Séjour des étrangers et lutte contre l’immigration clandestine

L’Algérie met à jour son dispositif

Par : Zahir Benmostepha, Liberté, 18 septembre 2007

La région du Sahel, grande pourvoyeuse de contingents d’immigrés qui se faufilent à travers l’immensité des frontières sud de l’Algérie, est surtout connue par l’ampleur du trafic d’armes et de munitions. Les observateurs parlent de 80 000 kalachnikovs en circulation dans la région. Ce qui constitue indéniablement un commerce illicite juteux dont ne se priveraient pas les contrebandiers qui hantent le Sahara et dont les liens avec les groupes terroristes ne sont plus à démontrer.

Intervenant dans le débat consacré, en Conseil des ministres, au projet de loi relatif aux conditions d’entrée de séjour et de circulation des étrangers en Algérie, le président Bouteflika soulignait l'évolution que notre pays a connue en termes d'ouverture de son économie, mais aussi des développements que le phénomène de l'immigration ne cesse de connaître. La plus haute autorité de l’État reconnaît, aujourd’hui, dans l’immigration clandestine, un vecteur souvent privilégié de la criminalité. C’est donc fort à propos que l'ordonnance n° 66-211 du 21 juillet 1966, relative à la situation des étrangers en Algérie, est abrogée, puisqu’elle se révèle aujourd'hui inadaptée à la conjoncture de notre pays, particulièrement à la faveur du développement de la criminalité transnationale organisée et le phénomène du terrorisme dont la conjugaison qui n’est plus à prouver, constitue une menace certaine sur notre pays. Ce projet de loi répond nécessairement au souci de prendre en charge, à travers un cadre juridique adapté, les flux migratoires qui ne cesseront de se développer en raison d'inégalités économiques flagrantes entre pays et du phénomène de la mondialisation de l'économie. La région du Sahel, grande pourvoyeuse de contingents d’immigrés qui se faufilent à travers l’immensité des frontières sud de l’Algérie, est surtout connue par l’ampleur du trafic d’armes et de munitions. Les observateurs parlent de 80 000 kalachnikovs en circulation dans la région. Ce qui constitue indéniablement un commerce illicite juteux dont ne se priveraient pas les contrebandiers qui hantent le Sahara et dont les liens avec les groupes terroristes ne sont plus à démontrer. Un commerce juteux parmi tant d’autres, dirons-nous, car le Sahel, terre de misère et de famine, s’est converti, ces dernières décennies, en une zone de non-droit qui charrie tous les trafics : drogues, cigarettes, véhicules, prostitution, faux documents… Une zone de non-droit que des réseaux spécialisés, bien organisés et bien dotés en moyens humains et matériels, tentent d’installer dans l’immensité du sud des pays maghrébins à travers une immigration clandestine dont le caractère maffieux commence à devenir ostentatoire. Ce n’est pas faute d’avoir tenté d’endiguer le phénomène que des pays comme le Mali, le Niger ou le Tchad se trouvent aujourd’hui submergés par son ampleur qui commence à déteindre sur des pays frontaliers comme l’Algérie, la Libye et le Maroc. Les trafiquants, opérant de nuit pour éviter d'être repérés, disposent de véhicules performants, parfaitement adaptés au relief, généralement des tout-terrains ou des 4x4. Utilisant le meilleur de la technologie de communication (téléphones mobiles, ordinateurs portables, système GPS), ils restent presque insaisissables. Autant dire une lutte inégale des services de sécurité algériens contre ces réseaux qui tentent, à travers l’immigration clandestine, de créer de nouvelles places fortes de la grande criminalité dans les villes du nord du pays. Le dernier coup de filet réalisé par la section de la Police judiciaire, dimanche dernier, de la Sûreté de la daïra de Dar El-Beïda, qui a réussi à mettre fin aux activités d’un dangereux réseau de trafiquants de drogue dure et de fausse monnaie, composé de six personnes, dont deux femmes, toutes originaires de l’Afrique subsaharienne, renseigne sur la réalité de la menace. Il faut dire que l’Algérie n’est plus un pays de transit, elle est devenue une destination pour ces clandestins dont la majorité, faute de travail, reste très sensible à la criminalité. Les principales villes du sud du pays sont désormais une terre d’accueil pour les Ivoiriens, les Tchadiens ou les Libériens qui prennent prétexte dans les conflits et l’instabilité politique dans leurs pays pour entrer illégalement en Algérie. Mais le flux de clandestins est devenu d’une ampleur telle qu’on recense officiellement près de 48 nationalités avec l’extension des zones sources aux pays asiatiques. Malgré une politique de lutte contre l’immigration clandestine renforcée par des mesures drastiques et une surveillance aux frontières très pointue, le phénomène ne semble pas baisser d’intensité. Aujourd’hui, les clandestins se comptent désormais par milliers (plus de 13 000 arrêtés en 2006 et plus de 8 000 arrêtés durant le premier semestre 2007) et se voient renforcés par les Asiatiques. En effet, les services de la Gendarmerie nationale comptent des Indiens, des Pakistanais et des Bengalis parmi les clandestins arrêtés dans différentes villes du pays. La présence de Pakistanais dans le lot des arrestations d’immigrés clandestins doit peut-être attirer l’attention sur le lien plus que probable avec le phénomène du terrorisme.
Depuis le début de cette année, l’Algérie a fait un saut qualitatif dans la lutte contre ce phénomène. Particulièrement à travers un décret portant création d’un office national de lutte contre l’immigration clandestine. Office qui chapeautera 11 brigades régionales implantées dans chacune des wilayas frontalières à risque, Tlemcen, Tamanrasset, Ouargla… Et il ne s’agit plus de coups de filet et de se limiter à l’interpellation des clandestins mais de s’attaquer au mal à la racine. Ainsi, le rôle de ces brigades avec un effectif qui avoisine le millier (chaque brigade compte 80 hommes), dont la première est déjà opérationnelle au sud du pays, consiste à démanteler les réseaux spécialisés dans les sans-papiers.
Au plan régional et international, l’office de lutte contre l’immigration clandestine sollicitera la coopération des polices étrangères sur le plan de l’échange d’informations. L’adoption, ce dimanche, par le Conseil des ministres du nouveau texte relatif aux conditions d’entrée et de séjour des ressortissants étrangers, vient ainsi parachever la stratégie développée par l’Algérie dans la lutte contre le phénomène d’immigration clandestine.

Zahir Benmostepha


L’opération a eu lieu au large des cÔtes tunisiennes

37 migrants clandestins algériens interceptés en mer

Par : A. A./AFP

Trente-sept migrants clandestins de nationalité algérienne ont été interceptés par les gardes-côtes tunisiens au large de l’île de La Galite et de Sidi-Mechreg, sur le littoral nord de la Tunisie, a rapporté, hier, l’hebdomadaire Assabah-Ousbouî. Ces migrants ont été interpellés dans deux opérations séparées, alors qu’ils naviguaient vers le sud de l’Italie à bord de trois bateaux partis des côtes nord de l’Algérie, a ajouté le journal sans préciser la date. Ces embarcations transportaient respectivement dix, treize et quatorze migrants, dont une seule femme. Les clandestins devraient être reconduits à la frontière algérienne. Aucun détail n’a pu être obtenu sur cette opération, la deuxième concernant des migrants algériens, la plupart des tentatives déjouées concernant des migrants au départ de la Libye et de la Tunisie. Le quotidien Echourouq avait rapporté, le 27 juillet dernier, qu’un ressortissant algérien était mort sur une barque à la dérive et ses sept compagnons secourus au large de Tabarka, sur le littoral du nord-ouest tunisien. Le littoral méditerranéen des pays du Maghreb sert de point de départ aux migrants cherchant à gagner le sud de l’Europe, notamment les îles italiennes de la Sicile et de Lampedusa. La presse fait régulièrement état des tentatives déjouées et d’opérations de sauvetage qui se sont multipliées durant l’été, les autorités tunisiennes n’ayant pas publié de bilan. L’Italie a fait état de l’arrivée de 12 419 migrants clandestins par la mer au cours des huit premiers mois de 2007 contre 14 511 pour la même période de 2006.

A. A./AFP

  Criminalisation de la migration  
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