| |
|
CE MONDE QUI BOUGE
Liban, la duplicité occidentale
Par Hassane Zerrouky, Le Soir d'Algérie, 7 décembre 2006
Quand des dizaines de milliers de personnes avaient investi le centre de Kiev (Ukraine) durant l’hiver 2004, les médias occidentaux étaient aux anges, multipliant les reportages, donnant la parole à l’opposition menée par celui qui deviendra chef d’Etat, Viktor Youchtchenko, qualifiant cette «révolution orange» comme un exemple majeur devant être suivi par les républiques de l’ex-URSS. Et c’est vrai.
L’Ukraine était dirigée par un pouvoir politicomafieux soutenu pour des raisons strictement géopolitiques par la Russie de Poutine. Cette dernière se méfiait, non sans raison, que l’Ukraine n’adhère à l’Otan comme le voulait George Bush. Dans cette affaire, l’aspiration légitime à la démocratie et aux libertés des Ukrainiens a été instrumentalisée par les Occidentaux. Ce qui importait à leurs yeux, c’était d’isoler un peu plus la Russie, coupable de vouloir leur parler d’égal à égal et de ne pas ouvrir ses marchés aux multinationales, afin de la faire plier. A ce stade, soyons clairs et ouvrons une parenthèse : le régime de Poutine n’est pas ma tasse de thé, et ce, en raison, des atteintes répétées aux libertés et de sa politique répressive en Tchétchénie, car on ne règle pas la question nationale tchétchène militairement mais politiquement. Bref, s’agissant du Liban où, après la marée humaine de vendredi — près d’un million et demi de personnes, dont plus de 100 000 passent leur nuit sur les places Riadh-Solh et des Martyrs dans le centre de Beyrouth, je lis dans la presse occidentale et j’écoute les médias français et anglosaxons, que l’opposition libanaise menée par le Hezbollah, aux ordres de Damas et Téhéran, cherche à provoquer la guerre civile en provoquant la chute d’un gouvernement démocratiquement élu ! Etant un témoin direct de cet événement, je peux affirmer que les gens qui demandent, à tort ou à raison, le départ du gouvernement, ne sont pas, loin s’en faut, que des militants et sympathisants du Hezbollah. Dimanche, par exemple, ils étaient plusieurs milliers de Libanais chrétiens assistant dans la rue à une messe à l’église Saint-Georges qui, au demeurant, ne peut contenir que quelques centaines de personnes, et ce, avant de se rendre sur le lieu du rassemblement. Eh bien, vous pouvez vérifier : ce fait a été passé sous silence par les médias occidentaux. Comme a été passé sous silence le fait que ce dimanche a été celui des «massihs» (chrétiens) favorables à Michel Aoun et Sleimane Frangié. En effet, ce jour-là, les Libanais chrétiens ont déferlé par dizaines de milliers dans le centre de Beyrouth comme pour démentir que la gigantesque manifestation de vendredi n’était pas le seul fait du Hezbollah. Vêtus de couleur orange — la couleur du parti chrétien, le Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun — et de vert — celle du parti chrétien des Marada de Sleiman Frangié — ils scandaient «Siniora fel, fel» ( Siniora, va-t-en) et dansaient sur des airs patriotiques de Magda Roumi qui, beaucoup de ses fans algériens ne le savent pas, est de confession chrétienne. Le problème est que ce rassemblement populaire dérange la stratégie américaine et française mais aussi arabe dans la région. La France et les Etats-Unis ne le soutiennent pas. Qui plus est, le Liban n’est pas l’Ukraine : c’est un ennemi d’Israël ! Et à l’unisson, Washington, Paris, Londres, Berlin, le Caire et Riyadh (Arabie saoudite) soutiennent le gouvernement de Fouad Siniora. Pour le Caire et Riyadh, un mouvement populaire pluriel s’inscrivant dans le cadre des valeurs de la démocratie et des libertés est un mauvais exemple pour les régimes autoritaires arabes. Ce qui importe, à leurs yeux, c’est le statu quo. En tout état de cause, une chose est sûre : ce qui se passe au Liban montre que les lignes de fracture ne sont plus religieuses — musulmans contre chrétiens — mais politiques. Et tant mieux que ça dérange les apprentis sorciers occidentaux, leurs alliés dans la région et leurs relais médiatiques !
H. Z.
|
|
La guerre contre le Liban et la Palestine |