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Il enterre le processus de paix et sollicite la rue
À quoi joue Amr Moussa ?
Djilali B., Liberté, 22 juillet 2006
Alors que le secrétaire général de la Ligue arabe fait un forcing diplomatique pour réunir le quorum pour la tenue du sommet, les désormais anciens poids lourds — Arabie Saoudite, Égypte et Jordanie — se livrent à un jeu politique qui tend à mener la nation arabe droit vers l’impasse. Une dizaine de pays seulement ont donné leur accord pour participer à ce sommet auquel certains, comme le Yémen ou le Qatar, ont donné un caractère urgent. Cela dit, le sommet peut avoir lieu pour peu que l’Égypte change d’attitude, elle qui conditionne sa participation après avoir manifesté une espèce d’hostilité suivant la “logique” de l’Arabie Saoudite qui a clairement affiché des prises de position appuyant, tactiquement, les États-Unis dont la position pro-israélienne indique une proximité d’objectif. Pour les mêmes raisons, le Hezbollah représente une menace, que ce soit pour l’Arabie Saoudite, à l’œil rivé sur Téhéran, ou les États-Unis qui réclament ouvertement son démantèlement et l’élimination physique de son chef. Le souci de l’Arabie Saoudite fragilisée est de ménager son allié américain, qu’il ne faut à aucun prix fâcher, et de l’autre réduire les chances d’une victoire indirecte de l’Iran et de la Syrie dans cette guerre du Liban. Cette attitude a toutefois vite atteint ses limites dans la mesure où la rue arabe a pris position en exprimant sa solidarité avec le Liban et la Palestine.
Et devant les manœuvres et calculs de ces pays pour “gagner du temps”, la position de la rue, l’opinion publique arabe a évolué pour se ranger du côté du Hezbollah en qui elle voit le symbole de la résistance. Cette tendance a creusé davantage le fossé entre les dirigeants arabes et les citoyens avec ce risque, aujourd’hui latent, d’une montée en puissance des courants islamistes. Cette crainte peut se comprendre dans le changement dans le discours du président égyptien, Hosni Moubarak, qui, après avoir condamné le Hezbollah au même titre que les bombardements israéliens, a appelé, jeudi, à un cessez-le-feu, prenant ainsi une distance vis-à-vis de l’Arabie Saoudite qui maintient la même position hypothéquant les chances d’une réussite, peut-être même la tenue du sommet arabe. Dans ce décor survient l’inattendu Amr Moussa avec un discours surprenant. En effet, le secrétaire général de la Ligue arabe a déclaré que “le processus de paix au Proche-Orient est mort” lors du sommet des ministres arabes des Affaires étrangères au Caire. Par ailleurs, il a appelé “les peuples arabes à la mobilisation pour aider le Liban”. À défaut d’une position des dirigeants arabes, Amr Moussa, qui incarne “l’arabisme”, opère un revirement inexplicable a priori. Il n’est pas dans les habitudes des responsables politiques arabes de solliciter la population ou de leur transférer une quelconque parcelle de pouvoir d’action.
À partir de là, il est aisé de franchir le pas pour dire que la division de la nation arabe est consommée. La ligue n’ayant plus aucun rôle à jouer, la problématique de l’alternative se pose particulièrement pour la région du Proche-Orient, qui sent la double menace du GMO imposé, et de la montée de l’islamisme, qui se présente comme un choix alternatif viable. Pour l’instant, hormis les positions condamnées par la rue et le nouveau discours de Amr Moussa, les pays arabes semblent se complaire dans l’impasse qu’ils ont allègrement empruntée. Mais restera encore l’énigme Amr Moussa qui a bousculé le silence hypocrite et l’unanimisme arabes à travers un discours peu commun. Reste aussi à connaître le but de cette sortie. S’est-il rangé du côté du président Moubarak ? Ou ne s’agit-il que d’une stratégie visant à stopper les ardeurs de la rue arabe, en général, et égyptienne, en particulier, en lui coupant l’herbe sous le pied et surtout se mettre au niveau de la condamnation unanime de la riposte disproportionnée d’Israël ? Une manière de sauver “les meubles” de la maison arabe coincée dans des soucis d’équilibre et les pulsions envahissantes de la rue et de l’opposition.
Djilali B.
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La guerre contre le Liban et la Palestine |