|
|||||
Des candidatures et des préalables Le Quotidien d'Oran, 18 décembre 2003 Des noms commencent à s’inscrire dans la course aux présidentielles, mais il est difficile de parler vraiment de frémissement dans un contexte politique délétère. Les candidatures, plus ou moins déclarées, viennent majoritairement des rangs de ce qu’on pourrait appeler le consensus de 1999. Abdelaziz Bouteflika n’a rien dit officiellement, mais tous ses actes indiquent qu’il entend conserver son poste. L’homme écoute avec plaisir, au cours de ses visites de travail, des appels «pressants» des citoyens à un second mandat. Avec les moyens de l’Etat et au nom de sa charge, il est en campagne. Ses adversaires lui reprochent déjà de gérer les mouvements des personnels des différentes administrations pour arracher une réélection. Les rapports du président avec les forces qui l’ont mené au pouvoir ne sont plus au beau fixe. Le général Khaled Nezzar a lancé des attaques virulentes contre le président et sa sortie, même si elle n’est pas forcément l’expression officieuse de l’armée, confirme largement que le consensus de 1999 a vécu. C’est donc sans surprise que deux anciens Premiers ministres de Bouteflika, Ali Benflis et Ahmed Benbitour, se retrouvent dans la bataille annoncée. L’avantage relatif de Benbitour est qu’il a quitté ses fonctions en écrivant une lettre de démission où, pour la première fois, un collaborateur de Bouteflika et non un opposant l’accuse publiquement de violation de la constitution. Son désavantage est qu’il n’arrive pas encore à donner une épaisseur politique à son image de technocrate honnête. Ali Benflis, candidat du FLN, dit aujourd’hui la même chose au sujet du «président candidat», mais il a attendu très longtemps pour le faire. Et le discours «nouveau» que développe aujourd’hui le FLN de Benflis a de la peine à se crédibiliser. En témoigne sa dernière proposition sur la presse qui lui a valu des critiques d’électoralisme et des rappels sur sa discipline de vote des amendements Ouyahia. Disposant d’un appareil, Benflis a bien du mal, en dépit des sympathies médiatiques intéressées, à donner un contenu lourd à sa candidature. Le soutien que lui apporte le CCDR paraît plus un fardeau qu’un véritable appoint, puisqu’il a pour effet de braquer des courants puissants au sein du FLN. Autre élément, les batailles qui tournent autour du FLN entre Bouteflika et Benflis auront non seulement créé un sérieux malaise au sein de la justice, mais ils ont également généré une fâcheuse impression d’une régression vers les logiques régionalistes. Le «consensus de 1999» est bien terminé. On peut y ajouter, bien qu’il date des évènements de Kabylie, celui d’un Saïd Sadi qui avait franchement soutenu Bouteflika, avant d’entrer en guerre contre lui. Le chef du RCD est sur la voie de la candidature et, encore une fois, sans réussir à avoir le soutien des courants dits républicains. En dehors des gens du consensus de 1999, les candidatures demeurent limitées. Le général Rachid Benyellès se prépare à entrer dans la bataille. Ses critiques régulières de la gestion de Bouteflika sont connues. Mais depuis que sa candidature est devenue un fait médiatique, il a largement oeuvré à marquer sa différence vis-à-vis d’Ahmed Taleb Ibrahimi. Ce dernier s’abstient d’annoncer sa candidature, mais cela ne l’empêche pas de faire des tournées dans le pays et de rencontrer des partisans. Pour l’heure, Taleb Ibrahimi ou ses proches ont surtout formulé des exigences en matière de garantie de l’honnêteté de l’opération électorale. Les exigences portent essentiellement sur le départ préalable d’Ahmed Ouyahia et de Yazid Zerhouni. Il semblerait, selon certaines sources, qu’il faille attendre le début de mois de janvier pour qu’Ahmed Taleb s’exprime publiquement sur ses questions et sur sa candidature. Hamrouche, quant à lui, n’est pas encore candidat. La déclaration politique qu’il a rendue publique mardi n’est pas un acte de candidature mais un état des lieux très critique et un rejet des démarches de cooptation et de fausses élections qui ont prévalu jusqu’à présent. En clair, même si l’armée dit ne pas vouloir s’impliquer dans la politique, la situation de paralysie des institutions fait que les conditions d’une reproduction du schéma de la cooptation d’avril 1999 sont à nouveau réunies. Pour Hamrouche, l’élection doit servir à amorcer une sortie de crise et, à cet effet, l’armée ne peut plus se contenter de dire qu’elle ne coopte personne. Elle doit, de manière claire et compréhensible, active pourrait-on dire, agir pour restaurer une administration d’Etat «dans la plénitude de ses missions, forcément libérée des injonctions, interférences et manipulations qui la dénaturent, et dont les agents et commis devront être protégés par la loi pénale contre tout abus hiérarchique ou sanction pour délit d’opinion électorale». En clair, si l’armée n’oeuvre plus à la cooptation des présidents, elle ne doit pas cependant permettre que d’autres cooptations se fassent à travers une prise d’otage de l’administration et de l’Etat. Il est «vital», estime Hamrouche, qu’elle «demeure partie prenante des mécanismes décisionnels déterminants et des choix stratégiques. C’est à ces conditions que les prochaines présidentielles pourront être porteuses d’espoir». Reste à savoir si le message ou ces préalables politiques seront entendus par l’armée. M. Saâdoune
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||