Les perversions du refus de la démocratie

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 6 mars 2008

Un «Gazagate» des Américains avec des collaborateurs palestiniens pour provoquer une guerre civile à Gaza. La thèse était connue et il y avait une abondance d'éléments factuels pour la rendre crédible. Beaucoup ne sont donc pas surpris que Vanity Fair, un magazine américain, publie un long article bien documenté expliquant comment les officiels américains ont orchestré la guerre fratricide à Gaza entre le Hamas et le Fatah.

La démocratie et le libre choix des Palestiniens ayant abouti à un «choix indésirable», celui du Hamas, l'administration américaine a entrepris, avec la collaboration de Mohamed Dahlane, ancien conseiller à la sécurité de Mahmoud Abbas, des manoeuvres destinées à préparer un coup d'Etat contre le mouvement islamiste. Tout ceux qui suivaient avec intérêt les évènements dans les territoires palestiniens, après la victoire électorale du Hamas, ont pu constater la montée en cadence de l'insécurité à Gaza, orchestrée par les partisans de Mohamed Dahlane.

De ce point de vue, les révélations de Vanity Fair ne sont ni une nouveauté ni une surprise. Elles ont cependant le mérite de confirmer un secret de Polichinelle. Mohamed Dahlane - tout comme d'ailleurs l'éternel «clan des négociateurs» palestiniens qui entourent Mahmoud Abbas - n'a pas supporté le choix des électeurs palestiniens. Toute son action a consisté depuis à empêcher le Hamas de gouverner et à «démontrer» par l'insécurité qu'il en est incapable. Il aurait été légitime si les partisans de Dahlane avaient fait de l'opposition en utilisant loyalement les moyens de la démocratie. Mais le désaveu électoral qu'ils ont subi était tel qu'ils ont choisi d'entrer dans un sale jeu qui consiste à collaborer avec une puissance étrangère foncièrement hostile à la cause palestinienne, contre une partie des Palestiniens.

La vraie nouveauté des révélations du magazine américain est que cette version est corroborée par des sources américaines. Le reste est connu: une erreur de casting monumentale où le clan de Mohamed Dahlane, engageant de facto l'Autorité palestinienne, a perdu la partie face à des combattants du Hamas plus convaincus de leur cause. Ce qui s'est passé à Gaza est un vertigineux exemple: le refus de la démocratie mène à des perversions antinationales.

Le problème est qu'aucun enseignement n'a été tiré. Même aujourd'hui, après les massacres subis par Gaza. Mahmoud Abbas a bien viré Mohamed Dahlane, mais il semble qu'on lui reproche surtout son échec et non d'avoir si ouvertement violenté l'unité des Palestiniens. Le fait que le dialogue national palestinien n'arrive pas à reprendre est le signe qu'au-delà de Dahlane, une partie du Fatah - et pas la plus saine - persiste à placer le Hamas dans la case de l'ennemi. A partir de ce genre de postulat, des «collaborations» indignes peuvent se mettre allègrement en place.

Des initiatives viennent d'être lancées, dont celle du Yémen, pour une reprise du dialogue national palestinien. Il faut espérer qu'elles soient sérieusement entendues.

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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