La version libanaise de la stratégie du pire

Par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 27 janvier 2007

Au Liban, la situation évolue irrésistiblement vers une confrontation en bonne et due forme entre factions «confessionnelles». Selon les sponsors occidentaux relayés par les Saoudiens, les intérêts conflictuels en jeu, défendus par des forces en présence réputées fondamentalement antagoniques, ne sauraient se résoudre que dans la soumission d'une partie. De préférence, aux yeux des Occidentaux, celle de la majorité confinée dans une opposition sans moyens par un gouvernement composé essentiellement d'oligarchies héréditaires et de chefs de clans.

L'irresponsabilité traditionnelle d'une partie de ces milieux explique la longue guerre civile de 1975 à 1990. Cette irresponsabilité est fondée directement par la primauté des intérêts de clan sur ceux de l'Etat national et la soumission traditionnelle aux influences extérieures. Le jeu de l'Occident au Liban est d'une parfaite clarté: il s'agit de peser sur ce pays afin qu'il ne puisse en aucun cas constituer un obstacle à la stratégie israélo-américaine dans la région. Que le Bloc national de Michel Aoun, le Hezbollah et Amal ainsi que les forces soutenant Salim El-Hoss constituent la majorité effective, n'influence pas de manière significative les planificateurs externes.

C'est oublier gravement que le Liban est ingouvernable en dehors d'une démocratie du consensus qui rassure les différentes parties. Or, les soutiens extérieurs du gouvernement libanais «internationalisent» les enjeux, tout en accélérant les divisions internes.

La dégradation brutale de la situation dans les rues de Beyrouth après deux mois de manifestations coïncide avec la réunion des bailleurs de fonds à Paris. Cette réunion vient de concéder une aide supplémentaire de 7 milliards de dollars à un gouvernement notoirement responsable de la pire gestion économique qu'il soit possible d'envisager.

En effet, le gouvernement du bloc de l'Avenir de Hariri et de ses alliés phalangistes est responsable de la constitution en une dizaine d'années d'une dette extérieure de 41 milliards de dollars pour trois millions d'habitants... Une sorte de record du monde de la mauvaise gouvernance ! En dehors des immeubles de prestige du centre de la capitale, ces sommes faramineuses ne se voient pas beaucoup, que ce soit en matière d'infrastructures ou de dynamique économique. Cet argent a servi à acheter une base politique; il n'est pas déraisonnable de penser que l'enveloppe subsidiaire qui vient d'être concédée dans la capitale française aura la même destination.

Il est notable de constater qu'aucun appel sérieux à la négociation n'a été lancé du haut de la tribune parisienne. Au contraire, les observateurs s'accordent à considérer que le gouvernement libanais a reçu au contraire une véritable injonction à la «fermeté». Cette option est l'indication claire de l'objectif attendu et elle risque de pousser le Liban vers des extrémités pouvant miner jusqu'à son existence. Cette stratégie du pire est en oeuvre en Irak et vraisemblablement plus qu'envisagée pour l'Iran. Ce sont sans doute là les affres de l'accouchement du nouveau Moyen-Orient annoncé pendant la guerre de l'été 2006 par Mme Rice. Il revient au Libanais, aux plus responsables d'entre eux, d'éviter la réalisation de ce pire qui se profile.


 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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