Immigration clandestine

La Tunisie réclame les dossiers des harragas disparus

Par : Liberté, 4 octobre 2007

Les autorités tunisiennes ont, par le biais de leur chancellerie accréditée à Alger, présenté une requête dans laquelle elles expriment leur souhait d’obtenir les dossiers complets et l’ensemble des documents portant affiliation des harragas portés disparus ou dont les corps sont déposés à la morgue ou emprisonnés depuis plus de huit mois dans les prisons tunisiennes.

La démarche des autorités tunisiennes intervient trois semaines après la correspondance adressée par le Chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, aux parents des harragas qui n’ont plus donné signe de vie, et dans laquelle il les assure de veiller personnellement sur le suivi du dossier en question. En outre, il chargera les services compétents d’enquêter sur ce sujet en coordination avec les ambassadeurs des pays concernés, en l’occurrence l’Italie, l’Espagne, la France, la Tunisie et la Libye.

Pour rappel, de nombreuses familles annabies d’émigrants clandestins n’ont pas cessé de signaler que leurs enfants, ayant tenté durant ces derniers mois, à bord des barques de la mort de rejoindre l’île de la Sardaigne (Italie), ont été arrêtés dans les eaux tunisiennes et écroués par les services de sécurité tunisiens. Selon des familles concernées par ce drame, lequel a affecté dangereusement la région de Annaba depuis janvier dernier, plus d’une quarantaine de harragas souffrent, depuis plusieurs mois, dans les prisons tunisiennes. En effet, certains parents expliquent, à ce sujet, que leurs enfants, contraints, devant les conditions climatiques défavorables, de rebrousser chemin, ont chaviré accidentellement sur les côtes tunisiennes.

Ils ont été arrêtés par les services de sécurité tunisiens, affirment-ils, et depuis, ils sont dans les prisons. Des membres de ces familles, qui croient à cette hypothèse, se sont déplacés à maintes reprises en Tunisie pour prendre des nouvelles de leurs enfants. Mais en vain. Ils affirment dans ce sens “avoir frappé à toutes les portes” sans pour autant trouver un temps soit peu des réponses à leurs préoccupations auprès des autorités tunisiennes. Mieux encore, ces jeunes harragas auraient été accusés par les autorités tunisiennes de terrorisme, selon leurs familles. À ce propos, certaines sources bien informées, révèlent que “les personnes qui sont arrêtées sans pièces d’identité sur le sol tunisien, tombent automatiquement sous ce même chef d’inculpation”.

M. Belabed Kamel, le représentant des familles de harragas a fait savoir qu’il a renconté, dimanche dernier, le consul général de Tunisie à Annaba, sur demande express des autorités suprêmes tunisiennes. Le représentant des familles de harragas précise qu’à cette occasion, avoir remis officiellement au responsable diplomatique tunisien un dossier complet sur les harragas disparus depuis le mois d’avril dernier. “Le consul général de Tunisie nous a promis de transmettre, avec diligence, toutes les indications fournies aux hautes autorités de son pays, en vue d’enquêter et de rechercher ces personnes disparues à l’intérieur du territoire tunisien”, indique M. Belabed. Il convient enfin de signaler qu’en date du 18 avril 2007, la marine tunisienne a découvert une barque qui chavirait à bord de laquelle se trouvait seul le jeune Hadef Riad, qui succomba suite à la détérioration de son état physique. Cependant, est-il indiqué, des zones d’ombre subsistent sur les circonstances du décès du jeune Riad, surtout que le document établi par le juge d’instruction déclare son décès de mort suspect. Aucune indication n’a été fournie, concernant les 20 immigrants clandestins qui se trouvaient à bord de cette barque, en compagnie du feu Hadef Riad.

B. BADIS

  Criminalisation de la migration  
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