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Solidarité à huis closLe Quotidien d'Oran, 27 juillet 2006 Pour un strict respect de la loi sur l’état d’urgence, l’alliance présidentielle a tenu à organiser hier un meeting populaire en soutien aux peuples libanais et palestinien à la salle Harcha et non sur l’esplanade de la Maison du peuple comme prévu initialement en coordination avec l’UGTA. La salle Harcha a vibré timidement hier sous les slogans d’une foule éparse venue condamner la guerre contre le Liban et exprimer sa solidarité avec les peuples libanais et palestinien. L’initiative du meeting populaire revenait conjointement à la centrale syndicale, les partis de l’alliance présidentielle et celui des travailleurs. Son organisation devait avoir lieu sur l’esplanade de la Maison du peuple, un espace à ciel ouvert, le communiqué de la centrale syndicale faisant foi. Mais en fin de la journée du mardi, le FLN rectifie le tir et envoie un correctif aux rédactions pour leur faire savoir que le rassemblement se tiendrait à la salle Harcha, un lieu couvert et fermé. Chez les deux parties, l’on précisera qu’ainsi, les précautions prises contre toute éventuelle dérive sont rassemblées. Le changement de lieu est indéniablement lié au refus du ministère de l’Intérieur de laisser s’exprimer une manifestation populaire en plein air. La loi sur l’état d’urgence a véritablement la peau dure. Elle est appliquée à la lettre à chaque fois que le peuple veut exprimer ce qui lui tient à coeur. Y compris quand il s’agit de soutenir des pays en extrême difficulté et condamner l’extermination de leurs populations. La loi en question est faite ainsi, pour casser des élans et des réactions «spontanées». Plus encore quand on sait qu’un rassemblement comme celui d’hier où se sont côtoyés islamistes et travailleurs en colère, pourrait produire des étincelles. Pour les islamistes, le soutien à Hezbollah au front depuis seize jours face à la force nucléaire israélienne peut faire chauffer les esprits et demander à le rejoindre. Quant aux travailleurs, ils pourraient saisir l’occasion et crier leur colère contre le blocage de leurs salaires depuis plusieurs mois. Des centaines d’entre eux sont voués au licenciement en raison de la décision du gouvernement de dissoudre les entreprises les employant. Mohamed-Lakhdar Badredine a déclaré hier sur les ondes de la radio que les pouvoirs publics ont exigé de l’UGTA de signer la décision de la dissolution des entreprises concernées pour qu’ils débloquent les salaires des travailleurs. «Le peuple saura faire la différence entre la situation interne et la défense des causes justes», dira Louisa Hanoune lors du meeting à l’attention des autorités desquelles elle demande de laisser le peuple manifester sa solidarité avec les peuples libanais et palestinien. La loi sur l’état d’urgence est ce merveilleux subterfuge entretenu pour limiter l’expression contestataire et contradictoire. Elle limite considérablement l’exercice des libertés individuelles et collectives même si le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales s’entête à dire que ce texte n’interdit aucune expression partisane. Pourvu qu’elle se barricade contre toute tentative de récupération par la rue. Les conditions sont frustrantes. Elles rendent caduc le principe du respect de la démocratie. Hier, sur une chaîne arabe, un journaliste de la télévision israélienne défendait avec ferveur son peuple qui, selon lui, est sorti pour soutenir l’armée israélienne dont l’acte de guerre contre le Liban est pour lui «un acte de légitime défense». Repris par l’intervieweuse sur le faible nombre des participants à la manifestation en faveur de la guerre, le journaliste israélien soutient que: «respecter une minorité qui s’exprime, c’est cela la démocratie». Miné par des écarts sociaux affreux entre ses diverses communautés, Israël se livre corps et âme à la guerre et ce, quelles qu’en soient les raisons. Il se refuse d’être un pays de paix pour ne pas donner à son peuple l’occasion de se révolter contre l’ordre social discriminatoire établi par «la loi du plus fort». Son attitude lui est aussi dictée par les Etats-Unis qui refusent de faciliter l’instauration d’un Moyen-Orient libre, stable et pacifié. Ils ont décidé de créer par la guerre un nouveau Moyen-Orient. Ils veulent même envoyer une force de l’OTAN au sud Liban pour maintenir la paix. D’ailleurs, ils ont toujours mis en avant l’Alliance Atlantique Nord - une organisation militaire - pour procéder à l’apprentissage de la démocratie aux sociétés retardées. Un analyste arabe a évoqué hier dans ce sens, l’Initiative d’Istanbul, un programme par lequel l’OTAN veut en même temps professionnaliser les armées et démocratiser les sociétés des pays de la rive sud de la Méditerranée. A chacun son diktat et son moyen de persuasion, les dirigeants arabes ont choisi de brimer leurs peuples par le maintien en vigueur permanent d’états d’urgence aux revers répressifs. Ils leur accordent un droit, celui de crier leur détresse à huis clos. En contrepartie, ils gagnent la bénédiction des Américains, comme c’est le cas de Hosni Moubarak l’Egyptien qui refuse de faire la guerre pour le Liban sous prétexte de protéger «ce qu’il a construit pour son peuple». Le tout s’appelle la compromission avec l’ennemi, les similitudes entre la manière de gérer les affaires de l’Etat de l’un et de l’autre bord étant relativement importantes. Comme leurs pairs de certains pays au Moyen-Orient, les Algériens l’ont fait hier à partir de la salle Harcha. «Et c’est l’acte de foi le plus faible». S’élever de l’intérieur d’un espace couvert contre la liquidation de toute une région du monde arabe est ce strict minimum de soutien que les régimes en place acceptent de tolérer par souci de préserver leur règne. Ghania Oukazi
Rassemblement populaire à la salle Harcha
C’est devant une assistance éparse que les leaders des partis politiques de l’alliance présidentielle ainsi que celle du Parti des travailleurs et le représentant de l’UGTA se sont relayés à la tribune de la salle Harcha pour exprimer leur solidarité avec la résistance libanaise et palestinienne. «Où est le peuple arabe ?» La terrible chanson de la Libanaise Julia Boutros était diffusée hier aux alentours de la salle Harcha vers laquelle a afflué une foule éparse pour participer au meeting populaire organisé par les partis de l’alliance présidentielle ainsi que le PT et l’UGTA. Cette manifestation se fera sans le secrétaire général du FLN qui, en tant que chef du gouvernement, recevait au même moment Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. Le secrétaire général de l’UGTA ne sera pas non plus de la partie parce qu’il se trouve actuellement à la tête d’une délégation syndicale en Syrie et s’apprête à rentrer à Beyrouth. C’est vers 18h que Louisa Hanoune, Ahmed Ouyahia, Aboudjerra Soltani, Salah Goudjil représentant le FLN et Salah Djnouhet, secrétaire national chargé de l’organique à la centrale syndicale, se sont relayés à la tribune pour condamner, soutenir et appeler au cessez-le-feu au Liban et en Palestine. Avant eux, c’est le représentant de l’Ambassade de la Palestine à Alger qui a crié sa détresse et a rendu hommage à l’Algérie pour son soutien à la cause. Il fera un décompte macabre des actions criminelles et sauvages d’Israël en Palestine et au Liban. «Mais rien n’arrêtera l’Intifada jusqu’à la création de l’Etat palestinien avec comme capitale El-Qods», dira-t-il. Salah Goudjil du FLN exhortera le peuple algérien à être plus vigilant après la fin de la guerre au Liban. Parce que, dira-t-il, «les choses vont changer avec l’intention des Américains de mettre en oeuvre leur stratégie du nouveau Moyen-Orient». Il condamnera «ceux qui nous donnent des leçons de démocratie et des droits de l’Homme alors qu’ils initient des projets qui retardent davantage nos peuples». Goudjil annoncera la tenue d’autres meetings de soutien à la Palestine et au Liban à travers le territoire national. Ahmed Ouyahia sera fortement applaudi et accueilli par des youyous. «Hamas a été élu démocratiquement en Palestine mais il est considéré comme terroriste», commence-t-il par relever en faisant remarquer que «c’est aussi le cas de Hezbollah dont le pays, le Liban, est indépendant et occupe un siège aux Nations unies». Il qualifie ce que fait Israël de terrorisme d’Etat. «Je salue la résistance palestinienne et libanaise et je dirais à ces courageux que vous avez caché le manque de dignité des Arabes», lancera-t-il en soulignant que «la résistance n’a pas besoin d’aides humanitaires mais d’un cessez-le-feu immédiat». Il condamnera «les politiques des Etats qui mènent au désastre et à la destruction comme pour l’Irak et l’Afghanistan». Avec un nouveau Moyen-Orient, s’interroge-t-il, «veulent-ils faire autant à l’ensemble des pays arabes et musulmans ?». Il ne manquera pas de préciser que le meeting s’inscrit en droite ligne avec la demande «responsable» du président Bouteflika aux Etats arabes d’exiger un cessez-le-feu. Aboudjerra Soltani a voulu être plus offensif en propos. «Ils l’ont voulu une confrontation ouverte, nous la voulons une confrontation ouverte», a-t-il lancé. Il ira jusqu’à avouer que «nous avons eu tellement de défaites nous les Arabes que nous sommes contents quand c’est un des nôtres qui marque un but». Il exprimera son refus à l’initiative du Grand Moyen-Orient et dénoncera la décision de Rice de placer une force militaire internationale pour protéger Israël. «L’entité israélienne est un corps étranger au sein de la Nation arabe, nous la combattrons avec la pierre, le katioucha, et nous la vaincrons.» Il revient sur les caricatures qui ont provoqué la colère des musulmans et scandera «Non à la normalisation avec Israël». Louisa Hanoune, pour sa part, lira un appel de détresse des Libanais. «Soutenez-nous, solidarisez-vous avec nous, assiégez-les comme ils nous ont assiégés», disait l’appel illustré par une photo d’une petite fille assassinée par les Israéliens. Elle dénoncera avec force le nouveau Moyen-Orient, la résolution 1559, l’entité sioniste et l’administration américaine. «Est-ce cela la solution au conflit ? Est-ce cela la démocratie», s’interrogera-t-elle. «Honte aux régimes arabes qui ont ouvert leurs territoires pour l’acheminement des bombes intelligentes américaines vers Israël», criera-t-elle. Elle estime que la solidarité c’est bien «mais il faut réfléchir à des actions pour lever le siège contre le Liban». Hanoune annoncera la tenue prochainement à l’APN d’une conférence des femmes palestiniennes sous le parrainage du président de la République. Elle saluera avec ferveur l’initiative des journalistes algériens de signer une pétition appelant au boycott de la conférence de presse devant avoir lieu aujourd’hui à bord du garde-côtes américain devant accoster au port d’Alger. La responsable du PT appellera les autorités à faciliter la coordination entre les initiatives. «Le peuple peut dissocier entre la situation interne et les causes justes», dira-t-elle en allusion au changement de lieu décidé en dernière minute pour la tenue du meeting populaire d’hier. «Ils devraient ouvrir leurs frontières pour laisser les jeunes aller combattre aux côtés de la résistance», nous dira une Palestinienne venue à la salle Harcha. Les partis politiques ont usé hier du verbe combatif à la salle Harcha. Le temps d’un meeting qui aura duré une heure. La foule peu nombreuse s’est dispersée hier sous les regards scrutateurs d’un nombre bien plus important de membres des services de sécurité, toutes tenues confondues. Ghania Oukazi |
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www.algeria-watch.org
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