Avocats, journalistes et intellectuels marocains le réclament

Traduire Amir Peretz devant la justice marocaine

Djilali B., Liberté, 2 août 2006

Les intellectuels et avocats marocains bousculent le Palais, contestant de plus en plus ouvertement son indulgence vis-à-vis de ses juifs israéliens. En effet, les bombardements du Liban ont révélé “la compréhension” et “la sympathie” du Maroc officiel pour Israël. Cette compréhension se justifie par le fait que le Maroc est bien représenté dans l’establishment israélien.
Le ton est monté d’un cran, puisque les contestataires réclament maintenant de traduire devant la justice le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz, qui demeure un sujet marocain. Une plainte contre lui a été déposée “pour crime contre l’humanité” par des avocats défenseurs des droits de l’Homme. La plainte s’appuie sur le code pénal du royaume qui stipule qu’un Marocain qui commet un crime à l’étranger doit être jugé au Maroc. Peretz est assimilé à la centaine de ressortissants marocains qui ont été jugés, dans le cadre de la loi contre le terrorisme, pour avoir séjourné en Afghanistan.
Natif du Maroc, Peretz devenu Israélien, n’a pas pour autant renoncé à sa première nationalité et garde des liens familiaux au Maroc. Selon les avocats, il est passible de poursuites judiciaires.
Il faut dire que c’est la première fois que “la rue” marocaine presse la justice de réagir. Quelle réponse réservera la justice à la plainte ? Sans nul doute, la requête va être enterrée dans un tiroir pour rester sans lendemain. Mais cela permet d’ores et déjà de découvrir le jeu trouble du Palais et ses liens avec Israël. Des liens historiques que le Maroc a entretenus non sans calcul depuis la première vague de migrants juifs marocains vers Israël dans les années 50. Les séfarades, juifs marocains, représentent, selon les estimations, un tiers de la population israélienne. Ce qui explique l’attitude très prudente, dans un premier temps, puis ouvertement favorable envers l’État hébreu. Les relations seront poussées plus loin vers la normalisation avec l’ouverture à Rabat d’un bureau de liaison israélien. Le contact entre les officiels des deux pays sera aussi maintenu et entretenu particulièrement à l’étranger. La répression de l’Intifada jettera un froid entre Rabat et Tel-Aviv qui aboutira à la fermeture du bureau.
La rue marocaine commençait déjà à hausser le ton accusant le Palais de garder des liens troubles avec un État terroriste et théocratique. Un credo bien huilé et très en vogue dans la propagande islamiste, tendance qui a drainé des pans entiers de la société marocaine. Les mêmes arguments sont repris cette fois par les intellectuels, les journalistes particulièrement dont les écrits ont été cette semaine très virulents et critiques à l’égard des autorités. Ce sursaut de la presse est perçu comme un tabou brisé dans la mesure où la plupart des titres soupçonnent le Maroc officiel de soutenir indirectement, du moins par son silence, Israël. “Le Maroc officiel est trop indulgent avec quelques Israélo-Marocains même s’ils sont impliqués dans des crimes et les soutiennent”, remarque Meftah Nordine dans l’éditorial de l’hebdomadaire El Ayam ouvrant ainsi la voie à une contestation plus large.

Djilali B.

 
Version imprimable
La guerre contre le Liban et la Palestine  
www.algeria-watch.org