Me Ali Yahia Abdennour au sujet de la présidentielle

« Bouteflika pourrait ne pas être candidat»

par Mohamed Zaâf , Le Jeune Indépendant, 13 décembre 2003

Le président Bouteflika pourrait de son propre chef renoncer à se porter candidat pour un second mandat, si la caution des «décideurs» venait à lui faire défaut, a estimé Me Ali Yahia Abdennour, lors d’une conférence organisée, hier, par le FFS en célébration de la Journée des droits de l’homme.

Les décideurs et particulièrement les généraux savent qu’une réelection du président Bouteflika se traduira, pour eux, par un départ à la retraite si ce n’est pas par une suite «plus grave», disait-il lorsqu’il relevait l’absence de candidatures lourdes partisanes ou indépendantes à quatre mois de l’échéance électorale.

Pour lui, l’éclatement de la société et la dispersion des voix favoriseront le recours à un deuxième tour.«Jusqu’au premier tour, les militaires laisseront faire», mais «au 2e tour ils interviendront» pour faire pencher la balance en faveur de leur choix, pense-t-il.

Me Abdennour, qui s’est dit contre «l’ordre des prisons et la paix des cimetières», a abordé le dossier des disparus.Un «problème très important», car «c’est le seul point où l’on peut accrocher le pouvoir international», sachant que «le pouvoir ne cède que devant deux choses : la pression internationale et celle de la rue».

«Nous (Algériens, ndlr) sommes intervenus sur les droits de l’homme à l’étranger, en Afrique du Sud, au Chili…, il n’y a pas de raison pour qu’on n’intervienne pas chez nous» sur cette question, a dit l’avocat, remontant jusqu’au «coup d’Etat» de 1992, point de départ des atteintes massives aux droits de l’homme dans le pays.

Un coup d’Etat visant à la seule préservation du pouvoir où le FIS a servi d’exutoire, déclarait-il en substance.Revenant sur les acteurs de la violence et le mystère du «qui tue qui ?», le président de la LADDH a affirmé qu’en Algérie «tout le monde tue» aussi bien les groupes islamistes armés que les forces régulières.

Me Abdennour a ainsi fait état d’une troublante déclaration que lui aurait faite M.Claude Angéli, du journal satyrique français le Canard enchaîné, sur l’implication de Charles Pasqua, le ministre de l’Intérieur français de l’époque, dans la prise d’otages des trois agents consulaires français à Alger, plus connue sous le nom de «l’affaire Thévenot».

M.Pasqua «a des réseaux en Algérie au plus haut niveau de l’Etat», déclarait Me Ali Yahia Abdennour lorsqu’il dénonçait la connivence entre les services algériens et français pour, selon lui, contrer les positions mitterrandiennes, hostiles au coup d’Etat.

L’avocat n’a pas manqué d’évoquer les tueries massives de Raïs, Bentalha et Beni Messous et le cas de Serkadji où, affirme-t-il, 48 détenus avaient été tués à la grenade et à la mitraillette, alors qu’ils se trouvaient enfermés dans une salle de cette prison, durant l’incident, qui avait fait 98 morts au total.

Me Abdennour a défendu la femme.Tout en se disant conscient du fait qu’il est difficile de toucher à la chose sacrée.Il a appelé à aller vers les problèmes de fond concernant la femme en Algérie.Il a, en revanche, critiqué de manière ironique les déclarations à l’étranger de Mme Khalida Messaoudi, et qui, selon lui, se trouvent en porte-à-faux avec la réalité et les valeurs nationales.

Plusieurs associations et syndicats ont pris la parole à cette conférence où est intervenu M.Salah Eddine Sidhoum pour révéler que «35 000 Algériens ont été torturés» depuis la déposition du président Bendjedid.Il a dénoncé le règne de l’impunité concernant les auteurs de crimes, relevant la contradiction avec les cas de l’assassinat de Salah Djebaïli ou de Tahar Djaout, où respectivement cinq et quatre dossiers avaient impliqué autant de groupes différents dans les assassinats.

Mais, en fait, «qui a tué Djaout ? Qui a tué Djebaili ?» s’est interrogé Sidhoum qui s’est dit pour une véritable réconciliation nationale, passant nécessairement par la vérité et la justice.Une réconciliation qui n’exclut aucun Algérien et qui permet d’aplanir les divergences non pas d’une décennie seulement mais de quarante ans», depuis l’indépendance.

M.Z.

 

   
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