Un non européen et un néant arabe

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 6 décembre 2008

Une majorité de députés européens (194 voix contre 173) a décidé de reporter un vote sur le renforcement des relations entre l'Union européenne et Israël en raison du siège de la bande de Gaza et la poursuite des attaques en Cisjordanie. Les députés européens ont ainsi refusé de suivre la recommandation favorable de la Commission des Affaires étrangères et ils n'ont pas non plus écouté Tzipi Livni, actuelle Premier ministre de l'Etat hébreu, venue en personne défendre le projet. C'est indéniablement un échec pour Israël et ses puissants lobbies.

Cette attitude honorable des députés européens, qui se sont refusés à faire l'impasse sur la réalité des événements à Gaza et en Cisjordanie, n'est pas une «victoire arabe». Si la Ligue des Etats arabes existe formellement, elle n'a qu'une influence très ténue, sinon imperceptible. La voix de cette instance ne portera que lorsque les régimes qui y sont représentés se rapprocheront des attentes de leurs populations. Ce ne sont pas les pétrodollars arabes, agités par certains leaders européens comme un épouvantail, qui peuvent déterminer une existence politique réelle.

Il est évident que le rapport de force aurait été différent si les Etats concernés avaient une stature qui ne peut procéder que d'un lien effectif avec les populations. Or, on peut mesurer l'insoutenable légèreté de ces Etats, totalement silencieux, face à la situation épouvantable faite aux Palestiniens de Gaza. C'est en cela que le message politique du Parlement européen en direction d'Israël est, bien que ce ne soit pas son but, un affront aux Etats arabes. Il met en exergue leur inconsistance politique. Leur incapacité à défendre le minimum humanitaire est en effet un scandale permanent.

De fait, même si le Premier ministre palestinien, Fayyadh, s'est dit satisfait du vote du Parlement européen, cela ne peut en aucun cas être considéré comme une victoire diplomatique arabe. C'est une victoire du Parlement européen, authentique institution politique, qui montre qu'il a encore les capacités de regarder les évidences malgré les pressions des lobbies pro-israéliens. « Il est temps que le gouvernement israélien ne se considère plus au-dessus de la loi et commence à la respecter, premièrement par l'arrêt des colonies de peuplement et par la fin du siège dans la bande de Gaza. Tant que ces signaux ne seront pas donnés par le gouvernement israélien, le Parlement européen n'est pas prêt à voter ce texte ». Le propos de Luisa Morgantini, vice-présidente du Parlement européen, l'exprime sans détours.

On chercherait en vain, au cours de ces dernières semaines, une prise de position aussi claire de la part d'un dirigeant arabe. Les régimes arabes ont échoué sur tous les plans. Ils s'opposent, par obéissance aux exigences américaines, à la voie de la résistance, mais leur diplomatie est tout simplement incapable d'émettre le moindre signal politique. Dans le cas de la Palestine, le système politique arabe n'est qu'une impalpable virtualité : il assume toutes ses défaites et ses seules «victoires» sont celles des autres.

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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