Doha: un Smig de solidarité arabe

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d'Oran, 17 janvier 2009

Les dirigeants arabes, ayant répondu positivement à la proposi tion de l'Emir du Qatar de tenue d'un Sommet extraordinaire à Doha consacré à la question de Ghaza, ne sont pas des «faucons» obsédés par la tentation de relancer le cycle des confrontations armées israélo-arabes.

Leur décision s'est imposée à eux comme le strict minimum de solidarité qu'ils doivent manifester au peuple palestinien, victime d'une agression barbare et génocidaire, sous peine d'encourir l'opprobre universelle et celle de leurs opinions nationales en premier lieu.

Il s'est pourtant trouvé des «Etats frères» pour vouloir empêcher que le monde arabe exprime unanimement ne fusse qu'un «smig de solidarité». Et pour cause, les principaux Etats qui ont été à la manoeuvre pour torpiller la tenue du Sommet de Doha sont engagés dans une alliance aux côtés d'Israël, des Etats-Unis et de l'Union européenne dont les «avantages», pour eux, justifient qu'ils fassent fi des obligations que devrait leur imposer leur appartenance au monde arabe et à la communauté des destins de ses peuples.

Le Sommet de «Doha ne se concluera pas par une «déclaration de guerre» à l'entité sioniste. Il affirmera simplement que trop c'est trop et que par conséquent, ne pas dénoncer et condamner l'agression sioniste c'est en être complice. Ce que l'Egypte, l'Arabie saoudite et la Jordanie ont accepté d'être et assument par toutes les positions qu'ils ont adoptées avant le déclenchement de l'agression sioniste et depuis celle-ci.

Il ne faut pas être naïf et penser que ce que décideront les Etats ayant participé au Sommet de Doha influera sur les événements qui se déroulent dans la bande de Ghaza. Ce n'est pas une raison pour conclure à l'inutilité de cette rencontre. Ne serait-ce que parce qu'elle aura démontré que le monde arabe, même en ses sphères officielles, n'est pas composé que de capitulards résignés à toutes les humiliations.

Pour leur honneur, les dirigeants arabes, du moins ceux qui ont été présents à Doha, se devaient d'exprimer à la communauté internationale la révolte qui suscite sa permissivité à l'endroit des agissements criminels et terroristes de l'Etat sioniste contre le peuple palestinien. C'est aussi un acte de courage de leur part de se démarquer d'un processus, dont l'agression sioniste actuelle en est l'étape sanglante, qui a été engagé pour enterrer la perspective de création d'un Etat national palestinien indépendant et viable.

Il faut bien, en effet, que le monde sache que malgré la trahison de certains de ses «alliés naturels», la cause palestinienne ne sera pas enterrée sous les décombres de Ghaza découragée par les massacres dont la population qui la porte a été la victime. Elle survivra à cet énième complot contre elle, et qui plus est, c'est en elle que se puiseront les raisons qui seront les déclencheurs de l'effondrement des régimes arabes lui ayant, toute honte bue, tourné le dos.


Les pays arabes en rangs dispersés : Le Sommet de Doha annulé

par Ali Babes, Le Quotidien d'Oran, 17 janvier 2009

Vendredi à Doha, les pays arabes ont confirmé leur inquiétante mésentente à s'entendre sur un minimum pour venir en aide aux Palestiniens dans la bande de Ghaza, où plus de 1.200 personnes ont été tuées depuis le début de l'agression israélienne, le 27 décembre dernier.

Le Sommet de Doha, auquel avait appelé le Qatar, s'est terminé en queue de poisson : les chefs d'Etat arabes qui s'y sont déplacés, y compris le Président Bouteflika, ont décidé de le transformer en réunion consultative. Le quorum de 15 Etats au minimum n'a pas été atteint, 12 Etats arabes étaient présents sur les 22 que compte la Ligue arabe. Un bel exemple de «solidarité» que les pays arabes ont ainsi étalé devant l'opinion internationale qui désespère quant à une position commune des arabes face à l'entité sioniste. Selon le ministre des Affaires étrangères, M. Mourad Medelci, présent à Doha, «nous sommes dans une situation où le quorum n'a pas été atteint mais la présence de 12 Etats transforme le sommet en réunion consultative sans que cela n'entame l'importance de celle-ci, d'autant qu'une autre rencontre est prévue au Koweït dans deux jours». A Doha, l'Egypte, l'Arabie Saoudite et le Koweit brillaient par leur absence.

Mais, ce qui a étonné plus d'un, est cette effrayante absence du président palestinien, Mahmoud Abbas. L'OLP, opposée politique du Hamas, s'est donc refusé de faire le déplacement à Doha, et de signifier par le biais de son porte-parole Yasser Abd Rabbo depuis Rammallah, que Abbas est pour le camp des Egyptiens et des Saoudiens, qui privilégient l'option de négociations directes avec Israël pour l'arrêt des hostilités contre les Palestiniens à Ghaza.

Pour autant, les chefs d'Etat présents à Doha ont discuté des moyens de soutenir la résistance palestinienne à Ghaza et des mécanismes ouvrant la voie à un cessez-le-feu, même si le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, est favorable à la poursuite de la résistance tant que dure l'agression et la présence des troupes d'occupation israéliennes à Ghaza.

«Malgré toutes les destructions à Gaza, nous n'accepterons pas les conditions d'Israël en vue d'un cessez-le-feu, car la résistance à Gaza n'a pas été vaincue», a déclaré M. Mechaal à l'ouverture de la réunion de Doha sur Ghaza. Il a réitéré également les exigences du Hamas en réclamant «l'arrêt de l'agression (...), le retrait (israélien) de Gaza, la levée du blocus et l'ouverture de tous les points de passages notamment celui de Rafah» à la frontière égyptienne.

Les objectifs de la rencontre de Doha tournent autour de propositions qui se résument en huit points dont l'arrêt de l'agression, le retrait immédiat des forces d'occupation israéliennes, l'ouverture des points de passage, la facilitation de la circulation des personnes et la levée du blocus illégal.

L'Emir du Qatar, hôte de la réunion, a appelé à la création d'un Fonds de reconstruction de Ghaza et auquel Doha a déjà apporté une contribution de 250 millions de dollars. Le président syrien Bachar Al Assad s'est, de son côté, prononcé pour la rupture des liens «directs ou indirects» avec Israël, y incluant apparemment les tractations indirectes engagées l'an dernier par la Syrie avec l'Etat juif sous l'égide de la Turquie. Damas a également suspendu ces pourparlers au début de l'offensive israélienne contre le Hamas à Gaza, fin décembre, et déclaré «mort le plan de paix arabe avec Israël», préconisé lors du Sommet arabe de Beyrouth. Selon le chef de la diplomatie algérienne, le Sommet (économique) de Koweit, prévu dimanche, pourrait consolider les résultats devant sanctionner la réunion de Doha. Pour nombre d'observateurs, les deux réunions, dont celle de Doha boudée par l'OLP, l'Egypte et l'Arabie Saoudite, illustrent parfaitement les divisions qui minent le monde arabe. Une fuite en avant inadmissible alors que la population de Ghaza lutte avec un incroyable courage contre une armée suréquipée et soutenue par la première puissance militaire au monde, les Etats-Unis.

«La situation dans le monde arabe est très chaotique et c'est regrettable», a résumé le secrétaire général de la Ligue, M.Amr Moussa Amr, en s'adressant à la presse au Koweït où 3.000 personnes environ ont manifesté contre Israël. En fait, la débandade sur fond de désaccord entre les grands poids lourds de la politique arabe se cristallise autour des divergences entre chefs d'Etat et souverains des pays membres de la Ligue arabe. Si l'Egypte et Ryadh, ainsi que le Koweït soutiennent la solution négociée avec Israël, avec comme principal médiateur Le Caire, le Qatar, par contre, est évincé de ce Triumvirat, qui comprend également l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Accusé de soutenir le mouvement Hamas, qui contrôle la bande de Ghaza après les élections législatives du printemps dernier, Doha est ainsi mis au banc des pays du Golfe, plutôt favorables aux thèses égyptiennes et à l'OLP. ET donc montrent clairement leurs préférences politiques condamnant les pays soutenant «les mouvements terroristes», tel que le Hamas a été toujours défini par les Etats-Unis et ses Etats satellites en Europe, par les Israéliens comme dans les pays arabes. Là réside en fait toute cette pagaille politique au sein de la Ligue arabe, dont les dirigeants sont incapables, même après l'utilisation par Israël d'armes de destruction massives et plus de 300 enfants tués par l'armée israélienne, de parler d'une seule voie. Vendredi à Koweit, alors que le Sommet de Doha «tombait à l'eau» du fait de défections qui ont l'amer goût de la traîtrise, le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal, a préconisé un soutien accru à la médiation égyptienne en vue d'une trêve à Ghaza. En face, les Israéliens, qui ont tué et massacré dans la plus grande impunité à Ghaza, et que l'histoire retiendra comme un autre Pogrom dont est victime le peuple palestinien depuis la création de l'entité sioniste, le ton est tourné dorénavant vers une fin prochaine de l'agression.


Les vérités de Doha

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran,  17 janvier 2009

Ainsi donc, faute de quorum, le sommet de la Ligue arabe n'a pas eu lieu. Face aux crimes contre l'humanité perpétrés à Ghaza, c'est bien la seule victoire possible du camp de la désertion et du déshonneur. Mais le sommet de la Ligue arabe a été remplacé par une réunion consultative à laquelle ont participé le Hamas, l'Iran, au niveau du chef de l'Etat, et la Turquie par le numéro deux de l'exécutif. Ce sommet de Ghaza aura montré à l'opinion arabe et au monde la réalité des régimes arabes et le peu de consistance d'une organisation fondée en 1945 à l'instigation des services spéciaux britanniques. L'organisation n'est qu'un syndicat de chefs d'Etat dont l'influence sur la scène politique internationale est proche du néant.

On se souvient que lors des réunions préparatoires à la dernière décision du Conseil de sécurité, la secrétaire d'Etat américaine avait refusé que le secrétaire général de la Ligue fasse partie de la délégation de ministres arabes qu'elle avait accepté de rencontrer. Cette fin de non-recevoir méprisante n'a suscité aucune réaction, pas même la démission du personnage qui assume cette fonction. Face à la boucherie des innocents télévisée en direct, les régimes ont montré l'étendue de leur soumission aux Etats-Unis et la solidité de leur alliance avec Israël. En se refusant le sommet, les régimes se sont dénudés et ont montré que la rupture est irrémédiable avec les peuples arabes.

Qui pourra prétendre que ces dirigeants sont autre chose que les exécutants serviles de la domination israélo-américaine ? Plus personne ne pourra arguer de positions saoudiennes équivoques ou d'attitudes égyptiennes ambiguës. Les Saoudiens, gardiens des Lieux saints de l'Islam, se prosternent en direction de Washington et les dirigeants égyptiens, chantres de l'arabité, servent de chaouchs aux Israéliens. Ces deux régimes, l'Arabie Saoudite en particulier, ont contraint leurs clients et leurs obligés à se dérober ou à n'envoyer que des représentations de second niveau. L'asservissement de ces régimes est mis en relief par la dignité et le courage affichés par des dirigeants de pays lointains qui ont exprimé leur aversion devant les atrocités israéliennes et se sont insurgés contre l'injustice épouvantable faite au peuple palestinien.

Il est inutile d'évoquer outre mesure l'absence de la soi-disant Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, dont le rôle rappelle aux Algériens celui tenu par le MNA durant la guerre de libération nationale. Yasser Abd Rabbo est immoral quand il reproche à l'émir du Qatar ou quiconque de « décider du sort des Palestiniens ». Le problème est que lui et son chef semblent se moquer du sort des Palestiniens de Ghaza et attendent de tirer profit de leur sang. Dans la même veine, le ministre saoudien des Affaires étrangères estime que les Arabes n'ont pas à changer de politique mais qu'il revient aux Américains de changer la leur.

Dans cette déclaration scandaleuse, on comprend qu'il est urgent de ne rien faire. On retiendra qu'à Doha, le président syrien a posé les questions de fond: peut-on après un tel carnage parler de plan de paix arabe ? Seuls ceux dont l'indignité a atteint les abysses refusent leur soutien à la résistance et présentent la négociation capitularde comme seule option vis-à-vis de tueurs d'enfants...


 
Version imprimable
La guerre contre le Liban et la Palestine  
www.algeria-watch.org