13 corps repêchés en 24 heures

Harraga: ruée vers la mort

par K. Assia & El-Houari Dilmi, Le Quotidien d'Oran, 9 avril 2008

Le nombre de cadavres repêchés ce lundi à l'entrée du port de Béthioua vient d'augmenter avec la découverte de cinq autres corps de personnes âgées de 25 à 30 ans. L'opération de recherche, lancée depuis lundi au large des plages de Béthioua et de Mers El-Hadjadj, se poursuit toujours, apprend-on de source sûre.
Dans la matinée d'hier et plus précisément aux environs de 7h45, les éléments des gardes-côtes en patrouille dans cette zone ont repêché trois cadavres flottant sur l'eau. Deux autres ont été repêchés entre 9 et 12 heures, à 2 miles au nord de la plage de Mers El-Hadjadj (ex-Port aux Poules). Ainsi, avec les huit corps découverts la veille près de Béthioua, c'est au total 13 cadavres qui ont été repêchés entre lundi et mardi par les éléments des gardes-côtes.

Du côté des services du Centre régional des opérations de sauvetage et de secours en mer (CROSS), relevant des forces navales de la façade maritime ouest, les victimes repêchées hier n'ont pas encore été identifiées et leurs dépouilles ont été déposées à la morgue de l'hôpital d'El-Mohgoun. Toutefois, les services des gardes-côtes ont pu récupérer sur l'un des cadavres repêchés dans la matinée d'hier un appareil cellulaire. Un indice qui pourrait contribuer à l'identification de ce groupe de candidats à l'émigration clandestine. Les premiers éléments de l'enquête diligentée par les services compétents indiquent que la mort remonte à quelques jours, compte tenu de l'état dans lequel ont été découverts les corps sans vie de ces jeunes harraga.

Quatre corps rapatriés à Tiaret

La terrible nouvelle était sur toutes les lèvres hier matin à Tiaret. Les corps sans vie de 4 harraga ont été rapatriés mardi à Tiaret, après s'être noyés en mer et avoir été repêchés dimanche par les gardes-côtes dans la région d'Arzew, dans la wilaya d'Oran. En effet, les sept victimes, âgées de vingt à vingt-cinq ans, sont toutes originaires de la wilaya de Tiaret. Les corps de quatre jeunes hommes morts, noyés en mer alors qu'ils voulaient gagner les côtes espagnoles, ont été rapatriés et inhumés au niveau du nouveau cimetière de la ville de Tiaret. Deux parmi les victimes sont des cousins germains et habitaient le populeux quartier de «Volani», au sud de la ville, tandis que les deux autres sont issus des quartiers des «préfabriqués» et du quartier «Sonatiba». Les familles de trois autres victimes se sont rendues à l'hôpital d'El-Mohgoun, dans la wilaya d'Oran, pour rapatrier aujourd'hui les corps de leurs proches décédés en mer.

Dans un entretien téléphonique avec la radio locale, le directeur de l'hôpital d'El-Mohgoun a indiqué que toutes les facilités ont été accordées aux familles pour leur permettre un transfert rapide des dépouilles vers la ville de Tiaret. Parmi les huit victimes dont les corps ont été repêchés dimanche, sept sont originaires de Tiaret, tandis que la huitième victime est originaire de la wilaya d'Oran, a indiqué le même responsable à la radio locale.

Selon des informations que nous avons recueillies auprès de certaines familles, les huit victimes faisaient partie d'un groupe de seize harraga partis le week-end dernier à bord d'une embarcation à destination des côtes espagnoles. Si cela est avéré, et avec les treize corps repêchés lundi et mardi près d'Arzew, il reste trois harraga encore disparus. Hier, au moment où les familles éplorées enterraient leurs enfants, le ministre de la Solidarité, M. Djamel Ould Abbas, par un pathétique signe du destin, était en visite à Tiaret pour annoncer des mesures incitatives au profit des jeunes pour les «empêcher de céder à l'appel du large», selon sa propre expression. Vendredi dernier, une émission télévisée s'était intéressée à des jeunes du quartier de «Volani» de Tiaret qui avaient tenté, sans succès, de gagner ce qu'ils pensent être l'eldorado européen. Deux parmi les victimes inhumées hier à Tiaret sont originaires justement du populeux quartier de «Volani». La semaine dernière, deux corps de deux jeunes hommes, originaires de Tiaret et Rahouia, avaient été rapatriés pour être inhumés au niveau de leurs villages natals.

Depuis mars dernier, onze jeunes hommes, tous originaires de Tiaret, sont morts noyés en mer et leurs corps repêchés et rapatriés.

 
Version imprimable
Criminalisation de la migration  
www.algeria-watch.org