|
|||||
Toutes les routes mènent à Beyrouth
Par Benekrouf Blaha : Enseignant Universitaire, Le Quotidien d'Oran, 17 août 2006
Le temps additionnel a été extrêmement long, la partie très heurtée, les protagonistes, maintes fois menacés d’être renvoyés aux abris sous-sol mais il a fallu toute la hargne de l’international terrorism board, symbolisée par Bush, Condi & Cie pour mener à terme une confrontation historique caractérisée par le nombre incroyable de téléspectateurs à travers la planète qui n’ont pas manqué de voir, en prime time, les exploits de «Tsahal» à Qana, Chiah, Qaâ ou Marwahine où les arbitres du nouveau désordre mondial n’y ont vu que du «feu». Mais, et une fois n’est pas coutume, le David n’avait rien à voir avec la patrie chère à Ben Gourion et les bookmakers se sont mordus les doigts parce que l’issue de la partie a déjoué tous les pronostics. Malins qu’ils sont, ils se refuseront à foncer tête baissée dans «l’aventure» concoctée par un cabinet connu pour son ignorance militaire, et finiront par tirer les enseignements qui s’imposent pour ne pas mordre la poussière... arabe si la partie venait à être rejouée comme le stipule la loi britannique, en cas de match nul. Il y a eu, certes, tout le poids des Etats-Unis pour essayer de grappiller quelques points sur le tapis vert pour éviter la claque historique infligée par le Hezbollah, organisation, somme toute, de niveau régional, à faible intensité renforcée par le Katioucha malgré le poids de l’âge, à la redoutable «Tsahal» coachée par les plus brillants «néo-cons» sortis des plus prestigieuses universités US, et qui a toujours profité des dernières percées technologiques pour être prête le jour «j». On pourra toujours arguer de la méforme de quelques pièces maîtresses comme Meerkava, Apache ou F16 pour expliquer la déroute de la campagne de Beyrouth mais toujours est-il que des enseignements seront tirés par plus d’un. De tous les acteurs de cette confrontation, Kofi Annan a eu le rôle le plus ingrat. A la tête de la puissante organisation des Nations unies, garante de la paix mondiale, il a regardé impuissant le jeu cynique de John Bolton, arrogant et provocateur, placé à sa place par le lobby sioniste, pour évidemment annihiler toute velléité de contraindre l’entité sioniste à respecter le droit international. Il aura fallu à Kofi Annan 31 longs jours pour proclamer solennellement la fin des hostilités après l’accouchement par césarienne de la résolution 1701; une résolution venue sauver de la débâcle l’entité sioniste et lui donner par le jeu des coulisses diplomatiques et la mainmise américaine sur l’organisation onusienne ce qu’elle n’a pu obtenir sur le terrain des opérations. Le deux poids, deux mesures qui traduit le dysfonctionnement du Conseil de sécurité, incapable de pondre une résolution appelant à la fin de l’agression sioniste sur le Liban durant plus d’un mois s’est vérifié avec la hâte avec laquelle tous ses membres ont voté la résolution condamnant l’Iran pour ses activités nucléaires. Les tenants de la réforme des mécanismes de fonctionnement des Nations unies ont eu, une fois de plus, la preuve de la justesse de leurs revendications. Mais que pourra changer la présence de l’Allemagne, du Japon, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, du Nigéria ou encore de l’Indonésie au Conseil de sécurité s’il continue à utiliser les vieilles recettes issues des décombres de la Seconde Guerre mondiale? Se dirige-t-on droit vers le blocage qu’a connu la défunte Société des nations avant de disparaître et laisser place à la barbarie? Doit-on connaître une autre catastrophe d’une dimension supérieure qui projettera l’humanité à l’ère anté-diluvienne pour oser dire non aux adeptes de la fin de l’histoire, du chaos créateur ou du klash des civilisations? Des voix autorisées de personnes intègres à l’instar du linguiste juif américain Noam Chomsky s’élèvent de l’intérieur des Etats-Unis mêmes et dénoncent l’aventurisme d’un président qui ne savait même pas placer le Pakistan sur la carte mondiale un mois avant son élection à la tête de la superpuissance US et qui ose distiller des leçons de bonne gouvernance et de démocratie par la bonne grâce des tomahawks et des bombes intelligentes. La planète tremble à chaque discours inspiré de Bush sur les bienfaits de la liberté et de la démocratie pour les peuples opprimés du monde arabo-musulman. Justement, des alliés sûrs de Bush dans la région du Moyen-Orient ont parié sur un cheval perdant. La Jordanie, l’Egypte et l’Arabie Saoudite n’ont pas caché leur souhait manifeste ou... caché de voir le Hezbollah et toute la culture de la résistance complètement rayée de la région, quitte à couvrir toutes les atrocités commises par la machine de guerre sioniste. Si la Jordanie n’a vu le jour, n’existe toujours que par le bon vouloir américano-britannique, l’Egypte est plus que menacée par la montée de la fureur au sein de sa population qui ne comprend pas pourquoi Hugo Chavez s’est montré plus arabe que le Raïs Moubarak coupable de quelques paroles malheureuses alors que le voisin sioniste déversait toute sa haine sur le pays frère le Liban. Mais le grand perdant de «l’aventure» reste sans contexte le royaume wahhabite. Après avoir engendré les uléma les plus rétrogrades que la nation musulmane eut connu, certains clament haut et fort sur le minbar que la terre n’est pas ronde et que l’homme n’a jamais mis les pieds sur la lune, et après avoir aidé ses vénérables uléma à prêcher la bonne parole, dans les quatre coins du globe, pour enfanter finalement les monstres que l’Algérie et d’autres pays musulmans ont eu à connaître toute la nuisance, les gardiens des deux Lieux Saints de l’Islam ont eu recours aux vieilles recettes pour déclarer la résistance libanaise douteuse parce que les combattants du Hezbollah sont chiites. Un vénérable cheikh n’a pas eu beaucoup de peine pour mettre au goût du jour tout le bien que Ibn Taymiah pense des «Rafida». Heureusement, la réponse ne s’est pas fait attendre pour signifier à ce vénérable cheikh, qui vit avec ses semblables hors de l’Histoire, que la résistance libanaise avec à sa tête Sayyed Hassan Nasrallah se trouve en droite ligne des héros de la nation arabo-musulmane. Certains y ont vu le Saladin du 21e siècle. Le peu de crédit qui restait aux uléma wahhabites a fondu comme neige au soleil surtout en Algérie où le ministre des Affaires religieuses a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas: le terrorisme en Algérie a ses ramifications en Arabie Saoudite. Les wahhabites auraient pu paraître sincères s’ils n’ont pas laissé les sunnites palestiniens se faire massacrer par l’armée sioniste chaque jour que Dieu fait, s’il n’y avait pas entre 3 et 4 millions de chiites dans le nord-est du royaume et s’ils n’étaient pas les alliés du très chiite Chah d’Iran. Ils feignent d’oublier que les très rigoristes uléma du royaume ont découvert, comme par miracle, toute la laideur du chiisme juste après le triomphe de la République islamique d’Iran. Quand le Chah d’Iran jouait le gendarme du Golfe arabo-persique et gardait les intérêts américains dans la région, le chiisme ne gênait personne et surtout pas Ibn Baz et le clergé wahhabite. L’aventure du Hezbollah a finalement ruiné l’influence de l’Arabie Saoudite chez la plupart des mouvements islamistes sunnites à telle enseigne que Ali Benhadj n’a pas mâché ses mots pour fustiger les fetwas prêt-à-porter des uléma wahhabites. Pour Israël et ses mentors, les résultats sont plus dramatiques. Ils sont tout simplement existentiels pour l’entité sioniste. N’eut été l’intervention américaine au Conseil de sécurité pour éviter une véritable débâcle à l’Etat sioniste, l’issue de cette sixième guerre lui aurait été fatale. Toute la stratégie israélienne a tourné court; les objectifs ont commencé à diminuer au fur et à mesure que les pertes humaines augmentaient. Récupérer les deux soldats faits prisonniers par le Hezbollah, faire cesser les tirs des roquettes depuis le Liban et briser, rien que ça, le mouvement de résistance libanaise, des objectifs clairement affichés par l’Etat-major israélien, ont fini par se cristalliser sur le fleuve Litani devenu enjeu des dernières escarmouches sionistes, pour repousser derrière cette frontière naturelle les combattants du Hezbollah. Malgré l’union sacrée faite autour du gouvernement, au lendemain du lancement de leur agression sur le Liban, des divergences ont fini par éclater au grand jour entre les membres du cabinet de sécurité israélien, posant des questions du genre: quels sont les véritables enjeux de cette guerre? Sert-elle les intérêts de l’Etat hébreu ou est ce une guerre par procuration au profit de l’Oncle Sam? Ehud Olmert, orphelin du charognard Ariel, risque de payer au prix fort «l’aventure» libanaise qui a remis en cause les fondements mêmes de l’Etat sioniste. Autre détail de taille pour cette revue d’effectifs, et qui intéresse en premier lieu tous les stratèges militaires, le face-à-face de l’armement américain et iranien a tourné à l’avantage du dernier nommé, ce qui ne laissera pas, à coup sûr, les responsables du Pentagone indifférents et avec eux les fomenteurs des guerres préventives. Pour le Liban en général et pour le Hezbollah en particulier, l’issue de la sixième guerre est mitigée. Et pour cause. Une victoire éclatante, qui se vérifiait chaque jour sur le terrain des opérations, de la résistance libanaise dérangeait beaucoup de monde. A commencer par une bonne partie de la classe politique libanaise. Le camp dit du 14 mars qui regroupe, entre autres, le courant El-Moustaqbal de Saad El Hariri et du Premier ministre Fouad Siniora a tout fait pour préparer l’après-guerre. Car, et le président libanais Emile Lahoud l’a réaffirmé dans une interview à la chaîne Al-Jazeera, la majorité qui gouverne et qui a les faveurs de l’Occident, n’est qu’une majorité factice fruit d’une conjoncture particulière à la suite de l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rarik Hariri et d’un système électoral obsolète décrié par ceux qu’on appelle les alliés de Damas, y compris le Hezbollah. Une victoire éclatante de la résistance libanaise aurait permis de renforcer le camp anti-US dont le noyau est le duo Hezbollah-le mouvement Amel du président du parlement Nabih Berri et aurait relégué aux calendes grecques l’agenda du camp du 14 mars, focalisé autour de l’application de la résolution 1559 avec comme finalité le désarmement du Hezbollah. Sayyed Hassan Nasrallah a eu connaissance par différents canaux de cette attitude de la part des alliés des Etats-Unis qui détiennent la majorité au gouvernement. Un refus de la part du Hezbollah de la résolution 1701 aurait conduit directement à l’implosion du gouvernement et pis à la guerre civile, ce que cherchent véritablement les rédacteurs de cette résolution américano-sioniste. Nasrallah, comme l’atteste son parcours, a su déjouer avec brio le complot tissé par les parrains du nouveau désordre mondial. Il n’attendra pas pour ouvrir un autre front: celui de la bataille politique pour engranger les dividendes de la victoire éclatante face à Israël, une victoire certes confisquée, mais réelle aux yeux de millions d’Arabes. La dignité arabe a refait surface à Beyrouth. Elle a montré des évidences: la résistance paie, Israël est vulnérable, les Arabes sont vivants.
P.S : Le Titre A Eté Emprunté A Un Ami Libanais Du Nom De Fida De La Ville De Blida Dans La Frontière Libano-Palestinienne. |
La guerre contre le Liban et la Palestine | ||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||