Crise migratoire en méditerranée

Un navire d’une ONG bloqué dans les eaux internationales

El Watan, 9 août 2017

Les migrants fuient les guerres et les dictatures avec leur lot de misère et de répression.

Un navire d’une organisation non gouvernementale (ONG) espagnole de secours en Méditerranée est bloqué depuis hier dans les eaux internationales, rapporte l’AFP. Et cela suite au refus de l’Italie et Malte d’accueillir trois migrants libyens se trouvant à son bord. Le Golfo Azzurro, navire affrété par l’ONG espagnole Proactiva Open Arms, a secouru les trois migrants libyens dimanche. Mais lorsque le Golfo Azzurro s’est approché de l’île italienne de Lampedusa, la plus proche des côtes libyennes, pour débarquer les migrants secourus, les autorités italiennes lui ont refusé l’accès au motif que le code de conduite n’a pas été respecté.

Proactiva Open Arms figure pourtant parmi les quatre ONG ayant accepté ce code. En revanche, les autorités italiennes ont organisé samedi le débarquement à Lampedusa de 127 migrants secourus par le Prudence de Médecins sans frontières (MSF), qui a pour sa part refusé de signer le code. Le Golfo Azzurro a poursuivi sa route vers Malte, son port d’attache actuel, pour un ravitaillement et un changement d’équipage.

Mais les autorités maltaises lui ont également refusé l’accès, au motif que les trois Libyens, secourus plus près de Lampedusa que de Malte, relèvent des autorités italiennes. Hier matin, le Golfo Azzurro se trouvait entre Malte et la Sicile, dans l’attente d’une solution, alors même que ses deux principaux responsables de Proactiva Open Arms ont rendez-vous au ministère de l’Intérieur à Rome pour signer le code de conduite.

Dans le même temps, le C-Star, navire affrété par des militants européens antimigrants, était toujours à l’arrêt au large de la Tunisie, où des pêcheurs et un syndicat entendent empêcher qu’il puisse se ravitailler. Ces militants appartiennent au groupe d’extrême droite Génération identitaire, lequel veut repousser les embarcations de migrants vers l’Afrique. Vendredi, l’ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) s’est dite opposée à ce que le C-Star «accoste dans les ports tunisiens» et a appelé «le gouvernement à ne pas coopérer avec son équipage raciste et dangereux».

A chacun sa raison

Le C-Star et sa mission «Défendons l’Europe» ont été financés grâce à une campagne lancée par des militants anti-immigration français, allemands et italiens. Avant d’arriver au large de la Tunisie, le bateau a d’abord été retenu pendant une semaine dans le canal de Suez par les autorités égyptiennes à la recherche d’armes.

Il a ensuite accosté dans le port chypriote turc de Famagouste, où le commandant et les membres de l’équipage ont été interpellés, soupçonnés de faux et usage de faux avant d’être relâchés. Le navire a finalement quitté Chypre le 1er août et mis le cap sur la Libye, abandonnant l’idée d’effectuer toute escale en Grèce et en Sicile, où les autorités se montraient inquiètes d’éventuelles manifestations.

Sur son site internet, le groupe de militants d’extrême droite accuse les ONG de «faire passer clandestinement des centaines de milliers de migrants illégaux en Europe» et promet de «faire quelque chose pour s’y opposer». Des ONG sont accusées de faciliter le travail des passeurs en garantissant un passage en toute sécurité vers l’Europe.

L’Italie a averti jeudi les ONG secourant les migrants en Méditerranée centrale qu’elles ne pourraient pas poursuivre leur mission, si elles ne se conformaient pas à un «code de conduite» élaboré par Rome. L’Italie a saisi la veille le bateau d’une ONG allemande, le Iuventa, dont l’équipage est soupçonné d’avoir adopté des «comportements favorisant l’immigration illégale».

Cela dit, la politique migratoire suivie par les grandes puissances est biaisée et segmentaire, mélangeant les causes et les conséquences, intérêts obligent. En déstabilisant des régions entières par des interventions militaires, en soutenant des despotes locaux, les «grands» de ce monde contribuent à nourrir les flux de migrants dont les pays sont de plus en plus marginalisés pour mieux les asservir. En fait à qui profitent les richesses du sous-sol du continent africain ?


Amnay idir

 
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Criminalisation de la migration  
www.algeria-watch.org