Transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem

Le président Donald Trump face à sa promesse électorale

El Watan, 5 décembre 2017

Un dossier qui revient tous les 6 mois sur la table du président américain depuis 1995 : la question du transfert de l’ambassade américaine en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem.

L’ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv sera-t-elle transférée vers Jérusalem ? Théoriquement, selon le département d’Etat américain, le Président doit décider, au plus tard le 4 décembre (hier, ndlr), s’il renouvelle, comme l’ont fait, tous les six mois, tous ses prédécesseurs et lui-même une première fois en juin, une clause dérogatoire à la loi qui impose, depuis 1995, d’installer l’ambassade à Jérusalem.

Ou s’il donne son feu vert à ce déménagement, comme il l’a promis durant sa campagne. En effet, en 1995, le Congrès américain a adopté le Jerusalem Embassy Act appelant les Etats-Unis à déménager l’ambassade. «La ville de Jérusalem est depuis 1950 la capitale de l’Etat d’Israël», est-il relevé dans le texte.

La loi est contraignante pour le gouvernement américain. Mais une clause permet au Président de repousser son application pour six mois en vertu «d’intérêts de sécurité nationale». Les présidents Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama ont actionné la clause tous les six mois.

Le président Trump s’est engagé, pendant sa campagne, à reconnaître Jérusalem «comme la capitale indivisible de l’Etat d’Israël». Il a suivi l’exemple de ses prédécesseurs pour la première fois en juin dernier et bloqué le transfert de l’ambassade, qui serait interprété comme une reconnaissance en soi de Jérusalem comme capitale. Mais selon plusieurs médias américains, Donald Trump pourrait attendre jusqu’à demain pour prononcer un discours à ce sujet.

Attendre le «bon moment»

Proche conseiller du Président, Jared Kushner a annoncé, dimanche, que Donald Trump met la dernière main à sa décision à ce sujet. Le président américain «analyse encore de nombreux faits et quand il aura pris sa décision, c’est lui qui voudra l’annoncer», a déclaré J. Kushner, cité par l’AFP lors du Saban Forum, organisé par le think tank Brookings Institution à Washington. Et d’ajouter : «Et il fera en sorte de l’annoncer au bon moment.» Donald Trump pourrait attendre demain pour prononcer un discours à ce sujet, selon plusieurs médias américains. Eventualité qui n’a pas été démentie par Jared Kushner.

Des observateurs s’attendent à ce qu’il déclare Jérusalem capitale d’Israël, sans aller jusqu’à y transférer immédiatement l’ambassade américaine. Une décision symbolique, mais qui ravivera les tensions au niveau régional. Pour le porte-parole du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, elle «détruirait le processus de paix» que Donald Trump se dit pourtant déterminé à relancer.

Les Etats-Unis risquent de se «disqualifier» en tant que médiateurs, a prévenu le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erekat, tandis que les islamistes du Hamas ont menacé d’une «nouvelle Intifada». «Rien ne justifie cette décision (...). Cela ne servira pas la paix et la stabilité. Au contraire, cela nourrira le fanatisme et la violence», a mis en garde le chef de la Ligue arabe, Ahmed Abul Gheit.

Ce déménagement «bénéficiera à une seule partie, le gouvernement israélien qui est contre la paix», a-t-il ajouté. Gardienne des Lieux saints musulmans de Jérusalem et liée à Israël par un traité de paix conclu en 1994, la Jordanie a aussi mis en garde contre une «démarche aux conséquences graves» qui risque, selon elle, de «torpiller les efforts de paix et entraîner la région vers l’escalade», selon des propos du ministre des Affaires étrangères, Aymane Safadi, rapportés par l’agence officielle Petra.

Israël considère la Ville sainte comme sa capitale «éternelle et réunifiée», mais les Palestiniens estiment que Jérusalem-Est doit être la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. Ce qui fait de son statut l’un des nœuds les plus inextricables du conflit. La communauté internationale n’a jamais reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, ni l’annexion de sa partie orientale conquise en 1967. Donald Trump a récemment déclaré vouloir «donner sa chance» à la paix «avant de penser à déménager l’ambassade à Jérusalem».

Mais son vice-président, Mike Pence, attendu mi-décembre à Jérusalem, vient de réaffirmer que le transfert était «sérieusement envisagé». Jared Kushner n’a pas dévoilé dimanche sa stratégie pour réussir la paix entre Israéliens et Palestiniens. «Nous pensons qu’on peut y arriver», a-t-il seulement indiqué, alors que le président Trump s’est même gardé, pour l’instant, de soutenir la solution à deux Etats, en d’autres termes, la reconnaissance d’un Etat palestinien coexistant avec Israël.

Il a toutefois laissé entendre qu’il compte s’appuyer sur les autres acteurs arabes de la région. «La dynamique régionale a un rôle important qui recèle des opportunités», car «de nombreux pays veulent la même chose, des opportunités économiques et la paix pour leur peuple», a-t-il observé. Et de poursuivre : «Ils regardent les menaces régionales et je pense qu’ils voient qu’Israël, leur ennemi traditionnel, est en fait devenu un allié naturel pour eux.» Allusion à un front commun régional contre l’Iran.
Amnay idir

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine 
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