Le risque libanais

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 26 septembre 2007

Sans surprise, la réunion du parlement libanais destinée à désigner un nouveau président de la République a été ajournée hier, faute de quorum. Il reste que le compte à rebours a été enclenché avec le 24 novembre prochain comme date butoir.

Deux mois pour trouver un arrangement entre le groupe au pouvoir, incarné par la coalition du 14 mars, et l'opposition, où se retrouvent le Hezbollah et le général Michel Aoun. Même si le président du parlement, Nabih Berri, tente d'insuffler un vent d'optimisme, les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Le groupe au pouvoir entend s'émanciper de la règle en vigueur depuis la création de l'Etat libanais qui veut que le président soit élu avec la présence du quorum des deux tiers. Une règle conforme d'ailleurs au préambule de la constitution qui fait du Liban une démocratie « consensuelle ».

Le groupe au pouvoir estime qu'il n'est pas obligé de respecter cette coutume et veut élire son président sur la base de la majorité simple. L'opposition a clairement signifié qu'une telle option serait considérée comme un coup d'Etat et qu'elle agirait en conséquence. Le climat de méfiance et de discorde qui règne entre les deux camps risque, si la question de la présidentielle est réglée sans consensus préalable, de mener le pays vers une situation de chaos.

Il semblerait, selon certaines sources, que les Saoudiens soient intervenus auprès de leur protégé Saad Hariri pour dissuader Walid Joumblatt et Samir Geagea de sauter le pas dès la première séance pour proclamer un président sur la base de la majorité simple. Sage recommandation. L'opposition considère déjà que le gouvernement de Siniora est illégitime, et elle n'aurait pas concédé la moindre légitimité à un tel président. La présidence ayant pour vocation d'incarner l'unité de l'Etat et du Liban, une telle perspective serait mortelle pour le Liban. Son armée n'y résisterait pas.

La question de la présidence n'est pas simplement une affaire de poste à pourvoir. Elle comporte aussi des choix politiques et stratégiques pour le pays. La résistance, déjà ciblée par une guerre israélienne infructueuse, est au coeur de cette problématique. Des questions délicates et sensibles qui rendent, maintenant plus que jamais, nécessaire un consensus entre les forces politiques libanaises. C'est une évidence pour la majorité des Libanais, sauf qu'une partie essentielle du jeu échappe aux Libanais. Ce n'est un secret pour personne que la coalition du 14 mars est totalement sous influence saoudienne et américaine.

Pour l'opposition, dont le Hezbollah - qui ne fait pas dans la paranoïa en se considérant comme la cible physique et politique des Etats-Unis -, accepter que le camp Hariri désigne en solitaire le président, cela équivaut à accorder les pleins pouvoirs à Washington au Liban. Si la tutelle syrienne sur le Liban n'est pas acceptable, sa substitution par une tutelle américano-saoudienne l'est encore moins. A défaut de faire mûrir une réelle volonté nationale, les Libanais risquent leur pays.

  La guerre contre le Liban et la Palestine  
www.algeria-watch.org