Mali : L'Algérie ne veut pas d'«une guerre dans son voisinage immédiat»

par Moncef Wafi, Le Quotidien d'Oran, 20 novembre 2012

Conflit syrien et probable guerre annoncée au Nord-Mali pour la reconquête des territoires aux mains des groupes armés affiliés à la mouvance d'Al-Qaïda ont été au centre de l'intervention, hier, du ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, sur les ondes de la chaîne I de la Radio nationale.

A propos du Mali et de l'éminence d'une intervention militaire aux frontières sud de l'Algérie, le chef de la diplomatie algérienne a derechef réitéré les constantes d'Alger quant à une solution interne du problème. Il a insisté, encore une fois, sur le retour de la légalité institutionnelle au Mali pour trouver une issue au conflit et pour faire face à une grave crise avec l'absence de ses institutions dans une grande partie de son territoire, ajoutant que le dialogue reste la meilleure solution à la crise qui afflige le pays, dont les répercussions débordent sur les pays voisins.

Profitant de l'occasion, M. Medelci affirme qu'Alger ne veut pas d'«une guerre dans son voisinage immédiat», convaincue que les conséquences directes d'un conflit armé, quelles que soient ses raisons, ne peuvent être que désastreuses. Pour appuyer la position d'Alger, le ministre des Affaires étrangères a indiqué que même les pays étrangers, qui ont choisi l'intervention militaire, ont commencé à revoir leurs copies progressivement suite aux derniers développements dans la région, caractérisés avec les déclarations d'Ansar Dine et du Mouvement de libération Azawad d'en finir avec la mouvance djihadiste et du rejet du terrorisme, de la criminalité et de l'extrémisme dans la région.

Pour rappel, des combats ont éclaté, vendredi dernier, entre les islamistes du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et des rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) près de Gao (nord-est du Mali). A Paris, un représentant du MNLA, Moussa Ag Assarid, a affirmé que «des combats ont éclaté vendredi matin près d'Ansongo (localité située entre Gao et Ménaka) entre combattants du MNLA et du Mujao dans le cadre d'une offensive visant à récupérer la région de Gao», tombée aux mains du Mujao fin juin. Le porte-parole du Mujao, Walid Sahraoui, a, de son côté, affirmé à l'AFP qu'il y avait eu «plusieurs morts et blessés parmi les soldats du MNLA», sans donner de chiffres. Des véhicules de la rébellion targuie ont également été détruits, selon lui. Le 27 juin, à l'issue de violents combats qui avaient fait au moins 35 morts, le Mujao, appuyé par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avait évincé le MNLA de Gao où la rébellion targuie avait établi son quartier général. Depuis ces combats de juin, le MNLA ne contrôle plus aucune ville du nord du Mali, immense région entièrement occupée par les groupes islamistes, Aqmi, Ansar Dine (Défenseurs de l'islam) et le Mujao qui y appliquent la charia avec une extrême rigueur. Ces combats interviennent au moment où d'intenses négociations ont lieu à Ouagadougou entre la médiation burkinabé, Ansar Dine et le MNLA. Le but de ces discussions est de rapprocher Ansar Dine et le MNLA et d'éloigner Ansar Dine d'Aqmi et du Mujao, considérés comme des groupes «terroristes» composés essentiellement d'étrangers. Alors qu'une intervention armée ouest-africaine soutenue par des pays occidentaux, approuvée par l'ONU, se précise de plus en plus pour reconquérir le nord du Mali, Ansar Dine et le MNLA se sont dits vendredi prêts à un «dialogue politique» avec le pouvoir malien. Et avant d'évoquer l'épineux problème syrien, Mourad Medelci a abordé le dossier des otages algériens détenus au nord du Mali, affirmant qu'aucune nouvelle d'eux n'est disponible actuellement tout en souhaitant qu'ils soient en bonne santé. Quatre otages algériens, faisant partie du corps consulaire à Gao, sont toujours aux mains du Mujao depuis six mois.

Le ministre des Affaires étrangères a, par ailleurs, indiqué que toutes les mesures nécessaires étaient prises pour faciliter le retour en Algérie des membres de la communauté algérienne établie en Syrie qui en feraient le désir. «Des centaines de ressortissants ont d'ores et déjà regagné le pays et d'autres arrivent tous les jours via la compagnie Air Algérie dans de très bonnes conditions», a-t-il ajouté, soulignant que l'ambassade d'Algérie à Damas a tout fait pour apporter son aide aux Algériens de Syrie.

 
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