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Oran «chasse» les Africains pour se retrouver face à ses harragapar Ziad Salah, Le Jeune Indépendant, 25 décembre 2006 En abritant dernièrement la 3e semaine de l’énergie, où des centaines d’étrangers issus du monde du gaz et du pétrole ont pris part, Oran a clairement manifesté son ambition de devenir un pole du tourisme d’affaires grignotant sur l’attractivité de la capitale. Cette ambition s’est déjà déclarée lors de la réception des travaux d’une réunion des Cinq plus Cinq (les riverains de la Méditerranée) quelques mois auparavant. Il faut dire que, depuis deux ans, la ville s’est dotée d’infrastructures d’accueil dignes de la capitale de l’Ouest. Mais pour justifier ce nouveau statut de ville en mesure d’héberger des centaines de personnalités, El Bahia s’est résolue à se défaire de certains hôtes gênants. Il s’agit d’Africains subsahariens transitant par Oran avant de rejoindre le nord du Maroc dans l’espoir de se rendre dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilia. Un moment donné, ces pauvres Africains étaient tellement visibles dans certains quartiers de la ville que la vox populi, pas tout le temps défaite de racisme et de xénophobie, leur a attribué la responsabilité de propagation de certaines épidémies. La rumeur a évoqué même le cas de femmes noires porteuses du virus du sida qui vendaient leur corps dans des hôtels miteux de la ville pour assurer leur subsistance. De son côté, une certaine presse ne s’est aucunement gênée pour charger davantage ces Subsahariens fuyant la misère et la faim de leur pays. Un événement fâcheux a précipité la fuite de cette communauté et sa disparition du paysage oranais. Excédé, un Camerounais a poignardé un habitant du quartier Sidi El-Haouari le tuant sur le coup. Il a fallu solliciter le concours des agents d’une société de gardiennage pour éviter le lynchage pur et simple de certains Subsahariens résidant dans un hôtel du quartier en question. Le durcissement des autorités marocaines vis-à-vis de ces candidats à l’émigration vers le paradis nordique a indirectement participé à l’éclipse de ces Subsahariens d’Oran. Les images de ceux délogés d’une forêt du nord marocain, parqués comme des bêtes dans des cars et déversés en plein désert entre la Mauritanie et le Sahara occidental, ont dû dissuader leurs concitoyens d’emprunter ce circuit passant par le Maroc via Oran et Maghnia. En quittant Oran et les autres villes de l’Ouest, ces Africains ont caressé le rêve de contourner les barrières des titres de séjour et visas que l’Europe accorde au compte-gouttes aux milliers de jeunes et moins jeunes exclus du système éducatif et n’ayant aucune possibilité de travail chez eux. Subitement et sans que personne ne s’en aperçoive, les côtes oranaises et des villes limitrophes sont devenues des points de départ pour les harraga. Deux ans auparavant, lorsqu’une embarcation avec à son bord des Marocains avait échoué aux larges d’Oran avait été arraisonnée par les gardes-côtes algériens, l’opinion publique s’interrogeait sur l’incrédulité de ces aventuriers. Mais ce qu’on ignorait à cette époque c’est qu’Oran, Témouchent et Beni Saf allaient, elles aussi, produire des cohortes de «desperados» prêts à mettre leur vie en danger pour rejoindre la côte espagnole devenue, du coup, leur unique point de salut. On a assisté ensuite à la naissance de véritables réseaux de commercialisation du rêve européen. Jusqu’ici, ce qu’on a retenu des comptes rendus de certains rescapés de cette entreprise dangereuse se rapporte au prix de l’aventure. Nécessitant toute une logistique, la harga n’est pas à la portée de n’importe quelle bourse, surtout celles des sans-revenus. Chaque candidat doit avancer au minimum sept ou huit millions de centimes pour espérer avoir une place sur une embarcation de fortune pouvant le conduire, au pire à la mort, au mieux devant un tribunal pour immigration clandestine. Ce qu’il est possible de retenir des expériences rapportées jusqu’ici c’est que les plages des environs de la région de Bouzedjar, à l’ouest d’Oran, sont devenues un moment donné un point de départ des harraga. Après quelques tentatives infructueuses, ce sont les plages de la corniche est d’Oran qui ont pris le relais. La topographie de ces endroits assure la discrétion et permet aux réseaux contrôlant ce business de trouver des planques aux embarcations de fortune. En ce moment, acculés par le mauvais temps, on prend le départ de n’importe quel endroit. C’est ce qui suppose que, face à une demande de plus en plus grandissante, on improvise, même s’il faut envoyer des jeunes à la fleur de l’âge au fond des mers. Z. S. |
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www.algeria-watch.org
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