance malsaine et délétère que dénonce le chef du gouvernement : «Nous sommes encore à huit mois de cette étape. Nous faisons en sorte que la République que nous ont ramenée un million et demi de martyrs et que nous ont préservée 50.000 autres martyrs soient sauvée». Comme pour avertir sur les risques d’une campagne lancée «trop tôt» et qui ferait les affaires du camp islamiste. Les relents de nationalisme contenus dans cette phrase, une sorte d’appel à la vigilance dans le camp nationaliste, ne peuvent être adressés qu’au FLN, sensible à ce type de discours, et qui a investi, ces dernières semaines, beaucoup d’énergie dans la mise sur orbite de Ali Benflis, irrémédiablement candidat «contre» Bouteflika. D’ailleurs, Ahmed Ouyahia se garde d’être tranchant à l’égard des appétits électoralistes des clans qui poussent en faveur de candidats multiples mais se montre légaliste lorsqu’il aborde la prochaine libération d’Ali Benhadj qui risque de concourir au regain de l’intégrisme que semble craindre le patron du RND : «Il appartient aux institutions de la République, gardiennes de la loi de veiller sur leur travail et elles trouveront le soutien du RND» en allusion, probablement, à une décision imminente de libération que devrait prendre la justice militaire et qui devrait avoir l’accord d’un Ouyahia qui avait été, en 1994 au poste de secrétaire général de la présidence, le fossoyeur du dialogue avec les deux anciens dirigeants de l’ex-FIS. Si les propos d’Ouyahia sont empreints de rationalisme et de prudence, ils ne sont pas moins destinés à un Ali Benflis avec lequel il partage beaucoup de similitudes. Même génération, tout deux à la tête d’un parti nationaliste, issue de la haute administration et présentant des profils séduisants pour briguer la magistrature suprême, Ouyahia, qui appelle Benflis «mon ami», ne peut être ravi de la tournure des événements. Partagé entre sa loyauté envers le président Bouteflika dont il a accepté de seconder à l’exécutif, Ouyahia ne veut pas s’aliéner un FLN qui menace de retirer ses ministres du gouvernement qu’il préside. Même s’il estime que le RND n’a pas de position sur ce qui bouillonne au sein du CC et le bureau politique du FLN, au nom du «principe de la défense de la non ingérence», Ouyahia se veut rassembleur et brandit, à nouveau, le danger islamiste pour cimenter les positions de son camp naturel. Il critiquera, à demi-mots, la polémique entre le ministère de l’Intérieur Yazid Zerhouni et une frange du FLN sur la validité du 8ème congrès du parti en indiquant, qu’au sein du RND qui avait fait l’objet, également, de dépassement «nous n’avons jamais été partisans de procès à l’encontre de l’administration, car cela n’est pas constructif». Reste à savoir si les conseils avisés d’Ouyahia et son appel au calme seront entendu dans le camp nationaliste et en premier lieu, au FLN. Mounir B. ------------------------
APRES SON APPEL A LA MOBILISATION CONTRE LE DANGER ISLAMISTE Les partis répondent à Ouyahia Le Quotidien d'Oran, 29 juin 2003 L’appel du secrétaire général du RND M. Ahmed Ouyahia, pour mobiliser les forces politiques démocratiques contre la montée de l’islamisme politique, n’a pas reçu un écho favorable dans le camp des démocrates. Le RCD qui a réagi par le biais de son numéro deux Djamel Fardjallah, a déclaré que le patron du RND est mal placé pour parler de pôle démocratique, puisqu’il a été le premier chef de gouvernement à ouvrir la porte de l’exécutif à sept ministres MSP. S’agissant des «allégations» faites par le secrétaire général du RND sur le rôle de «perturbateur» du RCD dans le dialogue lancé par le gouvernement avec les arouchs, le numéro deux du RCD a indiqué que son parti n’est pas concerné par ces déclarations dans la mesure où le mouvement citoyen est apte à prendre des décisions politiques majeures sans pour autant solliciter ou demander l’apport d’un parti politique. Enfin, le responsable du RCD indique que son parti travaille toujours pour construire un pôle démocratique fort, tout en écartant tout adhérent au système. Même sentiment retrouvé dans les déclarations du secrétaire national à l’information du FFS, Karim Tabou, qui déclare à ce propos, qu’Ouyahia est mal placé pour délivrer des brevets aux démocrates. Tout en fustigeant le secrétaire général du RND, Karim Tabou a ajouté que sa proposition au dialogue lancé aux mouvements arouchs est une opération inscrite simplement dans le but de disqualifier les médiateurs politiques de la région, au profit d’agents déguisés en délégués. Enfin, le porte-parole du parti d’Aït Ahmed, indique toutefois, que pour faire preuve de bonne foi, Ouyahia devra lever l’état d’urgence et condamner les auteurs des assassinats commis contre les jeunes lors du printemps noir. Dans le camp des islamistes, le parti du MSP a été plus indulgent avec le patron du RND. En réponse aux déclarations «enflammées» du patron du RND concernant «le danger islamiste», le député et ex-président du groupe parlementaire du MSP, Abdelkrim Dahmane, a indiqué que son parti n’est pas concerné par ces déclarations et ne se sent pas visé par ces attaques directes du responsable de la deuxième force politique à l’assemblée. Ces attaques concernent en fait les partisans d’El Islah et leur leader le cheikh Djaballah dont la montée en puissance inquiète sérieusement le patron du RND. Sur ce point, la réplique du président du groupe parlementaire d’El Islah, le député Benkhalaf, est sans appel. Ce n’est pas la première fois qu’Ouyahia fait des déclarations de ce sens. «Sa position ne nous fait pas peur, nous sommes un parti légal et républicain, il n’a qu’à préparer des élections propres et honnêtes, et laisser le peuple et les urnes choisir, a affirmé le député du parti de Djaballah. En se mettant une partie du mouvement islamiste et les démocrates sur le dos, le secrétaire général du RND risque de se retrouver sans soutien dans sa bataille contre l’intégrisme politique et le règlement de la crise en Kabylie. Salim Bey |
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