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EXCLUSIF
ABDELAZIZ
BELKHADEM, MINISTRE D'ÉTAT, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
« L'UMA
a encore un avenir »
L'Expression,
30 décembre 2004 L'Expression
: L'Algérie va bientôt abriter le sommet arabe
alors que celui des Etats maghrébins est encore dans les limbes.
Pourquoi ce dernier piétine-t-il. Est-ce par rapport au conflit
du Sahara occidental?
A. Belkhadem: Le
Grand Maghreb uni est l'espoir de plusieurs générations,
de la mienne comme celui des générations précédentes.
Les responsables des principaux partis politiques de l'époque ont tenu
une réunion à Tanger. Ils avaient décidé d'oeuvrer à la
réalisation de cet édifice maghrébin. Bien avant, il y
a eu, bien sûr, l'Etoile nord-africaine qui caressait le même projet
déjà. Cet espoir ne peut donc disparaître par le fait de
difficultés conjoncturelles. La construction de cet édifice nécessite
beaucoup de patience et surtout beaucoup de persévérance. C'est
ce que fait l'Algérie.
On ne peut pas non plus occulter le conflit du Sahara?
Le conflit du Sahara a existé bien avant le traité de Marrakech
qui a été cogité à Zéralda d'abord en 1988
et 1989. Le problème du Sahara date de bien avant. Ce qui fait que lorsque
les chefs d'Etat ont décidé de créer l'Union du Maghreb
et de signer le traité de Marrakech, le problème était
sur la table et personne n'en a fait une conditionnalité.
Mais le Maroc en fait cette conditionnalité?
Oui effectivement depuis 1994, mais depuis l'an 2000 quand l'Algérie
a repris l'activité intermaghrébine pour réunir les maghrébins,
le Maroc est revenu à l'UMA et depuis il participe à toutes les
réunions y afférentes.
En dépit de cela, le Maroc ne conçoit pas la résolution
du problème dans le cadre du plan Baker?
C'est la vision du Maroc et non la nôtre. Nous avons exprimé très
clairement à nos frères marocains, aux Américains, à l'ONU,
que le problème du Sahara demeurait un problème de décolonisation
et qu'il n'était pas question de déplacer le débat hors
de la légitimité internationale, parce que la charte des Nations
unies consacre le droit des peuples à l'autodétermination. M.Baker
a été désigné par l'ONU, il a pu réunir,
sous sa houlette au cours des négociations directes, les représentants
du Front Polisario et du royaume du Maroc. Le résultat de ces négociations
a donné ce qui fut plus tard le plan de règlement des Nations
unies qui consacre le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.
Ce conflit qui perdure n'empoisonne-t-il pas les relations avec nos
voisins marocains, car à chaque tentative de normalisation, le fossé se
creuse de plus belle et compromet la construction de l'UMA?
Du point de vue algérien, il n'y a pas de raison pour que la construction
de l'UMA soit compromise par un quelconque problème.
La levée du visa imposé aux Algériens par les autorités
marocaines, n'était pas à votre avis une main tendue à cette
normalisation?
Vous connaissez la genèse de l'histoire. Le Maroc a décidé d'instaurer
des visas unilatéralement, suite aux événements de Marrakech
dont il a fait très malencontreusement porter la responsabilité à l'Algérie,
alors que nous vivions une période très difficile. Par la suite,
quand ils se sont aperçus que leurs accusations étaient fausses
et tendancieuses, ils ont continué à maintenir le visa et puis,
soudainement, à l'occasion du discours du trône, c'est le roi
lui-même qui décide de la levée unilatérale du visa
instauré unilatéralement.
Ne pensez-vous pas que c'est un rapprochement que veut le Maroc?
Mais nous le voulons aussi ce rapprochement. Nous sommes en train d'oeuvrer
dans le sens de raffermir nos relations avec le Maroc le jour où les
deux commissions termineront leur travail et proposeront des solutions aux
problèmes pendants, alors là, nous verrons de près la
question des visas, celle des frontières et tout le reste.
S'il y a arbitrage à faire, nous nous référerons aux
deux chefs d'Etat.
Les conflits minent les Etats entre eux. Le récent épisode Kadhafi
est édifiant.
Il a réagi à l'accusation de la Mauritanie d'avoir contribué à une
tentative de coup d'Etat. La Libye s'est déclarée innocente.
Le leader libyen en tant que président en exercice de l'UMA a demandé à ce
qu'une commission d'enquête composée des ministres des Affaires étrangères
de la Tunisie et du Maroc aille à Nouakchott pour enquêter
et donner son avis sur l'implication ou pas de la Libye.
Les pays ont jugé qu'il ne s'agissait pas de faire une enquête
et qu'il fallait faire une médiation de bons offices. Kadhafi n'a pas
apprécié.
Il a décidé de se retirer. Ses homologues lui ont demandé de
conserver son mandat de président de l'UMA jusqu'à la fin de
l'année. Nous avons été dépêchés à Tripoli
et il est revenu sur sa décision. C'est un paramètre qui n'affecte
en rien le processus. L'UMA sera un projet réel.
Nous sommes optimistes.
Entretien réalisé par Nadira BEL
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