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EMIGRATION CLANDESTINE
Les rivages de la mort
Le Soir d'Algérie, 12 novembre 2006
Terga, Bouzadjar, Béni- Saf, Sidi-Ouchaâ, Ghazaouet, ces coquettes plages, qui, pour la plupart des estivants et vacanciers évoquent de merveilleux souvenirs de vacances sur la côte ouest sont malheureusement, aujourd’hui devenues des rivages de la mort. Ces désespérados de la mer et les naufragés volontaires commencent à inquiéter tout le monde, sauf évidemment nos gouvernants, qui ne se posent pas de questions sur ces jeunes candidats à l’émigration clandestine, et qui parfois, le voyage prend fin dans les profondeurs de la Méditerranée.
Qui sont-ils ? Et pourquoi préfèrent-ils risquer leur vie ? Pour en savoir plus, nous nous sommes rendus dans la paisible commune de Aïn-Fezza dont est originaire le jeune Nabil Kholkhal, une des nombreuses victimes de ces marchands de rêves qui, pour la plupart du temps, se transforment en cauchemar. Pour les frères de la victime, il y a des zones d’ombre et ne comprennent toujours pas comment Nabil a pu être convaincu pour ce safari nocturne en pleine mer. Abdelaziz affirme que l’idée de cette aventure n’a jamais effleuré son frère, il avait même demandé un visa pour l’Espagne. Toutefois, dans la nuit du 12 octobre et à 1h du matin, le destin de Nabil l’appela pour un aller simple. Selon le témoignage des membres de sa famille, Nabil a quitté le domicile en compagnie d’un ami qui le conduisit à la plage de Sidna-Ouchaâ de la daïra de Ghazaouet. Arrivé sur les lieux, il rejoint un groupe de “harragas” candidats au voyage. Toujours selon des informations recueillies dans la nuit du 12 octobre à 3 du matin, trois embarcations sont parties de la plage de Sidna-Ouchaâ en direction des côtes espagnoles. Au lever du jour, deux des trois embarcations sont alors de retour, surpris par les lueurs de l’aube, la traversée devenue risquée, les obligea au retour sur la plage de départ. Seule l’embarcation où avait pris place Nabil et 10 autres passagers n’avait pas donné signe de vie. Pendant plus de 20 jours, des familles attendaient un signal de leurs enfants de l’autre côté de la Méditerranée comme le font certains qui arrivent sains et saufs sur les côtes espagnoles. La plupart des jeunes qui ont quitté Sidna-Ouchaâ dans la nuit du 12 octobre étaient originaires des villages de Djamaâ Sakhra, El-Bor, Diar Ben Tata et de Sidna-Ouchaâ, Nabil était le seul natif de Tlemcen et ne connaissait probablement pas ses compagnons d’aventure avec lesquels il allait effectuer son dernier voyage.
L’annonce du drame
20 jours plus tard, les pêcheurs, au large de Fouka-plage, repêchent le corps d’une jeune personne, portant un gilet de sauvetage. Le corps de la malheureuse victime est emmené à la morgue de l’hôpital de Koléa, et c’est là qu’on découvre sur la malheureuse victime un sachet en plastique contenant des vivres et un portable. Et c’est grâce à ce portable que Nabil a pu être identifié et ramené vers son village natal pour y être enterré. La puce restée intacte a permis d’appeler son frère Abdelaziz dont le nom figurait sur le répertoire. Aussitôt alerté, Abdelaziz se rend à Alger, on lui fait part d’un corps repêché avec quelques renseignements et le doute finit par être levé. A la morgue de Koléa, la dépouille fut identifiée par ses frères, c’était la fin du voyage pour Nabil. Ce jeune homme de 27 ans, parti des rivages de Ghazaouet à la recherche de l’eldorado a fini au fond de la mer et les flots de la Méditerranée se sont chargés de ballotter son corps inanimé pendant 20 jours. Cet autre calvaire prendra fin sur la côte algéroise à Tipasa. Aujourd’hui, tout le monde se pose la question : que sont devenus les autres passagers ? Car à ce jour, seul le corps de Nabil a été retrouvé. Les frères de la victime n’écartent aucune hypothèse, ils se sont rendus plusieurs fois à Ghazaouet pour connaître un bout de vérité. Nabil a-t-il été victime de faux passeurs ? Il avait sur lui une somme importante en euros et en dinars. Le fait que son corps échoue sur une plage du centre, cela suppose que le drame a eu lieu en haute mer, alors que la direction de l’Espagne est à l’ouest de Ghazaouet. Les autres passagers de la pateras sont-ils arrivés à bon port ? Ou bien ce sont dix autres corps que la mer n’a pas encore rejetés ? C’est le cas aussi de dizaines et de dizaines de jeunes, qui, à ce jour n’ont pas donné signe de vie depuis des mois. Beaucoup de corps échouent sur des plages désertes. Ces corps anonymes ne peuvent pas parler bien sûr, ni raconter leur odyssée. Et depuis quelque temps, à chaque prière du vendredi, quelque part dans ces petits villages où des jeunes ne sont plus revenus, on se résigne dès que l’imam annonce une prière pour l’absent. Ces jeunes qui préfèrent quitter ce pays pour s’offrir en pâture à une mer déchaînée et dans le froid de la nuit, on les surnomme les “harragas”, ils sont plutôt les “mahrouguine” d’un système qui a fait d’eux des naufragés du désespoir. Dans les années 1970, le monde entier était pris de compassion pour les Boat People du Viet-Nam, du Laos. Aujourd’hui, des jeunes Algériens disparaissent en mer en quittant définitivement ce pays d’“El izza wa el karama”, dans l’anonymat. L’ENTV ignore toujours ce drame, car en dehors de la presse écrite, personne ne parle de ces malheureuses victimes. les députés de la wilaya de Tlemcen et de Aïn-Témouchent sont interpellés pour agir à haut niveau comme le font certains pays à l’exemple du Sénégal qui entame une véritable campagne de sensibilisation et de soutien aux familles des disparus. D’autre part, une véritable mafia de passeurs a vu le jour et prospère en toute quiétude, le métier de passeur rapporte gros, car, selon certains, il faudrait débourser 10 millions de centimes pour le prix de la traversée ou plutôt d’un simple linceul que la mer offre à ses victimes.
M. Zenasni
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Criminalisation de la migration |