Proche-orient : à la prochaine…

Le Hezbollah descend l’armée israélienne de son piédestal

Quand Goliath défait David

Hamid Saïdani, Liberté, 14 août 2006

La méthode Hezbollah a payé face à un ennemi qui lui est, en tout point de vue, bien supérieur.
La milice chiite a surpris en manifestant une résistance qui a fait douter les Israéliens.

Quel que soit le cours que prendra le conflit libano-israélien, l’histoire retiendra pour longtemps, sinon à jamais, cette nouvelle donne intervenue dans l’espace géopolitique proche-oriental : le mythe de l’armée israélienne invincible fait désormais partie du passé. L’agression de l’État hébreu sur le Liban a donc accouché d’une nouvelle réalité que très peu d’observateurs, y compris ceux se trouvant dans le camp israélien, avaient prévu. L’armée israélienne, forte d’un patrimoine logistique militaire inégalé dans la région (d'après World Facts Books, les effectifs de l'armée d'Israël s'élevaient à 186 500 soldats et 445 000 réservistes, 3 630 Tanks, 470 avions de combat, 181 hélicoptères, 15 navires de guerre et 3 sous-marins), tablait jusque-là sur son potentiel de persuasion pour s’assurer une place confortable dans un environnement géostratégique qui lui est généralement hostile. Au grand dam des stratèges militaires israéliens et de la Maison-Blanche, les règles du jeu dans le présent conflit sont loin d’être similaires à celles qui ont prévalu dans les guerres livrées auparavant par l’État hébreu. Cette fois-ci, la machine de guerre de l’État hébreu n’a pas eu affaire à une guerre classique. La méthode Hezbollah a payé face à un ennemi qui lui est, en tout point de vue, bien supérieur.

La milice chiite a, en effet, surpris beaucoup de monde, pas seulement en manifestant une résistance qui a fait douter les Israéliens, mais en allant jusqu’à porter des coups très douloureux aux troupes d’élite de l’armée israélienne, qui représente le symbole même de la puissance israélienne. Pourtant, sur le plan des effectifs et de l’armement, si on ose la comparaison entre les deux camps, le Hezbollah ne dispose, d’après les statistiques connues, que d’un noyau d’un millier de combattants certes expérimentés, auxquels s’ajoutent quelque 5 000 combattants mobilisables très rapidement, et environ 10 000 réservistes.

Mais, qu’est-ce qui fait donc la force de ce mouvement qui, en quelques jours seulement, a réussi à semer le doute et la division dans le camp israélien et de ses alliés ? Très certainement au fait des nouveaux plans israélo-américains pour la région et de l’imminence d’une telle attaque, l’organisation dirigée par Hassan Nasrallah n’a pas perdu de temps après le retrait israélien du Sud-Liban en 2000. En sus, le Hezbollah ne cessait de marteler que tant que le restant des territoires libanais n’était pas évacué par les Israéliens, la résistance allait se poursuivre. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont contraint l’organisation à refuser de désarmer malgré l’énoncé de la résolution 1559 des Nations unies.

Mieux, la milice chiite, sachant que la guerre reprendra un jour ou l’autre, a construit près de la frontière israélienne une multitude de petits bunkers, dotés de caméras de surveillance. S’y ajoute un réseau de tunnel dans les collines. Pour beaucoup d’observateurs, la capacité du Hezbollah à encaisser les coups s’explique également par sa culture du secret, qui rend peu probable une infiltration par des agents extérieurs. L’organisation est également passée maître dans l’art du camouflage : une grande partie de ses ressources militaires est enterrée ou cachée dans des oliveraies ou orangeraies. Quant au potentiel offensif, différentes sources évaluent l’arsenal du Hezbollah à plus de 12 000 roquettes antichars Katioucha d’une portée d’une trentaine de kilomètres, des roquettes Fair-5, d’une portée de 70 km, ainsi que des fusées Raad-1 et des lance-roquettes multiples BM-21. Il disposerait également de missiles Nazeut-10 et d’une trentaine de fusées Zelzal 1 et 2, d’une portée de 200 km.
Mais c’est surtout sur le terrain des combats terrestres que le Hezbollah s’est réellement distingué. Le recours aux méthodes de la guérilla a parasité les plans militaires israéliens.

Les artilleurs du Hezbollah manifestent une étonnante faculté d’adaptation au déluge de feu auquel ils sont soumis. Au 20e jour du conflit, le Hezbollah aurait déjà détruit au moins une division de blindés sur les sept dont dispose l’armée israélienne.
Ces pertes, selon Viktor Litovkine, commentateur militaire de l’Agence russe RIA Novosti, ont compromis la stratégie de blitzkrieg de l’état-major israélien et l’ont conduit à décider de limiter sa progression au sol au rythme du fantassin.

D’après lui, la Résistance libanaise utilise des lance-roquettes antichars russes de la dernière génération qui perforent non seulement les Merkava israéliens, mais aussi les chars de fabrication US. Le char israélien Merkava a toujours eu la réputation d’être un blindé invulnérable. À Tel-Aviv, on faisait l’éloge de ses performances et de sa protection blindée renforcée d’un blindage réactif qualifié de meilleur au monde.

Mais, ces derniers jours, les colonnes de blindés qui tentent d’avancer vers le fleuve Litani dans le cadre de l’offensive terrestre se sont heurtées à une très dure résistance des combattants du Hezbollah qui a détruit pour la seule journée de samedi pas moins d’une vingtaine de chars qui étaient pourtant appuyés par l’aviation et l’artillerie.

Mais, qui sont ces combattants hors norme qui tiennent tête à l'armée israélienne au Liban-Sud ? “Le secret” (seuls les militants concernés sont tenus au courant des opérations militaires), “la foi” (en l'Islam) et la disponibilité au “martyre” — qui n'est pas un but en soi — sont déclinés comme les clefs du succès militaire. “Les moudjahidine du Hezbollah se déplacent par petits groupes sur le champ de bataille, ce qui leur assure une grande souplesse de mouvement et (une fois leur tâche accomplie) reprennent une vie normale”, écrit le cheikh Naïm Qassem, le numéro deux du Hezbollah dans un ouvrage Le Hezbollah, méthode, expérience, avenir retraçant l'histoire du mouvement, publié en octobre 2002.

L’auteur énumère les principes qui font la force de la milice libanaise à commencer par la règle du secret y compris jusque dans les camps d'entraînement. Ils sont, selon l'auteur de l'ouvrage, “mobiles et camouflés”, afin d'échapper à la surveillance de l'aviation israélienne, qui survole l'ensemble du territoire libanais même en temps de paix.

Hamid Saïdani

  La guerre contre le Liban et la Palestine  
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