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Révélations, mauvaise foi américaine et perfidie israélienne Damas dans le collimateurAprès le scandale des armes de destruction massive de triste mémoire et les pseudo-relations du régime de Saddam Hussein avec la nébuleuse Al Qaïda, les «révélations» de l’administration américaine sur un réacteur nucléaire syrien, secret de surcroît, détruit par la chasse israélienne pourraient-elles être plus fiables ? D’autant que ces mensonges ont coûté jusque-là plus d’un million de victimes irakiennes, mis la région à feu et à sang et ouvert la voie à tous les périls Par Moumene Belghoul, La Tribune, 29 Avril 2008 Incontestablement, la semaine dernière a été celle de la Syrie. Dans tous les sens. Tout a commencé avec l’organisation d’une réunion des pays arabes dits modérés à Manama présidée par Condoleezza Rice où il était question de «l’axe du mal» dont fait justement partie la Syrie. Ensuite, il y eu une autre rencontre à Koweït, celle des Etats voisins de l’Irak avec l’omniprésente secrétaire d’Etat américaine et la participation remarquée du ministre des Affaires étrangères syrien. Après le départ de Rice pour Washington, deux événements majeurs ont eu lieu. Le premier du côté de Damas qui a fait en sorte de distiller l’information sur une éventuelle médiation turque menée par le Premier ministre Erdogan. Israël serait prêt à se retirer du plateau du Golan contre conditions. Le second fait vient de Washington qui s’est empressé de publier des documents vidéo montrant le fameux réacteur nucléaire syrien qui était en construction avec l’assistance de la Corée du Nord et que la chasse israélienne aurait détruit il y a de cela sept mois. Les responsables syriens, à leur tête le président Bachar El Assad, veulent à travers le canal turc démontrer leur disposition à arriver à un accord de paix avec l’Etat hébreu. Ce qui est en contradiction formelle avec l’image qu’on veut donner de la Syrie, celle d’un Etat qui refuse tout compromis et que les Etats-Unis diabolisent à tous crins en l’accusant cette fois-ci de berner l’AIEA et de dissimuler un programme nucléaire militaire. Quant à la campagne américaine contre la Syrie, elle pourrait avoir deux explications. La première serait de tenter une pression sur la Corée du Nord qui s’apprête à signer un accord avec Washington à propos de ses activités nucléaire. En procédant à rendre publics les liens secrets de Pyongyang avec la Syrie et l’Iran, Washington entend minimiser les exigences qui pourraient tenter les Nord-Coréens. D’autant que les services américains soupçonnent la Corée du Nord d’avoir caché plus de dix kilos de plutonium enrichi. Un autre élément est pris en compte. Celui lié aux préparatifs de l’opinion publique occidentale pour des frappes contre l’Iran, la Syrie, le Hezbollah au Liban et le Hamas à Ghaza. Desseins israéliens Il y a, en effet, de fortes probabilités que l’Etat hébreu entame une attaque de grande envergure sur Ghaza après la visite du président George Bush à El Qods occupée pour participer au soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Une «attaque piège» contre le Hezbollah libanais pour provoquer la Syrie et l’Iran et les mener à une confrontation régionale de grande envergure où le parapluie américain se déploiera sur Israël n’est pas à exclure. Le timing des révélations de la CIA sur le fameux raid israélien contre le supposé réacteur en territoire syrien semble être calculé avec minutie. La récente désignation de David Petraeus à la place du général William Fallon réfractaire à une guerre visant l’Iran est symptomatique des desseins à venir. La Syrie pourrait sérieusement pâtir de cette campagne qui la vise. La capacité de la chasse de l’ennemi à braver les défenses aériennes et terrestres et arriver jusqu’au prétendu réacteur situé au nord du pays, le détruire et en prendre même des photographies gênerait Damas. Son image en serait écornée au sein d’une certaine opinion arabe pour laquelle la Syrie constitue le dernier barrage contre la compromission des régimes arabes avec les plans américano-israéliens. A travers une action armée particulièrement audacieuse, Israël avait sans doute trois objectifs : essayer de redorer un blason terni de son armée dite «invincible», sérieusement abîmée par le Hezbollah durant l’été 2006 ; envoyer un message à Téhéran selon lequel la chasse israélienne est capable d’attaquer n’importe quelle cible dans la région et de détruire n’importe quel réacteur comme celui d’Ozirak en 1981 ; et, enfin, jauger les réactions internationales et arabes, notamment celles des voisins de la Syrie. Parmi ces objectifs, il y a lieu de noter que seul le dernier a été atteint. L’image de l’armée israélienne n’ayant nullement été améliorée, l’Iran est habitué aux menaces directes et indirectes. Le seul dividende réside dans ce mutisme arabe absolument ahurissant au moment où un pays membre de la Ligue arabe se fait agresser. Défenses inopérantes Au cas où les assertions américaines se révéleraient une réalité, une question pertinente mérite le détour. La sécurité intérieure des pays arabes est-elle devenue aussi fragile ? Les frontières sont-elles devenues des passoires pour l’aviation israélienne ? Les Etats arabes ne sont-ils pas capables de protéger leurs installations stratégiques ? Nucléaires ou autres. Il est pour le moins étonnant que des installations d’une extrême importance stratégique soit prises pour cible avec une telle facilité. Un bâtiment syrien qui se fait bombarder par l’aviation ennemie aurait dû soulever la désapprobation générale, voire une crise au plus haut niveau. Il n’en fut rien. Des Etats comme l’Egypte et l’Arabie saoudite, jadis alliés incontestables de Damas, se sont murés dans un silence qui frise la complicité. L’administration Bush a tout fait pour isoler la Syrie sur le plan officiel en dénigrant le dernier sommet arabe. En procédant à des révélations sur une éventuelle coopération militaire avec les Nord-Coréens, Washington entend stigmatiser davantage les Syriens dans un objectif qui n’est désormais un secret pour personne. En paix comme en guerre, la Syrie demeure une cible de choix pour les néo-conservateurs inlassablement arc-boutés à leur funeste doctrine de remodelage du Moyen-Orient. M. B. Plus d’une année de tractations via le canal turcLes négociations de paix syro-isréaliennes en perspective auront d’énormes conséquences sur le Moyen-Orient Manifestement, Israël a besoin de sécuriser ses frontières avec la Syrie en neutralisant Damas, dont le soutien au Hamas et au Hizbollah s’apparente à une guerre non déclarée, menée au nom de la Syrie par les organisations armées palestinienne et libanaise. Si la Syrie et Israël parviennent à un accord de paix conformément aux vœux de damas, il est évident que la condition israélienne serait que la Syrie cesse tout soutien au Hamas et au Hizbollah. Cependant, et pour que ni Hamas ni Hizbollah ne servent de cartes maîtresses pour la Syrie, Israël avait engagé une guerre contre le Liban durant l’été 2007 et n’a cessé la liquidation physique des leaders du Hamas en massacrant les Palestiniens à Ghaza, d’ailleurs toujours soumise à un bouclage israélien et égyptien. Israël, qui exploite intelligemment la situation de déchirement des pays arabes, réussit finalement à atomiser davantage une entité arabe fragilisée, afin de négocier séparément une paix à sa convenance. Pourtant, les Etats arabes, en dépit de leur situation fragile et de leurs divisions chroniques, ont adopté une feuille de route pour la paix et l’ont proposé à Israël, qui l’a rejeté en bloque, préférant des approches bilatérales avec la Palestine, la Syrie et le Liban. Par Abdelkrim Ghezali, La Tribune, 29 Avril 2008 Toutes les parties concernées ont confirmé ce qui se trame depuis plus d’une année entre la Syrie et Israël. Afin de briser son isolement, sortir définitivement de l’œil du cyclone américain et bénéficier de la grâce des puissances de ce monde, la Syrie s’est engagée secrètement depuis plus d’une année dans des contacts indirects avec Israël, afin d’aboutir à des négociations publiques de paix contre la restitution du plateau du Golan, occupé depuis juin 1967. Le président syrien, Bachar El Assad, qui a rencontré samedi dernier le Premier ministre turc, s’est dit prêt à poursuivre la coopération avec la Turquie qui a entrepris une médiation pour relancer les pourparlers de paix entre la Syrie et Israël, lors d’un entretien avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan samedi à Damas. El Assad et Erdogan ont examiné «les moyens d’activer le processus de paix» au Proche-Orient et «sont convenus de poursuivre la coordination entre les deux pays», selon l’agence officielle Sana. El Assad «a rendu hommage aux efforts entrepris par Ankara à cet égard» et a souligné «la disposition de la Syrie à poursuivre la coopération avec la Turquie en vue d’assurer la sécurité et la stabilité dans la région», a précisé Sana. A son retour en Turquie, M. Erdogan a assuré qu’Ankara voulait poursuivre ses efforts de paix et qu’un émissaire serait envoyé en Israël. Il n’a pas précisé qui serait cet émissaire ni la date de sa visite. Interrogé pour savoir s’il espérait un résultat concret, le Premier ministre a répondu : «On ne commence pas un effort de ce type sans espoir.» Les négociations entre Israël et la Syrie, parrainées par Washington, ont été interrompues en 2000, après avoir achoppé sur la question du Golan, dont la Syrie réclame la restitution totale jusqu’aux rives du lac de Tibériade, principale réserve d’eau douce d’Israël. La visite d’une journée du chef du gouvernement turc à Damas est intervenue après que le président El Assad eut révélé, cette semaine, l’existence depuis l’an dernier de la médiation turque. El Assad a affirmé avoir été informé par la Turquie de la disposition d’Israël à se retirer du Golan en échange de la paix avec la Syrie. Au cours de leur entretien, El Assad et Erdogan ont évoqué «la situation en Irak, au Liban et dans les territoires palestinien» ainsi que «les relations privilégiées entre les deux pays amis», a ajouté Sana. Le Premier ministre turc s’est dit «profondément satisfait des résultats de l’entretien positif et fructueux» avec El Assad. Il a souligné «l’importance du rôle de la Syrie pour parvenir à des solutions politiques» au Proche-Orient, selon Sana. Avant de gagner la Syrie, Erdogan avait souligné que l’amélioration des relations d’Ankara avec les pays de la région avait permis à la Turquie d’intensifier ses efforts pour y favoriser des pourparlers de paix. «Le climat de confiance a créé les conditions pour l’intervention de la Turquie comme médiateur», a déclaré M. Erdogan à l’aéroport d’Ankara. «Si Dieu le veut, notre diplomatie active en faveur de la paix contribuera aux améliorations attendues entre la Syrie et Israël», a-t-il ajouté. Dans une interview au quotidien du Qatar, Al Watan, dont des extraits ont paru jeudi dernier, El Assad avait affirmé que M. Erdogan l’avait «informé qu’Israël était prêt à se retirer du Golan en échange de la paix avec la Syrie». El Assad a lié le lancement de pourparlers directs entre son pays et Israël à l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle administration américaine après la présidentielle de novembre. L’administration du président George W. Bush «n’a ni vision ni la volonté de pousser de l’avant le processus de paix», a dit El Assad. Le président syrien a exclu l’engagement de négociations secrètes avec l’Etat hébreu. «Ce dont nous avons maintenant besoin, c’est de trouver un terrain d’entente à travers le médiateur turc», avait dit El Assad. «Nous discuterons en premier lieu du recouvrement de la terre afin d’établir la crédibilité d’Israël, car nous devons être prudents et précis dans nos négociations sur cette question», avait ajouté M. Assad. Les raisons du changement syrien Qu’est-ce qui a motivé ce changement d’attitude des dirigeants syriens qui s’étaient toujours tenus au principe d’une paix globale devant aboutir au règlement définitif du contentieux arabo-israélien impliquant les trois pays concernés directement, en l’occurrence la Palestine, la Syrie et le Liban ? En premier lieu, l’état des relations inter-arabes est en totale déliquescence et leur incapacité à agir en commun sur tous les plans, afin de modifier le rapport de force exclusivement en faveur d’Israël, et ce, depuis les bouleversements géostratégiques ayant généré un monde unipolaire, piloté par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux, non sans compter sur le soutien actif et passif de certains pays arabes. Cette situation a grandement affaibli la partie palestinienne, d’autant plus que certains pays arabes se sont empressés de reconnaître Israël, d’établir des relations diplomatiques et commerciales avec l’Etat hébreu, avant même que ce dernier ne reconnaisse les droits nationaux des Palestiniens. Israël a même profité de cette situation pour renier ses engagements d’Oslo et remettre en cause le processus de paix avec les Palestiniens en redoublant de férocité dans les territoires occupés. En deuxième lieu, et conséquemment à ce déséquilibre des rapports de force dans la région, et à la suite des deux invasions de l’Irak par les Etats-Unis, la Syrie, pays en ligne de front, a cru pouvoir agir pour préserver les intérêts arabes, et a opté pour des positions qui allaient favoriser son isolement en ne tirant aucun profit de sa fidélité aux consensus arabes sur le principe de «la terre contre la paix» comme préalable à toute reconnaissance d’Israël. En troisième lieu, l’engagement officiel de la Syrie au Liban, conformément aux accords de Taïf, a approfondi son isolement international et même arabe et lui a coûté cher en termes politiques, d’autant plus que Washington a diabolisé l’axe Damas Baghdad-Téhéran, et a mobilisé ses alliés pour en faire les responsables des problèmes du monde. Ce forcing américain s’est vérifié lors du dernier sommet arabe tenu à Damas. Certes, Washington est au fait des contacts secrets entre la Syrie et Israël via des canaux turcs ; cependant, l’affaiblissement de Damas et son isolement international serait, aux yeux de l’Administration américaine, un atout pour Israël dans la perspective des négociations en perspective. D’ailleurs, l’affaire de la supposée central nucléaire syrienne, qui fait l’actualité depuis quelques jours, s’inscrit dans cette stratégie de pression sur Damas en vue de faire des concessions à Israël, tout comme l’ont fait les Palestiniens. Enfin, le soutien actif et pratique de la Syrie au Hamas palestinien et au Hizbollah libanais n’a produit aucun résultat stratégique et n’a nullement influé sur l’état des rapports de force dans la région, même si, tactiquement, il a donné des résultats ayant permis à la Syrie de rester un acteur incontournable et lui a procuré un atout pour pouvoir envisager les futures négociations avec Israël. Conséquences d’une paix syro-israélienne Manifestement, Israël a besoin de sécuriser ses frontières avec la Syrie en neutralisant Damas, dont le soutien au Hamas et au Hizbollah s’apparente à une guerre non déclarée, menée au nom de la Syrie par les organisations armées palestinienne et libanaise. Si la Syrie et Israël parviennent à un accord de paix conformément aux vœux de damas, il est évident que la condition israélienne serait que la Syrie cesse tout soutien au Hamas et au Hizbollah. Cependant, et pour que ni Hamas ni Hizbollah ne servent de cartes maîtresses pour la Syrie, Israël avait engagé une guerre contre le Liban durant l’été 2007 et n’a cessé la liquidation physique des leaders du Hamas en massacrant les Palestiniens à Ghaza, d’ailleurs toujours soumise à un bouclage israélien et égyptien. Israël, qui exploite intelligemment la situation de déchirement des pays arabes, réussit finalement à atomiser davantage une entité arabe fragilisée, afin de négocier séparément une paix à sa convenance. Pourtant, les Etats arabes, en dépit de leur situation fragile et de leurs divisions chroniques, ont adopté une feuille de route pour la paix et l’ont proposé à Israël, qui l’a rejeté en bloque, préférant des approches bilatérales avec la Palestine, la Syrie et le Liban. A. G. Etapes des négociations syro-israéliennesL’ambassadeur d’Israël en Turquie, Gaby Lévy, a évoqué dimanche dernier les possibles étapes de négociations de paix qui pourraient s’ouvrir entre Israël et la Syrie par l’entremise de la Turquie. «La première étape serait gérée au niveau de technocrates et de fonctionnaires de niveau inférieur et, si cela marche et aboutit à quelque chose, on peut s’attendre à ce que tout cela se poursuive à un niveau beaucoup plus élevé», a affirmé M. Lévy à la radio publique. La radio militaire et le quotidien Maariv ont pour leur part évoqué un possible sommet entre le Premier ministre Ehud Olmert et le président syrien Bachar El Assad. «Je ne peux pas donner de détails sur ce processus engagé avec les Syriens actuellement», a ajouté le diplomate, interviewé d’Ankara. M. Lévy a également souligné l’importance de la médiation turque. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a rencontré samedi dernier à Damas le président syrien Bachar El Assad, qui s’est dit prêt à poursuivre la coopération avec la Turquie sur une relance des pourparlers de paix entre la Syrie et Israël. «Les Turcs veulent vraiment être impliqués dans ce processus. Ils nous ont déjà aidés à de nombreuses reprises dans le passé […] Ils ont une influence dans l’espace musulman et régional, ils peuvent aider, mais il ne peuvent pas prendre la direction d’un processus.» «Les Turcs comprennent que seule une puissance comme les Etats-Unis ou seul un bloc comme l’Union européenne dispose des capacités économiques pour soutenir ce genre de processus, mais ils pensent, en raison de leur statut particulier, qu’ils peuvent apporter leur contribution», a ajouté l’ambassadeur.
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