SON
SECRETAIRE GENERAL REVIENT A LA CHARGE
Le RND se radicalise
L'Expression,
29 juin 2003
l’actuel
Chef du gouvernement veut se rapprocher de partis comme le RCD, l’ANR
et même le MDS.
Le secrétaire
général du RND, Ahmed Ouyahia, a réaffirmé
hier sur les ondes de la Chaîne III que «l’intégrisme
et son bras armé gagnaient du terrain». Nouvelle allusion
faite à ce qu’il qualifie de «rapprochement dangereux
entre Djaballah et son parti et les dirigeants de l’ex-FIS à
quelques jours à peine de la libération de Abassi Madani
et de Ali Benhadj». Il a, en cette occasion, déploré
«L’ambiance malsaine» qui, à l’en croire,
se développe autour de la perspective de la présidentielle.
M.Ouyahia a relevé que «le camp nationaliste et démocratique,
auquel nous considérons appartenir, s’éparpille
autour de cette fièvre électoraliste». «Comme
nous le voyons, a-t-il ajouté, l’ennemi commun, l’intégrisme
et son bras armé le terrorisme, se mobilisent de manière
très très déterminée».
Ouyahia, ce disant, lance des piques à son frère ennemi
le FLN, entré en campagne plus tôt que prévu. Mais
il omet d’expliquer ce qui a poussé le parti de Benflis
à accélérer la procédure d’un côté,
ni comment sont traités ses ministres au sein du gouvernement
qu’il préside et leurs multiples suppliques pour quitter
cette équipe où ils ne sont plus du tout libres de leurs
mouvements et tout le temps soupçonnés de vouloir instrumentaliser
politiquement leurs postes ministériels alors que c’est
plutôt l’inverse qui se produit. Ouyahia, en prenant de
plus en plus ses distances avec le FLN et en développant un discours
éradicateur et «républicain» opère
un rapprochement discret de partis politiques comme le RCD, l’ANR
le Ccdr et le MDS.Ouyahia, qui ne cache pas ses ambitions politiques,
peut fort bien être le futur candidat consensuel du camp dit «démocrate
républicain». Plusieurs rencontres, croit-on savoir, ont
eu lieu en ce sens sans que ces partis trouvent chaussure à leur
pied.
Précisant sa position sur les élection présidentielle,
le secrétaire général du RND et actuel Chef du
gouvernement, a rappelé être «encore à huit
mois de cette étape», et qu’il est donc trop tôt
pour se prononcer. Mais a-t-il encore souligné, «nous faisons
en sorte que la République que nous ont ramenée un million
et demi de martyrs et que nous ont préservée 50.000 autres
martyrs soit sauvée». Le message est on ne peut plus clair
pour qui se souvient que la veille encore Ouyahia parlait de retour
vers la phase anté-92...Abordant la situation en Kabylie, Ouyahia
a souligné que «nous sommes heureux que les pouvoirs publics
appellent au dialogue». C’est ce genre de phrase qui fait
toute la force de ce personnage atypique. Lui-même, représentant
les pouvoirs publics et auteur du fameux appel, il trouve le moyen d’en
parler avec assez de détachement pour qu’on croie qu’il
s’agit carrément de quelqu’un d’autre.
Prié de répondre à une question sur la neutralité
de l’administration à laquelle a appelé le secrétaire
général du FLN, Ouyahia a affirmé que le RND est
«pour le principe de la défense de la non-ingérence»,
avant de rappeler que son parti avait également fait l’objet
de dépassements lors des dernières élections législatives
et locales. «Pour autant, a-t-il dit, nous n’avons jamais
été des partisans de procès à l’encontre
de l’administration, car cela n’est pas constructif».
En clair, le RND admet que le FLN est la cible de dépassements
administratifs sans aller jusqu’à le soutenir, condamner
ces actes d’un autre âge, et y remédier en tant que
Chef du gouvernement.
Des relents de vengeance transparaissent même dans les propos
de Ouyahia qui, pour la seconde fois, met en avant les «dépassements»
dont aurait été victime son propre parti au profit du
FLN lors des deux derniers rendez-vous électoraux.
Ali OUSSI