1701, ou la paix piégée

Par A. H., Le Quotidien d'Oran, 14 août 2006

Emballée dans un habit de paix, la résolution 1701, qui vise en apparence la fin du conflit israélo-libanais, ne vise pas moins en réalité qu’à entraîner la société libanaise dans une situation des plus délicates, non pas par les grands titres qu’elle décline, mais par les mécanismes de mise en oeuvre qu’elle omet sans doute volontairement.

Présentée comme étant «le fruit d’un compromis entre les exigences israéliennes et libanaises», la résolution 1701 sert doublement les intérêts américano-sionistes.

Tout d’abord, parce qu’en appelant au cessez-le-feu qui n’intéressait jusque-là ni Israéliens ni Américains, elle vient pour sauver la face d’une armée suréquipée et «surgonflée» mise en déroute par le Hezbollah, et qui peut ainsi se retirer des quelques mètres envahis au Liban sans avoir à boire sa défaite salée.

Ensuite, parce qu’elle prône le désarmement du Hezbollah, la résolution 1701 se propose d’atteindre l’objectif de guerre principal affiché dès le départ par Olmert, mais que ni les bombardements lâches de civils, ni la destruction des infrastructures, ni le déplacement forcé de populations entières n’ont permis de réaliser.

Le désarmement du Hezbollah, qui a déjà posé problème lors de l’application de la résolution 1552, risque de poser le même problème aujourd’hui quant à l’application de la 1701. Sa résistance sur le terrain, qui équivaut à elle seule à une victoire, ajoutera certainement à la complexité des choses. Ceux parmi les Libanais qui ne veulent plus entendre parler d’une résistance armée s’en donneront à coeur joie pour hausser le ton, mais le niet catégorique du ministre du Hezbollah au dernier Conseil des ministres laisse deviner, sinon imaginer beaucoup de tension à venir.

Ce que l’administration Bush, les sionistes, le Mossad, Tsahal et certains de leurs complices réunis n’ont pu obtenir par le feu et par le sang, il est fort à craindre qu’ils puissent le réaliser par la désormais célèbre résolution 1701. Les débats houleux et la tension extrême qui ont caractérisé le Conseil des ministres libanais durant la nuit de samedi à dimanche ne sont qu’un avant-goût d’une crise interne libanaise qui risque, en cas de non-maîtrise des passions des uns et des autres, de dégénérer avec les conséquences désastreuses que tout le monde redoutait jusqu’à présent et qui ont été, jusque-là, évitées grâce à la sagesse de tous et à la maîtrise des attitudes et des réactions.

Il s’agit de savoir si les Libanais, qui ont bien su faire la guerre ensemble, sauront aussi bien faire désormais la paix ensemble. Les Libanais, qui ont applaudi «à l’unanimité» cette résolution, n’ont pas omis, pour leur part, d’émettre des réserves quant aux modalités de son application, car ils savent à quel point l’enjeu est important, voire vital pour leur pays.

  La guerre contre le Liban et la Palestine  
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