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Les lendemains politiques d’un échec israélo-américain au LibanLe Quotidien d'Oran, 16 août 2006 C’est par dizaines de milliers que les Libanais déplacés durant l’agression militaire israélienne continuaient à retourner vers leurs foyers au sud du pays et dans la banlieue sud de Beyrouth. L’ampleur des destructions qui ont touché toutes ces régions où le terrain était encore miné par des bombes à fragmentation laissées par l’armée israélienne n’entache pas l’esprit de ce retour. Le mouvement de retour s’est transformé en une sorte d’épopée victorieuse où ceux qui sont partis revenaient rejoindre les combattants restés sur place pour défendre le pays. La banlieue sud, totalement dévastée par des raids sans interruption de l’armée israélienne, est devenue un lieu de pèlerinage pour de nombreux Libanais. Dans les villages au sud où les gens reprenaient possession des lieux réduits en ruine, 43 corps ont été découverts hier mais on s’attendait à en découvrir d’autres dans les heures et jours à venir. Les longues processions de Libanais reprenant possession de leurs quartiers dans la banlieue sud et dans leurs villages au sud Liban se sont transformées en acte de foi dans la résistance libanaise. Cela ne donnait que plus de sens à la mise en garde de Hassan Nasrallah contre les politiciens libanais qui sans attendre, alors que les gens découvraient l’ampleur des dommages, se sont empressés d’ouvrir le dossier des armes de la résistance. Ces demandes d’hommes politiques libanais proches des Américains visaient de toute évidence à altérer le sentiment de victoire de la résistance qui domine actuellement au Liban mais aussi dans l’ensemble de la région. Circonstances aggravantes, même la résolution 1701 n’évoque pas un désarmement immédiat mais parle de la zone située entre le Litani et la frontière. La mise au point de Hassan Nasrallah a été vigoureuse. « L’armée libanaise peut-elle, dans la situation actuelle et compte tenu de ses capacités présentes, livrer une guerre, si une guerre était imposée au Liban? », a-t-il demandé en constatant une évidence que la force internationale, même renforcée, ne lèvera pas le doigt pour défendre le Liban contre une attaque israélienne. Cette intervention de Nasrallah préfigure le débat de fond sur la sécurité nationale au lieu d’être réduit à un discours commandé par les Etats-Unis sur le désarmement de la résistance. Le message semble avoir été reçu par le gouvernement libanais. Le ministre de la Défense libanais Elias Murr, qui a annoncé que 15.000 soldats libanais vont être déployés en début de semaine dans la zone frontalière, a précisé que « l’armée ne va pas au sud pour priver le Hezbollah de ses armes et faire le travail qu’Israël n’a pas pu accomplir ». Il a jouté que la « résistance coopère au mieux et dès que l’armée libanaise arrivera dans le Sud, il n’y aura plus d’armes sauf celles détenues par l’armée ». La question est d’autant plus sensible que le débat fait rage sur la question de savoir qui a gagné cette guerre. L’empressement à ouvrir le débat sur les armes de la résistance paraissait abonder dans le sens de l’effort de marketing mené par le gouvernement américain pour présenter la guerre comme une victoire américano-israélienne. George W. Bush a de nouveau abusé des termes de « liberté » et de « démocratie » en assumant la guerre israélienne contre le Liban. C’était bien une guerre américaine qui a été livrée contre le Liban, comme l’a révélé le journaliste Seymour Hersh, et il n’est donc pas surprenant d’entendre George W. Bush clamer contre l’avis général que le Hezbollah a subi « une défaite ». Le fait est qu’au Liban, les amis des Américains ne sortent guère renforcés par l’exercice de la « démocratie » des bombes américaines et que les « armes de la résistance » resteront un élément qui empêchera de faire du Liban un champ de manoeuvre libre pour les Américains. Même les forces politiques hostiles au Hezbollah devront prendre acte de l’extension de la popularité au-delà de la communauté chiite. Le président syrien en a profité pour épingler les « forces de 14 mars », le regroupement des forces politiques libanaises anti-syriennes, en les accusant de vouloir provoquer une « fitna » en demandant le désarmement de la résistance. Il les a accusés d’essayer de « sauver le gouvernement israélien » en parlant de désarmement du Hezbollah alors que le « sang des victimes est encore frais ». Rendant un vibrant hommage à la résistance libanaise, le président syrien a ouvert la voie des règlements de comptes politiques avec d’autres dirigeants arabes, alliés des Américains, qu’il a qualifiés de « demi-hommes ». Défendant avec vigueur l’option de la résistance, en cas d’échec des négociations, le président syrien a déclaré que la Syrie s’honorait d’être accusée de soutenir la résistance. « Cette résistance est un honneur pour tout citoyen arabe et non seulement en Syrie », a déclaré le président syrien qui a estimé que la paix n’était pas proche avec Israël et que les Etats-Unis de Bush ne font rien pour la paix. « Cette administration américaine adopte le principe de la guerre préventive, qui est en contradiction totale avec le principe de la paix ». Les propos vigoureux de Bachar Al-Assad ont poussé le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, à annuler une visite à Damas en déclarant que le discours du président syrien était une « contribution négative, qui ne rend en aucune façon justice aux défis actuels et aux opportunités au Proche-Orient ». Il semble que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Mais cela donne bien le ton des lendemains politiques de l’échec israélo-américain. M.Saâdoune |
La guerre contre le Liban et la Palestine | ||||
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