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Sur les traces des harragapar H. Barti, Le Quotidien d'Oran, 1 décembre 2007 Le service des gardes-côtes relevant des Forces navales est le seul corps à vocation de service public qui représente l’autorité de l’Etat sur les eaux territoriales algériennes. Devant la recrudescence du phénomène de l’émigration clandestine, il demeure le seul rempart à même de limiter l’intensité des flux migratoires illégaux par voie maritime vers les côtes de la rive nord de la Méditerranée. En fins connaisseurs de la mer et de ses dangers, étant sur la première ligne de front de cette lutte, les gardes-côtes ont leur propre vision sur ces traversées de la mort qui endeuillent depuis près de deux ans des dizaines de familles algériennes. Le service des gardes-côtes effectue des patrouilles sur un rayon d’activité étendu. Ses missions sont diverses. Il assure le sauvetage en mer, la surveillance des eaux territoriales pour lutter contre la contrebande, l’émigration clandestine, le trafic de drogue ainsi que la lutte contre le terrorisme. Il assure également la surveillance des zones de pêche, la lutte contre la pollution marine et la reconnaissance au profit des Forces navales. Il peut également avoir, en cas de besoin, la mission de destruction de cibles de surface ou aériennes ennemies. Mais depuis près de deux années, la lutte contre l’émigration clandestine constitue une de ses principales missions, vu les proportions que ce phénomène a pris. «Tout le potentiel des forces navales est orienté vers la lutte contre le phénomène de l’émigration clandestine», nous a confié le colonel Kehal, commandant de la façade maritime Ouest, à l’occasion des sorties en mer organisées, la semaine dernière, par les gardes-côtes au profit des journalistes. En voici le récit. Dimanche 26 novembre 2006. Il est près de 19 heures, lorsque «El Kennass», patrouilleur de l’unité 350 du Groupement territorial des gardes-côtes (GTGC) de Mostaganem quitte le port de Mers-El-Kébir avec à son bord un équipage composé de 16 marins et 2 officiers. La mer est quelque peu agitée avec des vents qui soufflent en direction de l’est à une vitesse de près de 30 km/heure. Le patrouilleur en question mesure 37,5 mètres de long et pèse en moyenne près de 167 tonnes. Il dispose d’une autonomie de six jours et peut atteindre une vitesse maximale de 27 noeuds. Une fois la passe du port de Mers-El-Kébir franchie, «El Kennass» met le cap vers l’est de la wilaya sur Cap Aiguille avec une vitesse de croisière de 13 noeuds. Le commandant du patrouilleur «El Kennass», le capitaine B. Abdelhafid, et son équipage ont été chargés dans le cadre de cette mission de couvrir la zone de la baie d’Oran, qui s’étend de Cap Falcon à l’ouest jusqu’à Cap Carbon à l’est. La nuit commence à tomber et la visibilité devient de plus en plus réduite. Le commandant et son second, le lieutenant S.D. Messaoud, chef du service énergie et propulsion, tiennent leurs postes au niveau de la timonerie (cabine de pilotage). On essaie de réduire au maximum les lumières à l’intérieur afin d’améliorer la visibilité, sans pour autant quitter du regard l’écran du radar qui fournit la position exacte de tous les bateaux qui se trouvent dans le périmètre. Dans certaines zones où la pêche est interdite, toute embarcation devient suspecte, car elle pourrait être une embarcation de harraga, nous confie le commandant d’El Kennass. Dans le doute, on confirme en visuel, à l’aide de jumelles, à partir d’un poste de pilotage secondaire situé sur la passerelle, ajoute-t-il. Les torches de la zone industrielle d’Arzew sont visibles. On est à quelque milles seulement de Cap Aiguille. Un fois ce point atteint, la patrouilleur virera à 180° à bâbord pour rebrousser chemin vers Cap Falcon. Au cours de l’année 2006, et dans le cadre de ses patrouilles de surveillance, «El Kennass» a intercepté ou sauvé d’une mort certaine plusieurs dizaines de personnes dans une vingtaine d’embarcations clandestines. Les harraga sont généralement âgés de 19 à 30 ans, nous confie le commandant de l’unité 350 relevant du GTGC de Mostaganem. Pour lui, une personne qui dispose d’un minimum de bon sens ne peut jamais s’aventurer dans de telles traversées. Les groupes qu’on a interceptés sont dans la quasi-totalité composés de gens qui n’ont presque aucune notion sur la navigation en mer. Même dans les cas où l’on a trouvé en leur possession des moyens d’orientation tels que des boussoles ou des GPS, ils ne savent pas s’en servir. La mer est capricieuse. Une mer calme peut se transformer en un clin d’oeil en un véritable ogre qui peut vous engloutir avant même que vous ne vous rendiez compte de ce qui se passe. L’équipage d’El Kennass se rappelle toujours de ce premier jour de l’Aïd El-Fitr, où on leur a signalé une embarcation en naufrage à proximité de l’île Plane, à quelque 4 milles marins des côtes oranaises. L’alerte a été donnée à huit heures par l’un des 14 harraga qui a réussi à contacter la brigade de gendarmerie de Bousfer, après avoir rejoint à la nage le rivage. Plusieurs unités des gardes-côtes, dont celle du GTGC de Mostaganem, ainsi que des bâtiments des forces navales sont appelés en renfort pour couvrir l’ensemble de la zone des recherches. C’est finalement une véritable hécatombe, où seuls deux harraga ont pu être sauvés. Les gardes-côtes, soutenus par des hommes-grenouilles de la protection civile, repêcheront six cadavres, alors que six autres seront portés disparus. Mais en dépit des risques encourus, les groupes de harraga persistent toujours à tenter ces traversées. «On a eu des cas de harraga qu’on a appréhendés pour la seconde fois», nous confient les marins de l’unité 350. Malgré tout ce qu’on peut leur dire pour leur expliquer la gravité de leur acte, le danger qu’ils encourent et le mal qu’ils peuvent causer à leurs familles s’ils périssent en mer, ils ne cachent pas leur intention de recommencer jusqu’à ce que, disent-ils, la chance leur sourie. Une attitude qu’on ne peut en aucun cas comprendre, nous confie le commandant, avant d’ajouter: «Malgré tous les efforts qu’on peut fournir, on ne peut pas aider quelqu’un qui n’a aucun sens de discernement. M. Keddar Kouider est parmi ces dizaines de pères qui ont perdu leur fils dans ces traversées suicidaires. Son fils Noureddine, âgé de 25 ans, avait en effet quitté sa maison et sa famille à Béni-Saf le 29 octobre 2005. Avec huit autres de ses camarades, tous du même quartier, Noureddine embarquera à bord d’un Zodiac pour essayer de rejoindre les côtes espagnoles. 13 mois après la disparition de son fils, la douleur est encore vivace. Au bord des larmes, ce sexagénaire nous raconte comment son fils est parti pour ne plus jamais revenir. «Pour ma part, j’accepte la volonté de Dieu, et je sais que je ne reverrai jamais mon fils, mais c’est sa mère qui a le plus de peine car elle n’arrive pas à oublier Noureddine. Si je peux dire quelque chose aux jeunes qui tentent ce genre d’aventure, j’ai un seul message: réfléchissez bien avant de faire quoi que ce soit. C,a ne vaut vraiment pas la peine de risquer sa vie et le bonheur de sa famille. Le quartier abritant le port de pêche de Béni-Saf ressemble beaucoup au quartier de Sidi El-Houari à Oran, avec, en plus, des maisons construites sur une montagne qui nous rappellent le Murdjadjo et le quartier des Planteurs. On y raconte que la première traversée clandestine s’est opérée à l’ouest de Béni-Saf, au niveau de la plage Rechgoun 2. Les habitants de la ville racontent qu’un hors-bord de plaisance de la région a été le pionnier de ces traversées. Se rendant compte de l’avantage qu’il pouvait tirer de ces traversées, dès son retour, il en fera son commerce. Mais depuis deux années, les postes de surveillance construits au niveau des plages ont permis aux gardes-côtes de mettre en échec quelque 15 tentatives d’embarcation clandestines. Au total, ce sont 13 postes de surveillance qui ont été érigés au niveau de cette bande côtière. Le dernier poste construit (2006) est situé dans la localité de Sbiât, une zone qui était particulièrement difficile à surveiller, surtout de nuit, selon les gardes-côtes. La surveillance s’effectue actuellement 24 h sur 24 h, avec des rondes quotidiennes la nuit. Mais le plus important poste de surveillance est situé au niveau de Cap Figalo, érigé en 1901. Le poste dispose de radars qui ont une étendue de 24 et 48 milles, soit un très large périmètre qui s’étend de Sassel à Terga.
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Criminalisation de la migration | ||||
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www.algeria-watch.org
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