Le leadership du vide

Par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 21 août 2006

La Syrie isolée ? C’est la conclusion que l’on s’empresse de tirer à Ryadh ou au Caire de l’absence de la Syrie, hier, à la réunion des ministres arabes consacrée au Liban. C’est très puéril dans un Moyen-Orient en ébullition, où les haches de guerre sont déterrées par les laboratoires de l’Empire. Un projet Sykes-Picot israélo-américain de remodelage du Moyen-Orient se déploie de manière visible, tandis que les dirigeants arabes contemplent leur nombril et se donnent des frissons sur la « menace perse ».

Allons donc ! Dans le meilleur des cas, l’absence de la Syrie aura évité une empoignade avec les pays dont les dirigeants ont été traités de « demi-portions » par Bachar Al-Assad. Pas davantage !

Ces conjectures, alors qu’Israël promet sérieusement un « deuxième round » à la guerre perdue au Liban, sont absolument incongrues. Sinon, il est loisible de constater que le système arabe n’est d’aucun secours pour les Libanais et les Palestiniens qui ont mené en solitaires le combat face à Israël.

D’une guerre à l’autre, on a la confirmation que les Etats arabes ne pèsent strictement rien dans l’équation proche-orientale. Ne cherchons pas plus loin les raisons qui font que Damas se sente moins seul et plus sûr dans son alliance avec Téhéran qu’avec la solidarité proclamée des « frères ». Comment peut-on oublier à ce point qu’Israël ne cherche pas une cohabitation ou une coexistence paisible et que sa doctrine de sécurité est fondée sur la guerre permanente ? Pourquoi dire que la paix est « un choix stratégique », alors que le choix stratégique d’Israël est la guerre ? Pourquoi des Etats arabes se mettraient-ils à partager l’obsession iranienne de Tel-Aviv et de Washington, alors que le ministre de la Défense israélien annonce le second round de la guerre contre le Liban ? Faut-il oublier que si l’Iran est mis sur l’axe du mal, ce n’est pas à cause de son système politique, mais du fait qu’il est le seul Etat à contester la suprématie d’Israël dans la région.

Il y a eu dans cette guerre contre le Liban un aveuglement qui a poussé certains Etats arabes à trouver quelques justifications à Israël, qu’ils ont fini par retirer face à l’imprévu de la résistance et à la colère des opinions.

Hassaneine Heykal, en faisant l’analyse de la guerre israélienne contre le Liban, a dit son effarement devant l’attitude des dirigeants arabes. Tant de « vide arabe », alors que se déploie une entreprise sanglante de remodelage de la région, lui inspire, à juste titre, beaucoup de pessimisme.

Personne, faisait-il remarquer, ne demandait à l’Egypte, qui se veut le leader du monde arabe, de faire la guerre à Israël, mais elle avait beaucoup d’autres options. Les accords de Camp David font obligation à l’Egypte d’avoir des relations aussi « normales » qu’avec le Danemark ou la Suède. Dans une relation normale et face à un conflit d’intérêts manifeste, et sans avoir à recourir à la guerre, on peut agir à travers une panoplie d’actions qui vont du rappel de l’ambassadeur à des mesures économiques. Or, constate-t-il, ce qui est faisable avec tous les autres Etats paraît impossible aux dirigeants égyptiens avec Israël. Cela s’appelle une soumission. Etre « leader » implique des obligations. Or, dans le cas arabe, ce n’est qu’un leadership du vide.

  La guerre contre le Liban et la Palestine  
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