Après avoir appelé à engager des négociations avec l’Algérie sur l’immigration clandestine

L’UE reconnaît l’échec de la conférence de Rabat

Salim Tamani, Liberté, 1 octobre 2006

Des sources proches du dossier à Alger affirment que “la nouvelle position de l’Union européenne ne tranche pas encore avec sa stratégie qui consiste à traiter le problème de façon partielle” sans aller au fond des choses.

En appelant vendredi à engager “sans tarder” des négociations avec l’Algérie sur l’immigration clandestine, l’Union européenne reconnaît-elle à demi-mot l’échec de la conférence de Rabat qui a eu lieu en juillet dernier sur le même thème ? Le Premier ministre finlandais, Matti Vanhanen, qui en a fait l’annonce à partir de Bruxelles a considéré qu’au-delà de la mise en place d’un partenariat avec les pays d’origine et de transit de l’immigration illégale, il s’agit d’élaborer une politique commune pour une action durable sur les causes du phénomène, loin des mesures conjoncturelles.
L’Algérie, qui a jusqu’à aujourd’hui refusé la création sur son territoire de centre de transit afin de filtrer le flux migratoire, juge que l’approche sécuritaire de la question reste inefficace en l’absence d’une coopération avec l'ensemble des pays de la région et de la communauté internationale afin de promouvoir des solutions fondées sur le respect des droits fondamentaux des migrants et leur protection contre les réseaux mafieux de traite des personnes. Des sources proches du dossier à Alger affirment que “la nouvelle position de l’Union européenne ne tranche pas encore avec sa stratégie qui consiste à traiter le problème de façon partielle”, sans aller au fond des choses. Si la déclaration du président du Conseil européen, Matti Vanhanen, a ce “mérite d’accorder à l’Algérie le rôle de pays pivot dans la région”, il n’en reste pas moins que “cette initiative est encore loin des revendications algériennes” sur le sujet. Il ne peut y avoir de début de solutions concrètes sur le problème de l’immigration clandestine sans
l’amorce d’une stratégie de développement en direction des pays du Sud et d’Afrique en particulier afin de maintenir les populations sur place. Ce qui n’est pas encore le cas.
À Alger, “on ne voit pas comment le problème va être discuté avec l’Algérie seulement dès lors que l’immigration touche plusieurs États de la région”. Il est vrai cependant que l’Algérie était un pays d’origine mais la situation a changé. “Nous sommes aussi un pays de transit et de destination”, précise-t-on. La question se pose maintenant de savoir à quel objectif répond la démarche de l’UE. “Pourquoi blâmer un pays de transit même si l’essentiel du flux migratoire vers le Vieux Continent passe par l’Algérie ?”
Les mêmes sources qui excluent de ce fait “qu’il puisse y avoir des discussions unilatérales sur la question migratoire” sont formelles. “Il ne peut y avoir une conférence UE-Algérie sur la question de l’immigration”, précise-t-on tout en soulignant la nécessité d’une solution durable qui intègre le processus enclenché dans le cadre de l’Union africaine. Si le président du Conseil européen est plus au moins d’accord avec cette approche en affirmant que l’UE ne peut plus se “contenter d’endiguer le problème bon an, mal an”, il est aussi vrai que l’UE peine à entreprendre des actions communes. Sur la question de savoir si la conférence UE-Afrique, qui traitera de la migration et du développement prévue à Tripoli en Libye, aura lieu en novembre, les mêmes sources doutent de sa tenue dès lors qu’“elle devait être organisée en juin dernier après la réunion des experts qui a eu lieu à Alger quelques semaines auparavant”.
Mais pour l’Algérie qui est liée à l’Union européenne par un accord d’association, les pourparlers prévus dans ce cadre et devant traiter de la question migratoire butent sur une difficulté majeure et qui a trait à la vision algérienne en matière de la libre circulation des biens et des personnes.
Alger avait exprimé sa volonté d’inclure dans ces pourparlers la levée des discriminations qui frappent ses ressortissants en matière de voyages vers l’Europe, dont les conditions d’octroi de visas et des conditions de voyage dignes. L’Algérie, objet depuis 1993 d’une mesure d’exception qui fait obligation de soumettre à consultation des pays membres de l’UE toute demande de visa Schengen, considère que la levée de cette contrainte serait le premier signe d’une détente.

Salim Tamani

 
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Criminalisation de la migration  
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