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ABASSI
MADANI À LA CHAÎNE AL JAZEERA
«
Nous avons été infiltrés dès le début»
L'Expression,
25 septembre 2004
L’émergence puis la chute brutale du parti restent à ce
jour une histoire à réécrire.
Invité de l’émission politique Visite privée
de la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera, Abassi
Madani est revenu sur les principaux faits qui ont contribué à l’émergence,
la victoire, la «descente aux enfers», puis la déchéance
du Front islamique du salut, ainsi que sur son propre itinéraire
de petit fidaï de l’Organisation secrète jusqu’à son
emprisonnement en 1982, à la suite des événements
de la Fac centrale d’Alger, la création du FIS, et, enfin,
son arrestation en 1991. Abassi Madani, installé confortablement
dans un hôtel dans un des pays du Golfe, officiellement pour y
suivre un traitement médical, paraissait vieilli, usé.
Il s’exprimait avec peine et arrivait difficilement à rassembler
ses souvenirs. L’ancien homme fort du FIS, qui avait failli déboulonner
le pouvoir algérien dans ses fondements donnait l’image
d’un vénérable vieillard dont la blanche gandoura
ne rappelle que très vaguement l’inénarrable tribun
qui enflammait les foules de jeunes en 1990-1991. Madani a qualifié ses
relations avec l’ancien président de la République
d’«excellentes», sans qu’il y ait une quelconque
collusion d’intérêts, tout comme ses relations avec
Mouloud Hamrouche et Mohamed Mohamedi, chef du gouvernement et ministre
de l’Intérieur à l’époque, et qu’il
voyait assez souvent.
Pour Abassi Madani, la chance n’a pas été donnée à la
paix pour permettre de porter le discrédit sur lui. «Lors
de la grève de mai-juin 1991, j’ai essayé d’entrer
en contact avec la présidence pour trouver une issue à la
confusion qui régnait, mais en vain. Une fois, un responsable à la
présidence m’avait répondu que la réponse était
qu’il n’y avait pas de réponse à donner.»
Madani cite aussi la fameuse réunion qui avait regroupé d’un
côté le chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche, et de l’autre
côté lui-même et Ali Benhadj en tant que premier et
second responsables du Front islamique du salut. L’ordre du jour
avait été de débattre des nouvelles lois sur le
découpage électoral et de rester dans le cadre de la République.
Par la suite, il y a eu de graves dérapages. Pourquoi? «Je
ne sais pas. Au moment où nous tentions de trouver le compromis,
j’ai été arrêté.» N’est-ce
pas parce que Benhadj avait été très intransigeant,
jusqu’au-boutiste et totalement radical? Madani a des mots très
tendres pour celui qu’il considère comme le véritable
gourou de l’islamisme algérien: «Le frère Benhadj
est peut-être plus modéré que moi, et jamais il ne
prend de décision extrême tout seul (...). Plus généralement,
il m’arrivait de ne pas être d’accord avec lui, de
diverger sur un avis, mais on avait les mêmes prises de positions
politiques.» Concernant les thèses extrêmes consignées
dans son livre, écrit en prison, sur le pouvoir et les devoirs
des musulmans, et intitulé Raf’â el-litham dans lequel
on retrouve un Benhadj largement séditieux et révolutionnaire,
Madani dit ne pas avoir vu ou lu le livre. Le morceau choisi de son entretien
concerne certainement la partie où il parle des infiltrations
et des manipulations dont le Front islamique du salut avait fait l’objet. «Dès
le début, je me doutais que le FIS avait été infiltré.» Quels
sont les hommes qui ont été manipulés ou qui ont été le
cheval de Troie de ces infiltrations? Il cite Bachir F’qih mais
aussi tous ceux qui ont, par la suite, gagné des postes importants
dans le gouvernement (allusion faite à Ahmed Merani et Saïd
Guechi). Il cite curieusement une des figures importantes du FIS, puis
des GIA, Saïd Mekhloufi: «Cet homme avait écrit un
livre (La désobéissance civile, Ndlr) qui a porté atteinte,
par la suite, au FIS et, mieux, a été un bon motif pour
nous discréditer. Ce livre a été écrit sans
que personne ne soit au courant, ni le majliss echouri ni le bureau national.» Pourtant,
c’est en pleine grève illimitée que le livre séditieux
avait été distribué, alors que la direction même
du FIS n’était pas encore emprisonnée et sans que
Saïd Mekhloufi ne soit convoqué ou jugé par ses pairs.
En outre, cette interprétation des faits formulée par Abassi
Madani risque d’être une tentative de disculper son parti
des dérives qui avaient accompagné son parcours politique.
Cernée de zones d’ombre, la période 1988-1992, puis
celle qui a suivi la dissolution du FIS et l’émergence du
GIA reste opaque, mystérieuse, et qu’on nourrit par la désinformation
et le mensonge.
La deuxième partie de l’entretien promet d’être
plus réelle, car elle sera collée à l’actualité,
et nous aurons l’occasion de voir comment Abassi Madani regarde
l’avenir et les distorsions de l’islamisme algérien.
Fayçal OUKACI
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