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Le paradoxe de l'irresponsabilitépar Par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 2 juin 2007 Cinq pays se sont abstenus lors du vote du Conseil de sécurité imposant, sous le couvert du chapitre VII de la charte des Nations unies, la création d'un tribunal pour juger les assassins de l'ancien Premier ministre libanais. Ceux qui ont cédé aux pressions occidentales, comme le Pérou, au nom du refus de l'impunité, ont essayé d'argumenter que ce vote ne crée pas un «précédent». C'est pourtant un vrai précédent: celui d'une intrusion de l'Onu dans les divergences politiques internes d'un pays pour soutenir un camp contre un autre. Quant au pseudo-rejet de «l'impunité», ne plaisantons pas: il est d'un usage très variable et les amis «impunis» des puissances occidentales sont légion. Le plus dramatique dans cette résolution est qu'elle aggrave profondément les différends libanais et mine le principe même de la cohésion libanaise: le consensus. Le clan Hariri a beau prétendre que la résolution 1757 n'est pas la victoire d'un «camp contre un autre», une autre partie du Liban la perçoit comme une violence et une agression contre la souveraineté du Liban. Recourir au chapitre 7, c'est menacer des Libanais qui ne suivent pas Saad Hariri et le modèle de versatilité qu'est Walid Djoumblatt d'un recours aux troupes étrangères. C'est ainsi que cela est compris par l'opposition libanaise et cela n'augure rien de bon. Le clan Hariri a déjà la réponse: les problèmes qui vont apparaître, quels qu'ils soient, ne peuvent venir que de Damas. Car ils savent que des problèmes sont inévitables quand au moins la moitié du Liban ne voit en eux que des agents dociles des Américains. C'est inévitable car la résolution ne servira pas la justice et alimentera encore davantage les dissensions interlibanaises. L'opposition libanaise, à l'image du Hezbollah, n'est pas près d'accepter une résolution qui constitue «une violation de la souveraineté du Liban et une ingérence agressive dans ses affaires intérieures». Le gouvernement libanais, dont la légitimité est contestée, va-t-il demander aux troupes étrangères d'attaquer les Libanais qui refusent de se plier à cette résolution ? On sait que les souverainetés sont relatives, mais ce gouvernement a placé de lui-même le pays sous tutelle internationale et il ne peut de ce fait prétendre représenter tous les Libanais. La résolution, c'est pour contrer la Syrie ? C'est le discours facile de la propagande occidentale et c'est le coupable désigné de manière pavlovienne de tout ce qui peut arriver au pays du cèdre. En réalité, c'est bien une violence lourde qui est faite à ce qui a rendu le Liban possible: un fonctionnement et une coexistence sur la base d'un consensus entre les forces nationales. Recourir aux Occidentaux à travers l'Onu pour débloquer une situation interne est un très mauvais choix. Hariri et Siniora savent que leur discours lénifiant sur l'unité du Liban ne passe pas. Surtout après une résolution qui l'attaque de front. Le clan libanais au pouvoir compte sur l'esprit de responsabilité dont a fait preuve l'opposition, tout au long de la crise, pour faire passer cette grosse pilule. C'est bien le paradoxe de l'irresponsabilité d'un groupe dont la «politique» est décidée dans les ambassades occidentales et accessoirement dans celle de Ryadh. Le Liban est divisé et ses «amis» occidentaux viennent de lui mettre une corde au cou qui risque bien de l'étrangler. Non, les lendemains du Liban ne sont pas ceux de la justice, mais ceux des tumultes... |
La guerre contre le Liban et la Palestine | ||||
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