Alors que la commission européenne invite les trois pays du Maghreb à intégrer les patrouilles Frontex

Alger refuse une procédure extérieure à l’UA

Par : Samar Smati, Liberté, 8 juillet 2007

L’Algérie semble donner une fin de non-recevoir à la proposition de la Commission européenne de participer, dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, aux patrouilles maritimes et aériennes de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex).

À peine l’information rendue publique, côté européen, sur la proposition faite officiellement aux trois ministres de l’Intérieur de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, par le commissaire européen à la Sécurité que l’on se dirige, d’ores et déjà, vers une fin de non-recevoir. Du moins côté algérien. Alger estime, en effet, que le dossier de l’immigration clandestine et de la lutte dans ce cadre relève prioritairement de l’Union africaine. Pour l’Algérie, l’UA est la seule organisation habilitée à traiter de cette question auprès de ses partenaires de l’UE. En clair, l’Algérie refuse de prendre part à une action qui ne prendrait pas en charge le traitement de cet épineux problème dans un cadre multilatéral. Alger considère donc que l’UA et l’UE devraient agir ensemble pour lutter contre l’immigration clandestine.
Le commissaire européen à la Sécurité, Franco Frattini, est l’initiateur, selon l’AFP, de cette nouvelle démarche de la commission pour lutter contre les flux de migrants clandestins. “Le commissaire européen à la Sécurité, Franco Frattini, a invité la Tunisie, l'Algérie et le Maroc à participer aux patrouilles de Frontex dans une lettre adressée récemment aux ministres de l'intérieur de ces pays”, a déclaré, vendredi dernier, à l'AFP, Axelle Nicaise, responsable régional de la commission pour les affaires intérieures. Axelle Nicaise participait à un colloque sur l'immigration et l'asile, au siège du Conseil des ministres arabes de l'Intérieur à Tunis.
La commission souhaite que les trois pays du Maghreb, qui constituent à la fois des zones de transit, mais également d’installation tel c’est le cas en Algérie, intègrent les patrouilles de Frontex avec des équipements, notamment avions et bateaux, des experts, ainsi qu'à travers les échanges d'informations, a expliqué la responsable européenne. Une opération de lutte contre l’immigration clandestine en Méditerranée a été lancée le 24 juin dernier par Frontex. Elle se déroule entre la Libye, Malte et l’Italie. L’agence souffre actuellement d’un déficit en moyens opérationnels de lutte contre les vagues de migrants qui affluent sur les côtes de l’Europe. La commission avait appelé, début juin, les États membres à tenir leurs promesses de fournir navires et avions à Frontex, indiquant que l'agence ne disposait que d'une vingtaine de bateaux sur les 115 promis et de trois hélicoptères sur les 25 prévus. La position algérienne sur la lutte contre l’immigration clandestine est connue, notamment depuis l’émergence, l’été dernier, d’une idée, en Europe, relative à la création d’un centres de rétention au Maghreb. Cette proposition avait été mal accueillie.
Alger avait formulé à ce moment-là déjà un refus catégorique à cette proposition considérant que l’objectif principal de la lutte contre l’immigration clandestine, alors que le pays est devenu non pas une zone de transit vers l’Europe, mais d’installation des immigrants clandestins, ne pouvait avoir comme corollaire qu’un développement réel de leur pays d’origine pour juguler les flux migratoires, avec l’aide des pays d’accueil.
De plus, des mécanismes nationaux existent également dans ce cadre que ce soit à travers les patrouilles des garde-côtes tout le long des frontières maritimes ou des gardes frontières et de la gendarmerie nationale pour les frontières du Grand-Sud algérien.
L’Algérie a, également, participé aux opérations initiées par l’OTAN ainsi qu’aux opérations de sauvetage en haute mer.

Samar Smati

 
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Criminalisation de la migration  
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