Sommet sur les décombres

El Khabar, 6 août 2006

Les Arabes ont enfin décidé de se rencontrer pour discuter de la situation dramatique que vit le Liban après l’agression d’Israël qui dure depuis près de quatre semaines.

Cette réunion que devrait tenir les ministres des Affaires étrangères des pays membres de la Ligue arabe, qui aura lieu demain à Beyrouth à l’initiative de l’Arabie Saoudite, intervient au moment où, dans les capitales de quelques pays occidentaux, dont la France et l’Angleterre, on évoque l’imminence d’un cessez-le-feu, que le Conseil de sécurité des Nations unies devrait promulguer dans les jours à venir. Si au niveau officiel au Liban, le consensus s’est fait sur la nécessité de trouver une issue à la guerre imposée par Israël, surtout après le massacre d’une localité frontalière de la Syrie, à savoir le village de Qaâ, qualifié « d’ignominie israélienne » par Emile Lahoud, il n’empêche qu’une partie de la rue au Liban prend cette décision de réunion des ministres arabes des Affaires étrangères comme une insulte au peuple libanais en butte à une agression directe des forces armées d’Israël. Cette tendance s’est exprimée hier, lors d’un rassemblement populaire organisé au niveau de la place Serrai, dans la capitale Beyrouth. Les manifestants se sont offusqués devant le fait que cette réunion se fait sous autorisation des responsables de l’Etat hébreu, dont l’armée de l’air maîtrise actuellement le ciel libanais. Cette réunion fait suite à une réunion similaire qui s’est tenue tout au début de l’agression israélienne sur le Sud libanais. Elle n’a fait, pour rappel, que réitérer le constat amer qui a été déjà fait sur la situation d’éclatement qui caractérise les positions des pays arabes. Une rencontre qui non seulement n’a pas eu l’effet escompté mais qui a aussi malheureusement révélé les divergences des pays arabes quand il s’agit de défendre l’un des leurs, qui de surcroît est victime d’une agression qui, jusqu’à l’heure actuelle, a fait presque 1.000 morts, dont 300 enfants.

Il faut souligner que la position de certains pays arabes sur cette agression n’a fait qu’enfoncer le clou, notamment lorsque l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie Saoudite ont qualifié les responsables du Hezbollah d’«aventuriers» lors de l’enlèvement des deux soldats de Tsahal et des bombardements tous azimuts qui s’ensuivirent, détruisant les infrastructures d’un pays qui ne s’est pas encore relevé de toutes les années de guerre. Pis, et c’est de la voix même du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, ce dernier se targue de l’appui de certains régimes arabes, lui signant de la sorte un chèque en blanc pour détruire ce qu’ils qualifient de «groupes terroristes». Une aubaine pour Tsahal de commettre des massacres collectifs et aussi un fait unique dans les annales des conflits israélo-arabes depuis la guerre de 1967.

Le plus dramatique dans cette agression, alors que les civils libanais continuent de payer un lourd tribut et que le sud de leur pays est pratiquement rasé, réside incontestablement dans cette indifférence des pays de la Ligue arabe lors de l’appel du président du Yémen, Abdellah Salah, à la tenue d’un sommet arabe dans l’espoir d’appeler à l’arrêt des hostilités. Il faut rappeler que cet appel n’a eu l’aval que de 8 pays membres de la Ligue, signant de facto la mort de cette initiative car le quorum n’avait pas été atteint.

Alors que les divergences ont atteint leur summum, poussant certains observateurs internationaux à parler de l’inutilité de cette rencontre du moment que le conflit, sauf rebondissements de dernière minute, tire à sa fin (convergence de vues de la majorité des membres du Conseil de sécurité), il se trouve qu’un pays de l’Amérique du Sud, le Venezuela, en signe de soutien au peuple libanais, a tout simplement décidé de rappeler son ambassadeur en Israël. Une autre gifle en pleine figure des pays arabes qui, pour des intérêts bassement économiques, livrent leurs frères en pâture et leur tournent le dos pour ne pas se regarder en face ou bien refuser de voir les monstrueux massacres dont sont victimes les Libanais.

Zoubir Khelaïfia


 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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