Le Liban sur un volcan

Par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 26 novembre 2006

Le point de rupture est-il sur le point d’être dépassé au Liban ?

La lourde crise politique et constitutionnelle qui règne actuellement est inquiétante. La volonté du gouvernement de la «majorité» de passer en force dans l’adoption du projet de traité sur le Tribunal international sur l’assassinat de Rafic Hariri, pose d’inextricables problèmes constitutionnels.

Toutes les forces politiques, à commencer par celles de l’opposition, ont soutenu le principe de la création de ce tribunal. Mais l’opposition exige d’avoir une participation effective, et non formelle, dans l’examen de ce projet. L’empressement du gouvernement Siniora - représentant de Saad Hariri - à inscrire le projet à l’ordre du jour est venu servir de parade à l’exigence des forces d’opposition, dans lesquelles se retrouve aussi le général Michel Aoun, d’avoir un tiers bloquant au gouvernement.

Les choses sont dites clairement par l’opposition: ce gouvernement est dans le giron des Etats-Unis et il faut que les forces nationales aient leur mot à dire pour empêcher que des décisions majeures ne soient prises en solo par le groupe au pouvoir. L’équation a été posée clairement: si le gouvernement veut prémunir le Liban de l’influence syrienne, l’opposition veut également avoir la capacité de le prémunir aussi de l’influence américaine.

Cette vision est d’ailleurs au coeur du système politique libanais. Le pays se gouverne par le consensus entre ses composantes et toute exclusion de l’une des parties comporte un risque de dérapage dangereux. Or, ce sont bien ces règles de la vie en commun qui sont soumises aujourd’hui à très rude épreuve. L’opposition, où l’on retrouve des courants représentant toutes les communautés, devait organiser des manifestations de rue pour exiger la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Elle a dû ajourner le mouvement à la suite de l’assassinant, en plein jour, du ministre Pierre Gemayel. Le camp du gouvernement a tenté de jeter l’opprobre sur l’opposition au sujet de ce mystérieux assassinat et en a profité pour décider de passer en force pour adopter le projet de tribunal international.

Or, la constitutionnalité de ce gouvernement, déjà affaibli par la démission des ministres chiites, est désormais ouvertement mise en doute par le président Emile Lahoud et par le président du Parlement, Nabih Berri. C’est donc une grave crise politique et institutionnelle qui secoue le Liban, divisé entre un gouvernement de la «majorité», qui pense que le soutien extérieur lui donne suffisamment de légitimité pour outrepasser le sacro-saint principe du consensus, et la représentation égale de l’ensemble des communautés. C’est, au regard de l’histoire tourmentée d’un Liban ouvert aux influences et manipulations extérieures, une erreur qui peut être funeste.

La question du tribunal international - Nabih Berri et Hassan Nasrallah ont réaffirmé vendredi soir qu’ils y sont favorables, à condition que les règles constitutionnelles soient respectées - paraît bien secondaire par rapport aux enjeux qui se posent.

La volonté du camp des pro-occidentaux de passer outre la réalité sociale et institutionnelle du Liban crée une situation de crise majeure.

Faute de pouvoir la résoudre par les moyens de la politique et dans une situation de carence institutionnelle grave, le Conseil constitutionnel étant bloqué et n’étant donc pas un recours, c’est le risque de confrontation dans la rue qui se profile.

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