Palestine : La voie du salut

El Watan, 8 décembre 2010

La cause nationale palestinienne vient de bouger dans la bonne direction, mais pas de là où l’on attendait. Face au terrible statu quo entretenu par Israël qui tue tout espoir de paix en poursuivant sa colonisation au nez et à la barbe de la communauté internationale, une planche de salut est tendue depuis l’Amérique latine. Le Brésil et l’Argentine, des poids lourds de cette région du monde, viennent de sanctionner de fort belle manière l’arrogance de Natanyahu et ses soutiens.

En reconnaissant officiellement la Palestine comme «un Etat libre et indépendant à l’intérieur des frontières de 1967», ces deux pays ont exprimé tout haut ceux que tout le monde pense tout bas : assez de tromperie de la part d’Israël ! Ces prises de position fermes et courageuses traduisent une prise de conscience, sans cesse grandissante, que le monde ne peut plus attendre les promesses sans lendemain d’Israël. Les engagements de la conférence de Madrid, mais surtout les Accords d’Oslo constituent, en effet, la plus grosse couleuvre que l’Etat hébreu a pu faire avaler à la communauté internationale et aux Palestiniens. Comble de l’ironie, le cabinet Netanyahu trouve la reconnaissance du Brésil et de l’Argentine «décevante qui est contraire à l’esprit des accords entre Israël et Palestiniens et de la négociation de paix !»

Or, tout le monde a pu constater que les gouvernements successifs d’Israël ont rivalisé dans le blocage du processus de paix. Celui de Netanyahu a poussé encore plus loin les limites de l’arrogance, jusqu’à mettre en pratique un plan non pas de retrait des territoires occupés, mais carrément de colonisation et de judaïsation. Eh oui, tant que le parapluie US le permet encore, Israël pouvait fixer l’agenda qui l’arrange et bien sûr les lignes à ne pas franchir. Et au besoin, les divisions interpalestiniennes tiennent lieu d’argument spécieux pour justifier par anticipation de simulacre de négociations.

C’est justement cette attitude négationniste des droits nationaux palestiniens qui a suscité ce geste de bravoure du Brésil et de l’Argentine. Ça ne peut plus durer, suggèrent ces deux nations qui évoquent «une profonde frustration» de ce que le processus de paix traîne la patte. Et l’initiative du Brésil et de l’Argentine pourrait avoir un effet d’entraînement dans toute l’Amérique latine où les gouvernements de gauche sont à l’avant-garde du combat contre le colonialisme, ancien et nouveau. Alors que Cuba, le Venezuela, le Nicaragua et le Costa Rica ont déjà reconnu l’Etat palestinien, l’Uruguay suivra «sûrement le chemin de l’Argentine, en 2011» comme l’a promis son vice-ministre des Affaires étrangères, Roberto Conde.

C’est peut-être la meilleure façon de forcer la main à Israël. Une voie du salut pour le peuple palestinien qui attend son Etat depuis 15 novembre 1988 et auquel le défunt Yasser Arafat qui l’a proclamé n’a pas survécu. Désormais, Mahmoud Abbas dispose d’une bonne carte à jouer au lieu de se laisser chloroformer par la «pax americana».
Hassan Moali

 
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