Sommet arabe de Syrte : El Qods occupée intéresse moins les Arabes !

El Watan, 28 mars 2010

C’est un sommet diminué de huit leaders arabes qui s’est ouvert hier à Syrte (Libye). Outre le président libanais, Michel Souleymane, le président Hosni Moubarak, malade, ce sont également les dirigeants saoudien, marocain, émirati, omanais, irakien et bahreïni qui n’ont pas fait le déplacement à Syrte.

Pourtant, la question de la colonisation israélienne à El Qods occupée figure en tête de l’ordre du jour de ce sommet qui a été examinée aux côtés des propositions relatives notamment à la gestion des différends inter-arabes et la réforme de la Ligue arabe. Les dirigeants présents à ce 22e sommet, qui se tient pour la première au pays du guide, le colonel El Gueddafi, appelé « sommet du soutien à la résistance d’El Qods occupée », devraient adopter la position du comité de suivi de l’initiative arabe de paix qui exige l’arrêt de la colonisation à El Qods avant toute négociation entre Palestiniens et Israéliens. L’émir de l’Etat du Qatar, Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani, qui a remis la présidence du sommet au guide la Djamahiria libyenne, le colonel Maâmar El Gueddafi, a proposé dans une allocution la constitution d’un haut comité qui aura pour mission de faire des propositions à même de résoudre la crise de l’action arabe commune.

Celui-ci avoue que « l’action arabe commune est confrontée à une crise arabe aiguë qu’on ne peut ignorer ». « Il ne faut pas se leurrer, ni tromper nos peuples, nous n’acceptons pas également de présenter au sommet arabe ni à la nation un rapport sur les réalisations du Conseil ministériel, sachant à l’avance que les résultats ne seront pas satisfaisants », a-t-il affirmé. « On ne peut pas faire endosser la responsabilité aux autres. Il est inutile de prendre des décisions dans un contexte de crise globale entravant l’action arabe commune, notamment en ce qui concerne la question d’El Qods et d’Al Aqsa », a-t-il souligné. Le colonel El Gueddafi a, de son côté, indiqué que « le citoyen arabe attend des dirigeants arabes des actes et non pas des paroles ». Les dirigeants arabes, a ajouté le Guide de la révolution libyenne, « font face, dans ce sens (...) à des défis inédits. Nous essayons d’œuvrer conformément aux aspirations arabes et nous sommes obligés d’avancer ».

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a affirmé pour sa part qu’il ne pouvait y avoir de négociations indirectes avec Israël sans arrêt des activités israéliennes de colonisation. « Al Qods et sa périphérie représentent le portail et la clé vers la paix », a indiqué M. Abbas, avant de souligner l’attachement de l’Autorité nationale palestinienne à toute parcelle de terre et à toute pierre d’El Qods ainsi qu’à la défense de la capitale de la Palestine. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a quant à lui exprimé « sa consternation » quant aux violations constatées de visu commises par Israël contre les droits des Palestiniens à Ghaza, en Cisjordanie et à Al Qods, appelant « à lever le blocus imposé contre Ghaza ». « La construction de colonies est illégale et elle doit s’arrêter », a-t-il martelé. Pour le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, considérer Jérusalem comme la capitale indivisible de l’Etat hébreu, comme le font croire les Israéliens, est une « folie ». Les Israéliens ont dit que « Jérusalem unifiée est la capitale d’Israël. C’est une folie et ceci ne nous engage absolument pas », a déclaré M. Erdogan.

Celui-ci a estimé que l’Etat hébreu ne « violait pas seulement le droit international, mais aussi l’histoire ». Pour le Premier ministre turc, « si Jérusalem brûle, ceci signifie que la Palestine brûle. Et si la Palestine brûle, ceci veut dire que le Proche-Orient brûle ».

Par R. Bel


Rien de nouveau à Syrte ?

par Oualid Ammar, Le Quotidien d'Oran, 28 mars 2010

Le 22e Sommet arabe qui s'est ouvert, hier à Syrte (Libye), focalise l'attention en raison, notamment, de la problématique brûlante de la colonisation israélienne à El Qods. Sur ce point, la tendance arabe est plutôt pessimiste. Parmi les experts qui suivent le cours des évènements sur le fond, Abdelhamid Mehri, ancien secrétaire général du Congrès national arabe, juge qu'il ne faut pas s'attendre à grand-chose du côté de Syrte. Interrogé hier matin par Radio France Internationale (RFI), il a estimé que «la faiblesse et l'incapacité de la Ligue arabe suivent celles de ce qu'on appelle les grandes puissances internationales à trouver une solution réelle aux problèmes qui se posent au Moyen-Orient». Au sujet des sollicitations à négocier avec Israël dont celle de Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'ONU, A. Mehri juge que «les sommets qui se succèdent ne sont sollicités de la part des instances internationales et des puissances internationales que pour couvrir une stratégie, en quelque sorte «de faire patienter la région et d'éviter le pire».

Plusieurs observateurs ont évoqué la piste d'une réforme de la Ligue arabe pour la revigorer. On a, par exemple, avancé l'idée d'un secrétariat général tournant, au sein de l'organisation panarabe. Selon le parlementaire Abdelhamid Si Afif «l'introduction de réformes régissant la Ligue arabe, y compris la demande introduite par l'Algérie d'instaurer le principe d'un secrétaire général tournant, est largement soutenue par les pays arabes».

Abdelhamid Mehri n'aborde pas cet aspect de la réforme structurelle de la Ligue arabe. «Je crois que la première des solutions est que la Ligue ne doit pas essayer de faire ce qu'elle n'est pas apte à faire» estime M. Mehri au micro de RFI, ajoutant «c'est-à-dire se contenter d'essayer de rapprocher les Etats arabes». Pour lui, « tout ce qui concerne les questions ou les souverainetés nationales impliquées, sont actuellement en dehors de la portée de l'action commune des Etats arabes». L'ancien secrétaire général du Congrès national arabe affine son raisonnement : «Chacun, en fait, se retranche derrière le concept de souveraineté nationale, ce qui, à mon avis, rend impossible un accord vraiment opérant; un accord sur une stratégie commune pour faire face à la situation actuelle au Moyen-Orient». Sans nommer l'Egypte, il y fait allusion car ce pays s'est retranché derrière sa souveraineté pour rejeter toutes les protestations arabes au sujet de la construction du mur de Ghaza.

Interrogé à propos de la place des pays africains au sein de la Ligue arabe, M. Mehri a relevé qu'actuellement, «le Soudan occupe une place importante par les problèmes qu'il pose au niveau international». Qu'en dehors de la procédure de la Cour pénale internationale vis-à-vis du président de ce pays, il y a les problèmes du Darfour et du Sud Soudan. «Quant aux positions des pays africains à l'égard du problème palestinien, particulièrement, je crois que pour les pays africains il est normal de se limiter à un appui des positions officielles des pays arabes sur le problème», a noté M. Mehri.

Est-ce que ce sommet de Syrte s'annonce comme un sommet serein ou est-ce qu'il va être dominé par les humeurs du guide libyen ? A cette question, la réponse M. Mehri ne s'est pas départie de la tonalité pessimiste: «Les prévisions en la matière sont difficiles. Je crois que le leader libyen trouvera le moyen de marquer ce sommet d'une façon ou d'une autre. Maintenant est-ce que ce sommet va gagner en efficacité? J'en doute fort.»

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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