Djaballah téméraire ou naïf ?

par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 29 mai 2007

Après avoir été dépossédé du parti Ennahda, son premier amour, puis d’El-Islah, cheikh Djaballah menace de fabriquer un troisième parti politique, si jamais on ne tranchait pas en sa faveur dans le conflit qui l’oppose à son ex-coéquipier Mohamed Boulahya, passé à la tête d’El-Islah, après un usage magistral du bon vieux «tapis de Baghdad».

Cheikh Djaballah se retrouve pris dans un engrenage qui ressemble à l’histoire du serpent qui se mord la queue. Plus candide que jamais cheikh Djaballah attend du Conseil d’Etat qu’il statue définitivement et désigne qui est le patron légitime d’El-Islah, Boulahya ou lui ? D’une innocence exemplaire, il attend encore que le ministère de l’Intérieur se prononce sur les recours sur la légalité du dernier congrès d’El-Islah et sur l’autorisation accordée à l’aile rivale de se présenter aux législatives, bien que le Conseil d’Etat n’ait pas tranché la question.

«Djaballah peut rêver», commente Boulahya qui, lui, s’affiche moins naïf. S’il est d’accord pour dire que la justice tranchera effectivement mercredi prochain, il ajoute vite que ce sera sur la question du siège du parti, toujours aux mains des partisans de Djaballah, et que leurs rivaux, qui ont le vent en poupe, entendent bien récupérer.

L’Administration refusera-t-elle de reconnaître la responsabilité du siège à des gens à qui elle a permis d’aller tenter de se faire élire députés ? Djaballah doit quand même pressentir le coup, d’où l’idée de lancer une formation politique flambant neuve.

«Jamais deux sans trois», dit le proverbe. Ainsi, après l’histoire de Wafa du Dr Ahmed Taleb Ibrahimi, et du FD de Sid Ahmed Ghozali, le département de M. Yazid Zerhouni aura un troisième parti à «geler», si jamais Djaballah mettait sa menace à exécution.

Rien ne dit qu’on ne décèlera pas chez le prochain bébé-barbu, des héritages nazis ou que «l’enquête» sur son dossier d’agrément sera moins longue que celle du FD. Une drôle d’enquête, à classer comme l’une de nos savoureuses «spécificités», déclenchée au début du troisième millénaire mais qui attend toujours son épilogue.

On attend sans faire de vagues, sans la moindre petite réclamation officielle. Bizarre ! Djaballah, se résignera-t-il à son tour au silence ? Abandonnera-t-il sa combativité lui aussi, une fois le dossier d’agrément déposé et l’enquête déclenchée ? Les dons de Zerhouni aux pouvoirs fantastiques feront-ils leur effet comme précédemment.

Djaballah sera-t-il à son tour neutralisé ou fera-t-il exception à la règle ? En tout cas, il est peu probable qu’il ne soit pas au courant des traitements exceptionnels qui entourèrent le Wafa, le FD ou l’UDR. Donc, le cheikh déposera son dossier d’agrément en homme politique parfaitement conscient que, dans l’actuelle religion politique du pays, les nouveaux partis sont bannis.

La yadjouz ! S’il décide tout de même de déposer son dossier, cela voudra dire qu’il y a des chances pour qu’on le traite avec bienveillance. Dans le cas où il n’y a pas d’assurances dans ce sens, cela voudra dire que Djaballah n’écarte pas la possibilité d’être logé à la même enseigne que ses malheureux pairs, mais qu’il est prêt à livrer un duel à Zerhouni.

Alors, il livrera bataille en homme averti et «un homme averti en vaut deux», dit l’adage. Un ministre informé doit certainement en valoir plus. «C’est le pot de terre contre le pot de fer», disait le Dr Ibrahimi pour expliquer à l’époque son refus de soumettre l’affaire à la justice.

Djaballah serait-il téméraire ou bien serait-il naïf ? M.Z.

   
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