La vieille stratégie du dépeçage

Par K. SELIM, Le Quotidien d'Oran, 26 juillet 2006

Le cynisme américain dans la guerre contre le Liban est sans bornes.

D’une main généreuse, on accélère la livraison de nouvelles armes à Israël et, de l’autre, on fait l’aumône de quelques dollars en guise d’aide humanitaire. Le propos lénifiant de Mme Rice au Liban ne leurre personne, pas même un gouvernement libanais pourtant très disposé. La guerre est dévastatrice pour les civils et les infrastructures, mais elle n’a pas détruit la résistance libanaise. C’est là la grande surprise, l’imprévu qui pousse les Américains à encourager les Israéliens à poursuivre le carnage, tout en essayant de capitaliser sur le massacre.

Le «nouveau Moyen-Orient» sorti des placards du département d’Etat est aussi vieux que la politique britannique de dépeçage de la région. Le plan prévoyant la mise en place d’une force de l’Otan au Sud-Liban n’est pas acceptable par tous les Libanais. L’imposer serait créer à nouveau les conditions de la guerre permanente dans un pays qui, comme le rappellent les meilleurs experts libanais, ne se gouverne ni par la force ni par la loi de la majorité mécanique, mais par un consensus entre les communautés qui le composent. Les Etats-Unis, qui feignent de vouloir préserver un gouvernement libanais «ami», développent une stratégie évidente de recomposition de la région sur des bases ethnico-religieuses afin d’aboutir à la création de mini-Etats totalement dominés par Israël. Cette stratégie est déjà mise en oeuvre dans un Irak poussé inexorablement vers le démembrement.

Le «nouveau Moyen-Orient» des néoconservateurs anti-arabes et prosionistes - enterrement sans gloire du pseudoplan de démocratisation du GMO - est une tentative de faire fructifier les massacres en cours en Palestine et au Liban et de pousser un peu plus avant le «chaos créateur» des laboratoires américains.

Le jeu n’est pas limité au Liban, il s’agit aussi de faire plier la Syrie et l’Iran, derniers obstacles à l’ordre américain dans la région. Selon ces théoriciens de la violence, l’émiettement de la région sous domination israélienne est la garantie de la viabilité à long terme de l’entité sioniste et de la pérennité de la domination impérialiste sur le pétrole.

Vains calculs. Au Liban déjà, malgré le déchaînement israélien, la résistance tient bon et l’essentiel des forces politiques a évité jusqu’ici le piège américain. Même s’ils ne partagent pas la démarche du Hezbollah, même s’ils ont largement pris conseil auprès de l’ambassade US à Beyrouth durant les derniers mois, les forces politiques libanaises semblent conscientes désormais que c’est l’existence même de leur pays qui est en jeu.

Ce n’est guère un hasard si le général Michel Aoun n’a plus bonne presse en Occident. Il a montré un souci trop aigu de l’avenir de son pays et de la nécessité de tenir compte de ses équilibres. L’agression israélienne n’a pas réussi à faire plier la résistance libanaise. Au contraire, elle a suscité la solidarité du pays avec elle. Mme Rice tente ainsi par la manoeuvre d’obtenir ce que la machine de mort israélienne n’a pas obtenu. Face à l’échec, il ne reste que la fuite en avant. Faudra-t-il s’étonner que la logique d’agression se poursuive par une extension de la guerre à la Syrie et peut-être à l’Iran ?

  La guerre contre le Liban et la Palestine  
www.algeria-watch.org