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Mehri : les grands atouts des Arabes ne valent rien sans volonté
Propos Recueillis Par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 8 août 2006
Le Quotidien d’Oran: Les ministres arabes se sont réunis aujourd’hui à Beyrouth. Ils ont pris un certain nombre de décisions pour essayer d’amender le projet franco-américain. Comment appréciez- vous cette démarche ? Et quelle est la marge de manoeuvre dont disposent les dirigeants arabes ? - Abdelhamid Mehri: Les pays arabes n’ont actuellement qu’une marge de manoeuvre très étroite. Ils le savent. C’est le fruit amer de politiques de silence, d’absence et de calculs étroits durant plusieurs années. Le réalisme que s’attribuent ces politiques cache mal l’absence de volonté de résistance aux menées hégémoniques des grandes puissances dans la région. La seule possibilité pour eux de marquer enfin leur solidarité avec le Liban est d’appuyer sans réserve le refus consensuel libanais du projet de résolution franco-américain. Que peuvent obtenir les émissaires dépêchés par la conférence de Beyrouth comme amendement à ce projet qui vise l’instauration d’une véritable tutelle armée sur le Liban ? Difficile à prévoir. Car si les dirigeants arabes manquent de volonté politique, les atouts dont ils disposent, et ils sont importants, ne valent rien. Et il est à craindre que la diplomatie arabe illustre encore à cette occasion «l’incapacité de ceux qui peuvent», dont parle un grand poète arabe. Le sommet arabe décidé par la conférence peut-il relever le défi en cas d’échec de cette démarche ? Il faut l’espérer... modérément !
Q.O.: Comment évaluez-vous le projet de résolution franco-américain ? - A.M.: D’abord les tractations au sujet de ce projet ont permis de «meubler», d’une certaine façon, le délai accordé à l’agression israélienne par l’administration américaine. Ensuite, le projet lui-même marque un ralliement français aux thèses américaines avec une apparence du contraire. L’élément politique clef de ce projet est, à mon avis, l’intégration d’Israël comme facteur déterminant dans le processus de ce qu’on appelle le rétablissement de l’autorité du gouvernement libanais sur l’ensemble de son territoire national. Objectif commun et très important de la politique française et américaine au Moyen-Orient. Le fait qu’Israël occupe encore une partie de ce même territoire libanais, une partie du territoire syrien et la Palestine ne le disqualifie pas, aux yeux de ces grands pays, pour prendre part à cette mission. Les lacunes de ce projet découlent essentiellement de cette vision.
Q.O.: Que vous inspire la ténacité de la résistance libanaise ? Y a-t-il des enseignements à tirer en matière de doctrine de défense nationale ? - A.M.: De cette «petite» guerre, on peut tirer, en effet, de grands enseignements. La lecture actualisée de la carte d’identité exhibée, sans vergogne, par Israël n’est pas des moindres. Les dangers de l’alliance politique avec l’administration Bush apparaissent au grand jour et dictent une vigilance accrue. Bien sûr, une nouvelle doctrine de la politique de défense s’impose partout dans le monde arabe. Cette nouvelle doctrine n’est pas concevable sans nouvelle appréciation de la notion de rapport de force. N’a-t-on pas intégré dans cette notion, pour la fausser, les erreurs stratégiques multiples et répétées des régimes arabes ? Peut-on envisager sereinement l’avenir sans une remise en cause des régimes en place et l’instauration de pouvoirs authentiquement démocratiques ? C’est la grande leçon que dictent l’agression d’Israël, la résistance du Liban et les silences complices qui entourent cette tragédie. |
La guerre contre le Liban et la Palestine | ||||
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