IMMIGRATION EN BELGIQUE

Les illégaux, dont beaucoup d'Algériens, à la cueillette de l'Orange bleue

De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari, Le Soir d'Algérie, 15 octobre 2007

Certes, il ne s’agira pas de régularisation massive, mais l’Orange bleue a construit un accord tenable. Humainement acceptable. Loin de la barbarie française des tests ADN et de l’exclusion des pauvres gens de la soupe populaire.
Les négociateurs de l’Orange bleue (coalition démocrate, chrétienne et libérale) qui, en toute vraisemblance, conduira les affaires du royaume pendant 5 ans, ont trouvé un compromis autour de la politique migratoire ! C’était le premier point inscrit à l’ordre du jour et ne constituait pas, loin s’en faut, une mince affaire. Les négociateurs tant du nord du pays (Flandre) que du sud (Wallonie) et Bruxellois ont pu, après plusieurs séances-marathon annoncer la première bonne nouvelle. Sur l’immigration, un accord est scellé. Le formateur, personnalité désignée par le roi pour, soit diriger le futur gouvernement (ce qui est probable), soit défricher le terrain pour un autre, explique la longueur des discussions. “Il était important d’avoir des mesures non équivoques, clairement définies, pour ne pas donner prise à des interprétations divergentes”. Dans le texte final, plus ou moins équilibré, de vraies ouvertures, il faut l’acter, existent. Cependant, les socialistes et les écolos, relégués au sein de l’opposition, crient, déjà, au scandale. Pour eux, cet appel d’air à la main-d’œuvre étrangère risque de pénaliser les nombreux chômeurs existant déjà dans le royaume. Les entreprises seront tentées, selon eux, de recruter “à bon marché” plutôt que de puiser localement. Joëlle Milquet, centre démocrate et humaniste (ex-démocrate-chrétien francophone), dont la formation devrait rejoindre l’exécutif, “les illégaux pourront obtenir la régularisation s’ils travaillent ou sont installés comme indépendants.” Elle a, en outre, précisé que les “critères” de régularisation seront classifiés par une “circulaire” ministérielle. Pour Didier Reynders, Mouvement réformateur (MR libéral francophone), “la politique d’asile du nouveau gouvernement s’inscrira dans la continuité de celle appliquée par le précédent”. Côté flamand, la satisfaction est aussi de mise. Pour Bart Somers, le président de l’Open-Uld (libéraux néerlandophones), “il s’agit d’un point (immigration clandestine) de très important”. Ce laborieux mais tenable consensus autour de la très sensible, ici, question de l’immigration, présente plusieurs avantages. Il permet aux entreprises de pouvoir recruter de façon plus flexible et offre une chance pour les nombreux immigrés illégaux de Belgique de pouvoir sortir de l’underground, du néant dans lequel ils sont présentement. Certes, la régularisation ne sera pas massive comme l’espéraient et le réclamaient de nombreuses associations de défense des droits de l’homme et des immigrés, néanmoins le texte de l’Orange bleue n’est pas complètement verrouillé. En plus des illégaux qui pourront se “dégoter” un boulot ou créer leur propre entreprise (ce n’est pas si difficile que ça en Belgique), des régularisations pour raison de santé ou humaine, des regroupements familiaux et des recours auprès des juridictions compétentes, notamment du prestigieux Conseil d’Etat, les immigrés illégaux du royaume voient s’ouvrir devant eux de nouveaux horizons. On est loin, ici, en Belgique, des barbares tests ADN ou des manœuvres au sommet de l’Etat français pour exclure les sans-papiers de la soupe populaire ou des insignifiants soins urgents. Les illégaux algériens de trois à cinq mille (3 000 à 5 000), selon les estimations les plus crédibles, auront, pour beaucoup d’entre eux, des chances réelles de s’en sortir.
A. M.

 
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Criminalisation de la migration  
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