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Servilité carte sur table
par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 29 mars 2008
Le sommet arabe s'ouvre aujourd'hui à Damas en l'absence du Liban, empêtré dans une interminable crise politique, et un niveau de représentation bas de l'Arabie Saoudite, de l'Egypte et de la Jordanie. Ces trois régimes ne constituent un axe que s'il faut mettre les Etats-Unis au centre.
Même les agences de presse occidentales ne se contentent plus du terme de «modérés» pour désigner ces trois régimes. Elles parlent désormais «d'alliés des Américains». C'est mieux que le «pôle des modérés», même si on reste dans l'euphémisme pour des régimes obligés des Etats-Unis. Tellement obligés qu'ils sont contraints d'adopter l'hostilité de Washington contre Damas. Seul problème pour eux: leur absence ne change rien à la réalité d'une institution arabe en veilleuse et incapable d'action minimale, alors que les Palestiniens se font massacrer et que l'Irak continue à être détruit de manière systématique.
Il n'y avait rien de glorieux à ne pas aller à Damas, mais être les serviteurs d'une puissance américaine foncièrement hostile aux intérêts des populations palestiniennes et arabes ne les grandit pas. Il est heureux que de nombreux chefs d'Etat aient choisi d'aller à Damas même si, comme pour les précédents sommets arabes, nul n'escompte de résultats. Participer est devenu le minimum pour dénier à l'axe proaméricain toute légitimité à parler au nom des pays arabes. Ne serait-ce que pour éviter une telle équivoque, il fallait aller à Damas.
Ces trois régimes et quelques satellites sont depuis des années des représentants qualifiés des Etats-Unis au sein de la Ligue arabe. Et leur mission a été de manière constante d'éviter que cette Ligue ait de la consistance. On peut leur concéder qu'ils y ont réussi. Mais sans grandeur.
Les Etats-Unis ont Israël et leurs intérêts de puissance pour contrer l'émergence d'une institution arabe active; l'Egypte, l'Arabie Saoudite ou la Jordanie n'ont pas de « motivation nationale » au gel ou à la mise à mort de la Ligue arabe. Leur unique motivation est l'alignement à un empire américain qui n'essaie même pas de leur sauver la face en faisant mine d'avoir une position équilibrée sur les questions de la région. Bien au contraire, à chaque fois, ce sont ces Etats faussement modérés qui doivent apporter la preuve qu'ils servent la politique des Américains.
Gaza massacrée et encerclée ou l'Irak ne leur inspire rien, par contre, la « menace perse » les empêcherait de dormir. Reconnaissons-leur toutefois un grand mérite: ils jouent désormais cartes sur table. Les ennemis des USA et d'Israël sont leurs ennemis ! Aussi simple que clair.
C'est l'enseignement à tirer une fois de plus avant même la tenue du sommet: par exigence américaine, la servilité ne se cache plus ! Participer à ce sommet est devenu une nécessité pour marquer un peu de distance avec cette servilité extrême qui se dit «modérée». C'est, pour reprendre l'expression consacrée, «adh'afou al-imane», le niveau le plus faible de la foi.
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