Temps de vautours

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 16 juin 2007

C'est un temps de vautours en Palestine. Ceux qui, depuis des mois, traitent avec mépris Mahmoud Abbas font mine de voler à son secours. Israël est prêt à lui donner l'argent des Palestiniens bloqué, Condoleezza Rice a pris le téléphone pour lui dire son soutien.

Tant de sollicitude hypocrite pour Mahmoud Abbas ne l'aidera pas alors qu'il accumule des décisions aux conséquences incertaines. Instaurer l'état d'urgence et limoger Ismaïl Haniyeh n'a aucun sens sur le terrain. Surtout pas à Gaza, où le Hamas a tranché par les armes face à un Fatah qui n'a jamais admis sa défaite électorale.

Des perspectives plus sombres attendent les Palestiniens, dont la cause n'a jamais été autant menacée. Les manifestations de soutien dont M. Abbas fait l'objet ne doivent pas faire illusion. Si elles s'expriment aussi bruyamment et aussi impudemment, c'est parce que M. Abbas a atteint le niveau de faiblesse politique qui agrée aux Américains et aux Israéliens. Rien de plus. Aux pires moments de sa solitude, Yasser Arafat n'a jamais perdu de vue qu'il se devait de rester un symbole d'unité pour les Palestiniens et que sa force était là. Et c'est à cause de cela qu'il n'a jamais voulu céder sur la notion de résistance légitime. C'est, au-delà d'une nomenklatura du Fatah dispendieuse et corrompue, un élément fédérateur. On ne négocie pas en jouant les anges quand on a face à soi un Etat surarmé, violent, expansionniste, soutenu par la plus grande puissance du monde.

Abbas croit qu'il sera mieux écouté qu'hier dès lors qu'il a mis fin au gouvernement du Hamas ! A quel prix ? Celui d'un affaiblissement général de la cause palestinienne dont il est responsable au premier chef, sans que cela ne dédouane en rien les dirigeants du Hamas.

La grande faiblesse de Abbas est d'avoir été constamment le président du Fatah au lieu d'être celui des Palestiniens. Face à la victoire du Hamas aux élections, il a retiré au gouvernement, par des tours de passe-passe, les pouvoirs qu'il avait lui-même arrachés à Arafat, avec le soutien des Occidentaux. Au prix d'une dégradation constante des rapports interpalestiniens, dont on a vu l'exacerbation dans la triste bataille de Gaza. Désormais, les choses sont encore plus nues: il n'est que le chef du Fatah et sans doute d'un clan du Fatah.

Les Occidentaux se pressent désormais autour d'une autorité blessée, malade, réduite à celle d'une faction. Abbas acceptera-t-il d'aller encore plus loin que ce que Arafat a refusé à Camp David afin de préserver l'unité des Palestiniens ? Ce serait une triste évolution...

Tout cela ne disculpe pas les dirigeants du Hamas. Ils ont choisi d'entrer en élections dans le cadre d'institutions prévues par les accords d'Oslo et cela avait un coût qu'ils n'ont pas voulu assumer. Aujourd'hui, on peut sans risque dire qu'ils ont fait un mauvais choix en entrant dans le jeu électoral et que leur victoire, indéniable, piège tout le monde. La « victoire » militaire que le Hamas vient de réaliser à Gaza est du même ordre: avec des lendemains encerclés et sans perspectives.

«J'aime cette violence», a dit un haut diplomate américain au sujet des affrontements interpalestiniens, dont les propos sont rapportés dans le remarquable rapport de fin de mission d'Alvaro de Soto. Il doit être aux anges aujourd'hui. Les dirigeants palestiniens vont exactement là où l'on veut les mener. Les vautours sont en mouvement...

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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