Mourad Dhina a quitté discrètement le FIS

TEMOIGNAGE

Devenu responsable du bureau exécutif du FIS à l'étranger en 2002, Mourad Dhina rend public sa rupture avec cette organisation islamiste. Mais il refuse la politique de réconciliation prônée par le président Bouteflika et ne rentre pas en Algérie

IAN HAMEL, Le Matin.ch, 14 octobre 2006

En lisant ces lignes, l'ambassadeur d'Algérie en Suisse devrait sauter sur son fauteuil. Mourad Dhina, informaticien, ancien chercheur au CERN, passé par le Massachusetts Institute of Technology de Boston, est en effet la bête noire d'Alger. Pas seulement parce que cet opposant algérien a été désigné en 2002 comme le président du bureau exécutif du Front islamique du salut (FIS) à l'étranger. Mourad Dhina est surtout redouté car il tient un discours mesuré. Contrairement à certains prédicateurs du FIS, il ne lance pas de violentes diatribes contre l'Occident, en agitant le Coran. Il parle d'une voix calme. Son ton reste néanmoins très ferme. «Il y a eu un coup d'Etat en Algérie en 1992, je trouve donc la résistance armée légitime. Je l'ai dit et je le redirai», lâche-t-il.

Accusé par l'ancien ministre français Charles Pasqua d'entretenir des liens avec des marchands d'armes, Mourad Dhina a quitté précipitamment Saint-Genis-Pouilly, dans l'Ain en France voisine, pour se réfugier à Meyrin (GE), en 1993. Depuis, il n'a toujours pas de statut de réfugié, et n'en réclame pas. Ce physicien, ancien professeur à l'EPFZ, reconnaît vivre difficilement avec sa femme et ses six enfants, âgés de 6 à 19 ans. «Nous n'avons pas de documents pour voyager. Nous ne pouvons pas quitter la Suisse», explique-t-il. Régulièrement, l'ambassade d'Algérie rappelle à Berne que Mourad Dhina a été condamné par contumace à vingt ans de réclusion criminelle dans son pays et réclame son extradition.

«Condamné par des tyrans»
Le diplomate algérien va sans doute se réjouir en apprenant que Mourad Dhina, leader du FIS, a quitté discrètement cette organisation. «Nous pensions que la libération des deux chefs historiques du FIS, Abassi Madani et Ali Benhadj, en juin 2003, allait redonner vie au mouvement et mettre fin à la cacophonie. Malheureusement, cela n'a pas été le cas. Ils ne sont pas parvenus à assumer leurs rôles de leaders», déplore Mourad Dhina. A présent, les dirigeants du FIS tirent dans tous les sens. Les uns se radicalisent, les autres rejoignent le pouvoir.

«Rabath Kébir, ancien dirigeant du FIS, rentre en Algérie après 14 ans d'exil en Allemagne. Non seulement il chante les louanges du président Bouteflika, mais il remercie même les services secrets militaires!», déplore l'informaticien genevois. En revanche, l'ambassadeur d'Algérie en Suisse n'en décolère pas: contacté directement par le pouvoir algérien, Mourad Dhina a refusé la main tendue au nom de la réconciliation nationale. Il reste à Genève avec sa famille. «Je m'honore d'avoir été condamné par des tyrans. L'histoire, un jour, me donnera raison», assure l'ancien patron du FIS à l'étranger.

Le message est clair: que Berne régularise la situation de l'épouse et des enfants de Mourad Dhina, tous nés en Suisse. Le chercheur n'a pas troublé l'ordre public, et l'islamiste non plus.

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