Non-sens modéré

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 27 mars 2008

Les sommets arabes ont toujours été sous influence américaine, celui de Damas ne déroge pas à la règle. L'axe des pouvoirs arabes «modérés» n'allait pas rater l'occasion de plaire à Washington en se faisant représenter à faible niveau.

«L'axe des modérés» ne se trouve pas opposé à un «axe des durs» ou à un «front de la fermeté» qui n'existe plus. Il n'oppose pas non plus des démocraties à des autoritarismes. Tout le monde est à la même enseigne en matière d'absence de libertés et de pluralisme. La seule différence significative est le degré d'autonomie à l'égard de la politique américaine au Moyen-Orient, que ce soit pour la Palestine, le Liban ou l'Iran. L'Arabie Saoudite, l'Egypte, la Jordanie sont des instruments importants de la politique américaine. S'ils ne se font pas représenter au niveau des chefs d'Etat au sommet de Damas - où ils auraient pu dire ses quatre vérités au pouvoir syrien-, c'est uniquement pour complaire au parrain américain.

Les sommets arabes n'ayant en général aucune incidence sur le cours des évènements, leur absence de Damas ne va pas aggraver les choses. Dans le meilleur des cas, elle enclenchera un débat de plus sur l'inanité des sommets arabes, voire de la Ligue arabe. Le seul but du boycott est de gêner la Syrie. Damas encaisse d'ailleurs la chose avec philosophie, et le ministre syrien des Affaires étrangères s'est abstenu de porter des jugements sur la décision des Etats «modérés» de se faire représenter à faible niveau.

Que le sommet de Damas soit victime des pressions américaines via des Etats qui n'ont aucune modération vis-à-vis de leurs citoyens, n'est pas à comptabiliser au débit de la Syrie. Les opinions savent que la Syrie n'est pas un paradis démocratique, mais elles ne lui feront pas le reproche de ne pas être appréciée par les Américains. La notion d'Etat arabe modéré est une plaisanterie au Moyen-Orient. Que veut dire être modéré quand Gaza est soumise, affamée et bombardée par Israël ? Que veut dire la modération quand Israël reprend la colonisation des territoires occupés sans susciter une réaction sérieuse ? La modération consiste donc à s'en remettre aux Américains qui, eux, n'ont aucun reproche à faire à Israël.

Les Saoudiens mettent en avant le dossier libanais et c'est un subterfuge. La Syrie a été «boutée» hors du Liban mais on voudrait qu'elle exerce des pressions sur l'opposition libanaise, qu'elle fasse de l'ingérence ! Mais même si Damas faisait dans la realpolitik, on semble lui accorder une influence démesurée sur l'opposition libanaise. Ceux qui suivent le dossier libanais savent pertinemment que le Hezbollah et le parti du général Michel Aoun ont leur politique et ils ne sont pas susceptibles d'y transiger sur les «conseils» de Damas.

Depuis des décennies que la modération domine chez les pouvoirs arabes, le terme modéré a changé totalement de sens au sein des opinions arabes. La dernière des lubies «modérées» est de reprocher à la Syrie son alliance avec l'Iran, exactement d'ailleurs comme le fait Washington. Si l'on peut comprendre l'attitude des Etats-Unis, on chercherait en vain en quoi l'excellence des relations entre Damas et Téhéran pourrait les gêner. Parler d'Etats arabes modérés est un non-sens.

   
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