CONGRES DU FLN

Abdelaziz Belkhadem futur secrétaire général

Le Quotidien d'Oran,  31 janvier 2005

Le discours de Abdelaziz Belkhadem à l'ouverture des travaux du huitième congrès du FLN qui s'est enfin ouvert hier à la coupole du 5 Juillet, livre des enseignements majeurs qui fixeront la trajectoire qui suivra le conclave. En matière de ligne politique, le coordinateur n'ira pas par quatre chemins.

Il s'agit de donner corps au programme du président Bouteflika dont il a égrené les priorités de l'action, il a nommé les réformes et les projets de développement. Et puis l'enjeu de la réconciliation et de l'amnistie que le FLN doit porter à bras-le-corps. Non sans rappeler les résultats engrangés par la concorde civile et la démarche économique. La campagne pour l'amnistie est présentée comme «une grande bataille pour le FLN». Même si les congressistes n'applaudissent que timidement, le ton est donné pour comprendre dans quel sens le vent va tourner. Les résolutions des assises en porteront l'empreinte.

Cette déclinaison qui tue un peu le congrès, s'est accom pagnée d'un constat élogieux sur l'unité retrouvée. La réunification des rangs est, selon le coordinateur, effective. Cela sera bénéfique aussi bien pour le confortement du parti dans sa posture de formation majoritaire dans les institutions du pays que pour l'activation de l'alliance présidentielle.

Quelque 2.700 délégués ont pris part à ce conclave qui a cependant soulevé, dès le départ, des litiges de représentation entre les délégués qui se disputaient le mandat de la base. Des listes auraient été rallongées, d'autres sont confectionnées en parallèle. Cela a donné lieu à un cafouillage monstre à l'entrée de la salle. La remise des badges a donc soulevé des mécontentements. Le surnombre de délégués est tel qu'il a imposé une réunion de dernière minute entre les mouhafedh, les coordinateurs de wilaya affiliés au mouvement de redressement et les membres de l'instance de coordination, dès la levée de la séance d'ouverture.

Paradoxalement, ce cafouillage, visible à l'entrée de la salle, n'a pas déteint sur la séance d'ouverture à laquelle ont été invités des ambassadeurs, des chefs de partis et des responsables des médias. Abdelaziz Belkhadem, en coordinateur du groupe des cinq, avant de prononcer son allocution, a proposé à l'assistance d'accepter la composante du bureau du congrès. Boualem Bessaiah, Salah Goudjil, Abdelkader Hadjar, Layachi Dadouaa, Abderezak Bouhara, Abdelkrim Abada... font partie du groupe constitué de 10 personnes. La composition est un dosage entre les différentes tendances qui se sont jusque-là livré bataille. Pour Belkhadem, la page du tumulte de la crise est tournée et il vante déjà le mérite des gens qui y ont contribué. Il louera longuement les vertus de l'unité retrouvée.

L'enjeu du congrès est aussi d'approuver le projet de révision de la structuration du parti.

L'ex-parti unique devra connaître une réorganisation qui le sortira du schéma classique. Le projet des nouveaux statuts en circulation parmi les congressistes, prévoit une nouvelle organisation. Le parti sera doté d'un conseil national dont la composante variera entre 450 et 550 membres et d'une instance exécutive de 95 à 105 membres élus par les membres du conseil. Un secrétariat de l'instance exécutive de 5 à 7 membres, sera également créé. Une autre instance de coordination et de concertation verra également le jour.

C'est le conseil national qui élira en son sein le SG du parti, également porte-parole. Le projet crée, comme il a été déjà annoncé, le poste de président dont les prérogatives ne sont pas précisées à part celle de convoquer un congrès. De l'avis de nombreux congressistes, Belkhadem est dans la peau du futur SG.

Omar S.

L'ancienne garde pour «négocier» la transition

Ils étaient amassés devant l'entrée du stade du 5 Juillet pour la distribution des badges du très attendu congrès rassembleur du parti du FLN.

Entre délégués du parti, curieux et journalistes, les chargés de l'organisation du 8e congrès se sont retrouvés finalement dans une situation où il fallait gérer surtout des doubles délégations badgées et mandatées pour filtrer la participation. L'entrée de la coupole où doivent se dérouler les travaux du congrès est prise d'assaut dès la matinée. Un service de sécurité veille au grain. Quelques figures connues du FLN sont déjà à l'intérieur. Alors que les redresseurs affichent des sourires victorieux, les autres, ceux qui se sont opposés, y compris à Belkhadem, à l'image de Amar Tou, se sont contentés du spectacle.

«Le congrès sera clôturé à son ouverture», a prédit un ministre de l'ancien parti unique, redresseur de la première heure et prétendant à un poste dans la direction. Finalement, c'était presque le cas. A peine le discours d'ouverture prononcé par Belkhadem achevé, le bureau du congrès installé, tout le monde est invité à une longue pause. Les travaux reprennent à 17 heures. Une réunion des coordinateurs est décidée par le premier responsable «transitoire» du parti.

Pourtant, alors que les travaux allaient commencer, des délégués étaient encore agglutinés devant la seule entrée autorisée. «C'est leur salade, on verra bien leur organisation», s'est contenté de dire un élu proche de Benflis. Des délégations ont dépassé leur quota de délégués, alors que des mouhafadas se sont présentées avec deux délégations. Deux listes mandatées et élues. Il fallait faire avec. Et les présents étaient contraints de patienter de longues heures avant l'ouverture des travaux. Plusieurs wilayas étaient dans cette situation, a-t-on appris. Situation qui n'était pas faite pour déplaire aux partisans de Benflis. Même si ceux-ci avaient adopté un profil plutôt bas, hormis Abbas Mekhalif, l'ancien chef du groupe parlementaire, qui est apparu très actif. Il y avait bien entendu les grand absents: Ali Benflis, Abdelmadjid Attar... «S'il veut venir (Benflis), c'est son droit», a répondu la veille un délégué du Centre à la question. Une bonne partie de ses partisans, membres du comité central et élus, étaient présents, mais sans «grande présence». Les redresseurs, par contre, occupaient dès le matin les premières loges. Visibles partout, flanqués de sourires circonstanciels, la victoire exprimée dans leurs mines. «C'est l'aboutissement de deux ans de travail et de combat», déclare Si Affif, le plus médiatisé d'entre eux. «C'est le début d'une nouvelle ère» pour Mohamed Seghir Kara, ministre du Tourisme. Cette étape est présentée par le ministre comme un lieu de rencontre entre les trois générations du FLN et les instances prévues dans les nouveaux statuts, «une occasion de laisser s'exprimer la nouvelle génération du parti». Il s'agit du conseil national qui remplace le comité central, qui prévoit entre 450 et 550 sièges. C'est pour les redresseurs une manière de tourner la page et de «mettre fin à la culture de l'Appareil». Ce que n'a pas reflété le discours de Belkhadem.

Parallèlement à ce discours de mutation et d'ouverture, Belkhadem a fait appel aux anciens, dont certains ont pris place dans le bureau. Si Yahyaoui, Boualem Benhamouda et autre Mustapha Chérif avaient des allures d'invités. Bessayeh et Kharroubi ont eu le privilège d'être parmi les désignés pour diriger le congrès. L'absence de Hamrouche et de Mehri a été très ressentie. Des absences aussi parmi les invités.

Outre le corps diplomatique en poste à Alger, l'Alliance présidentielle, RND, MSP, il y eut le PT, représenté par Louisa Hanoun et un député, Sidi Saïd de l'UGTA, Hadef ainsi que l'UDL. Ce qui n'a pas été sans soulever des questions quant aux raisons de la désaffection des autres partis politiques.

Les travaux risquent de durer toute la soirée, mais l'on sait d'ores et déjà que le parti de Belkhadem a gagné et calmé les ardeurs de ceux qui s'agitaient ces dernières semaines pour imposer une certaine ligne de conduite. L'unanimité a eu raison de toutes les parties, de tous les groupes dont une partie jurait la veille de «révolutionner».

Djilali B.

 

   
www.algeria-watch.org